L'Aventure Apple



Chronologies : 2003 - 2006
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    Gros succès et petite déconvenues

Durant tout le mois d'avril, une rumeur persistante veut qu'Apple soit en pourparlers pour racheter la division musique de Vivendi Universal. Parmi les désinformations, la création du site AppleUniversal.com qui se révèle être un canular, des propos confirmant l'offre d'achat, attribués à Claude Bébéar, de Vivendi... Finalement, c'est le 28 avril que le suspens prend fin, avec la présentation de l'iTunes Music Store. Derrière cette dénomination, se cache un système de téléchargement légal de musique sur Internet, donnant accès dès son lancement au catalogue des cinq majors de la musique. Contre 99 cents, chaque internaute peut télécharger, directement dans iTunes, des chansons de son choix, les graver sur CD et les transférer sur son iPod. Le système remporte un succès immédiat : bien que limité aux Etats-Unis et aux Macs, il voit défiler un million de téléchargements la première semaine, et un deuxième million dans les dix jours qui suivent. Apple ne cache pas son intention d'ouvrir le système aux autres pays du monde, mais également aux PC en créant une version pour Windows d'iTunes.
En même temps, Apple présente son nouvel iPod, qui perd en épaisseur et en autonomie, mais gagne en espace avec un disque dur de 30 Go. Les boutons deviennent lumineux, et un dock permet de ne plus galérer avec les cables pour brancher le baladeur à l'ordinateur.

Le 3 juin, QuickTime passe en version 6.3, et voit notamment apparaître un module 3GPP qui permet de créer et lire des vidéos destinées aux téléphones portables et autres assistants personnels. Ce module de compression est notamment utilisé par DoCoMo, créateur au Japon de la folie i-mode.

Quelques jours plus tard, c’est Final Cut Pro 4, présenté dès le mois d’avril, qui est disponible. Le 14 juin à 4h de l’après-midi, les Apple Store et magasins agréés proposent des démonstrations « 4@4 ».

23 juin. Depuis quelques jours, on sait qu’Apple se prépare à présenter le remplaçant du G4. On sait depuis longtemps qu’il doit intégrer un processeur PPC 970 produit par IBM, et qu’il va à nouveau rendre au Mac le statut d’ordinateur « le plus puissant du monde ». Après deux années d’attente et de rumeur, c’est à nouveau à cause d’une indiscrétion, voire d’une erreur, que l’on connaît avec quelques jours d’avance les caractéristiques de la nouvelle machine. En effet, dès le 20 juin, le site de vente d’Apple présente sur la page du G4 les caractéristiques du futur G5 ! Processeurs à 2 Ghz, 8 Go de mémoire vive, bus à 1 Ghz… Des informations qui auraient dû rester secrètes jusqu’au dernier moment, comme le prouvent ces palettes de cartons qu’ont reçus certaines revendeurs, avec l’interdiction expresse de les ouvrir avant le 23 juin !

Ce 23 juin, donc, Steve Jobs préside une nouvelle fois la KeyNote de la Conférence Mondiale des Développeurs. L’occasion, attendue par tous, de présenter la nouvelle version de MacOS X, alias Panther. Nouveau Finder, nouveau look, nouvelles fonctions de sécurité ou de partage, la nouvelle version ne manque pas de charme. iChat, de son côté, s’ouvre à la vidéo-conférence, avec en particulier la webcam maison, iSight, qui utilise le port FireWire pour une qualité optimale.

Mais ce que tout le monde attend, c’est le G5. Les caractéristiques techniques sont impressionnantes, comme on pouvait l’espérer. Il faut dire qu’après tant d’attente et de retards avec les G4, Apple ne pouvait décevoir. Les G5 sont l’occasion d’une remise à niveau de tous les composants : processeurs 64 bits de 1,6 à 2 Ghz, bus de 800 à 1000 Mhz, mémoire vive extensible à 8 Go, ports PCI-X à 133 Mhz, cartes graphiques puissantes, nouveau SuperDrive 4x… Le tout pour un prix en baisse par rapport à la gamme G4 ! Seules déceptions : la souris et le clavier n’abandonnent ni leur design ni leurs fils, et aucun nouvel écran ne vient accompagner le nouveau look des PowerMacs.
La machine est livrée avec MacOS X 10.2.7, version intermédiaire qui lui est réservée, nécessitée par l’architecture 64 bits du processeur.
IBM, pendant ce temps, continue de travailler sur le remplaçant de son Power4, qui a servi de base de développement pour le PowerPC G5. Les évolutions du PPC 970 sont déjà prévues, avec notamment les modèles à 3 Ghz prévus pour courant 2004. Il faut dire que pour l’usine flambant neuve qu’il a construite pour le G5, Big Blue a intérêt à trouver d’autres débouchés ! On murmure d’ailleurs déjà qu’AMD, le concurrent d’Intel, serait intéressé par un partenariat lui permettant de fabriquer sur place ses propres processeurs.

Dès la semaine suivante, le G5 commence son tour du monde. Quelques prototypes fonctionnels sont présentés dans les capitales puis les grandes villes d’Europe. De quoi faire patienter les acheteurs potentiels jusqu’aux dates de sortie prévues pour les différents modèles, à partir de début août. Dès les premiers jours suivant la présentation, et plusieurs semaines avant la commercialisation, les ventes de G5 sont déjà impressionnantes : 100.000 commandes en 6 semaines. La patience devra être d’autant plus grande que dès le milieu de l’été, les rumeurs de retard de production se font insistantes : IBM aurait le plus grand mal à fourni suffisamment de G5 à 2 Ghz à Apple, le modèle bi-processeur ayant eu beaucoup plus de succès que prévu… Déjà, on parle de mi-septembre pour la disponibilité de ce modèle. Des raisons à ce retard ? Il y en a : le choix d’Apple de commencer par livrer les grands comptes (administration, entreprise, universités…) avant d’honorer les commandes passées sur l’Apple Store, par exemple. On parle aussi de la coupure de courant qui a plongé la Côte Est dans le noir pendant de longues heures, stoppant la production de l’usine de East Fishkill d’IBM. Mais aussi, et de manière plus médiatique, l’achat de 1100 PowerMacs G5 bi-2 Ghz, par l’Université de Virginie. Avec cette commande, représentant 5 millions de dollars, l’Université s’apprête à assembler un centre de calcul qui a nécessité la construction de locaux climatisés et spécialement alimentés en électricité. Pourquoi Apple ? Tout simplement parce qu’après étude, la solution des G5 s’est avérée la plus économique, face aux stations Dell, Sun ou AMD ! Et en effet, après quelques semaines de fonctionnement et de mise au point, l’ensemble, surnommé BigMac, atteindra comme prévu la troisième marche du classement des super-ordinateurs, détrônant des machines plusieurs fois plus cher que lui et dépassant le cap des 10.000 milliards d’opérations par seconde !
Face aux retards et fidèle à son habitude, Apple ne communique pas, ne modifie pas ses dates prévues de commercialisation, mais les faits sont là : les grossistes ne sont pas approvisionnés à temps ! Les premiers modèles arrivent à la fin du mois d’août, au compte-goutte. Pour le modèle à 2 Ghz, on parle désormais de fin septembre, et c’est bien à cette date que les premiers modèles seront expédiés !

Une polémique naît quelques jours après la présentation du G5 : les tests d’Apple seraient biaisés ! En cause, la comparaison avec différents PC, qui n’utiliseraient pas les meilleurs outils disponibles. Réponse d’Apple : les outils de tests choisis l’ont été pour des raisons de disponibilité sur Mac et PC à la fois, et des outils plus performants sur Mac existent aussi et ont été tout autant écartés pour les tests. Tout ce battage n’empêche pas la NASA de s’intéresser de près au G5, et à le tester pour ses simulations. Adobe, fidèle à sa tradition, offre aussi une mise à jour de Photoshop, optimisée pour le nouveau processeur, comme elle l’avait fait pour le G4 et, plus tard, pour le Pentium IV… Quant au clip publicitaire pour la nouvelle machine, il déçoit largement : on y voit un utilisateur, projeté avec son fauteuil à travers sa maison, traversant les murs et finissant dans le jardin, après avoir allumé son G5. Difficile d’y voir une quelconque spécificité d’Apple, et le clip aurait pu tout aussi bien vanter n’importe quel autre produit ! Il sera d’ailleurs interdit en Grande-Bretagne quelques semaines plus tard, après la plainte de quelques consommateurs, considérant qu’Apple ne fait pas la preuve que sa machine est bien « le PC le plus rapide du monde »…

Dans un tout autre registre, ce sont deux « cousins », produits de deux marques bien différentes mais souvent rapprochées, qui font parler d’eux durant l’été : l’iPod d’Apple et la New Beetle de VolksWagen. En effet, un accord entre les deux marques permet aux acheteurs d’une Coccinelle de recevoir un iPod personnalisé à leur nom, ainsi qu’un kit permettant de connecter l’iPod dans la voiture. Après la Clio PowerBook des années 90 en Espagne, voici la Coccinelle iPod des années 2000, réservée aux Etats-Unis…

Pendant ce temps, et en quelques mois, les concurrents à l’iTunes Music Store ont fleuri sur Internet. En particulier, le site BuyMusic.com, au catalogue plus fourni que celui d’Apple, et aux prix plus agressifs. Interdit aux Macs, il s’oppose ouvertement, et de front, à la boutique d’Apple, et espère bien atteindre le million de morceaux vendus par jour (contre 500.000 par semaine chez Apple). Pourtant, au bout d’une semaine d’activité, BuyMusic reconnaîtra que les chiffres de vente sont largement inférieurs aux prévisions… Entre autres concurrents, on retrouve Dell, Sony, MTV, et Napster, l’ancien roi des logiciels de piratage, qui prépare son retour en version légale, sous le contrôle de Roxio. Pendant ce temps, Microsoft continue de plancher sur sa propre version… De plus en plus d’artistes et d’éditeurs indépendants s’intéressent aux solutions en-ligne, pour faire face au déclin de la vente de CD. L’iPod lui-même devient un objet de mode, apparaissant aux oreilles de Moby, Robbie Williams, et autres stars du sport ou du spectacle !

Le succès de l’iTunes Music Store, le lancement en fanfare du G5, et le carton du dessin animé Némo (record des recettes en salle, record du lancement en vidéo), conçu par Pixar, l’autre entreprise de Steve Jobs, suffisent-ils à expliquer que celui-ci soit le patron le mieux payé des Etats-Unis ? S’il est toujours rémunéré 1 dollar par an par Apple, les divers avantages et primes (on se rappelle du jet privé offert en 2000 par Apple), se montent à plus de 200 millions de dollars par an ! Sa fortune personnelle, estimée à 2,3 milliards de dollars, le place 78è mondial, loin derrière Bill Gates, qui dépasse les 40 milliards !

Le 8 septembre, c’est la gamme iMac qui évolue doucement : bus système plus rapide, USB 2, et processeur qui atteint 1,25 Ghz, de quoi patienter en attendant que le G5 puisse envahir d’autres gammes que celle des PowerMacs ? Dans le même temps, l’iPod atteint 40 Go.

Pendant tout ce temps, deux rumeurs continuent de circuler : on parle de plus en plus de Panther, alias MacOS X.3 qui doit remplacer Jaguar, mais aussi du PowerBook 15 pouces « Aluminium » qui doit prendre sa place entre les modèles 12 et 17 pouces, en remplacement de l’ancien modèle « Titanium ». Les rares personnes recevant d’Apple les versions Beta de MacOS X.3 font quelques découvertes intéressantes, comme l’apparition d’un message d’alerte parlant d’une « AppleWireless Mouse » et du clavier sans-fil associé, lors de l’utilisation de périphériques BlueTooth. Les spéculations quant au lancement par Apple d’une souris et d’un clavier BlueTooth se font donc plus insistantes. Quant à la date de lancement de Panther, après avoir espéré le voir pointer le bout de son museau courant septembre, on a imaginé le voir apparaître le 3 octobre, « 10.3 » pour les anglo-saxons.

Le premier à passer du stade de la rumeur à celui du carton sous cellophane, c’est le PowerBook. Le 16 septembre, en plus de réviser à la hausse les performances des PowerBooks 12 et 17 pouces (atteignant respectivement 1 et 1.33 Ghz), Apple présente le nouveau PowerBook 15 pouces, qui hérite du design Aluminium de la gamme et d’un G4 à 1.25 Ghz. Pour accompagner ce lancement, ce sont bien une souris et un clavier sans fil qui font leur apparition : pas de nouveauté côté design, ils reprennent le look des modèles avec fil… le fil en moins !

Comme le monde Apple ne survit pas sans rumeur, c’est immédiatement vers la gamme iBook, inchangée depuis plus de 5 mois, que se tournent les yeux et les esprits torturés. Un revendeur anglais affirme même attendre la livraison de nouveaux iBooks, équipés de G4 mais tournant à… 500 Mhz ! Dans le même temps, on commence à imaginer la sortie d’une version PC d’iTunes, donnant accès à l’iTunes Music Store aux 97% d’utilisateurs de micro-ordinateur qui n’ont pas de Mac…

Cependant, les rumeurs n’arrêtent pas l’évolution, et c’est une version 10.2.8 de MacOS X qui fait son apparition tardive, le 22 septembre. Tardive, mais aussi regrettée, puisque la mise à jour se révèle inaboutie, provoquant notamment des plantages de connexion Ethernet, des problèmes de gestion de batterie, et quelques plantages spécifiques au G5. Après un retrait immédiat de la mise à jour, il faudra une semaine à Apple pour réagir et proposer une version revue et corrigée au téléchargement.

Les problèmes se déplaceraient-ils en troupeau ? Toujours est-il que dans les jours qui suivent, c’est au tour du PowerBook 15 pouces de faire des siennes. Mi-octobre, les témoignages d’utilisateurs se multiplient, au sujet de spots clairs qui apparaissent à l’écran. Si le problème était déjà survenu occasionnellement sur d’autres modèles, ce qui pouvait passer pour d’habituels aléas de la production industrielle,

Répondant aux rumeurs (à moins que ce ne soit l’inverse), Apple étend le 16 octobre son système iTunes + iTunes Music Store au marché Windows. En plus de l’ouverture au monde PC, iTunes 4.1 permet de présenter deux nouveautés : un porte-monnaie virtuel et des chèques-cadeaux pour l’iTMS. La version PC est également l’occasion pour Apple d’imposer un peu plus sa solution QuickTime, qui est installée en même temps que le logiciel. En même temps que cette annonce, Apple révèle son partenariat avec AOL, qui donnera accès au catalogue d’Apple à tous ses abonnés, directement depuis l’interface du logiciel AOL. Un autre accord est passé avec Pepsi : la marque offrira 100 millions de titres sur la boutique d’Apple. Un gage de notoriété pour le système de la marque à la pomme, d’autant qu’on parle déjà de Mc Donald’s, qui souhaiterait de son côté passer un accord identique, mais portant sur 1 milliard de titres ! En attendant confirmation de la rumeur, l’iTunes PC démarre fort, avec un million de téléchargements et autant de titres vendus en quelques jours ! Apple espère même réussir à convaincre quelques constructeurs de PC d’intégrer iTunes à leurs modèles. Autant de succès qui conduisent Steve Jobs à comparer Apple à une sorte de "Microsoft de la musique".

Une autre rumeur qui laisse sa place : l’iBook G4. Pour une fois, les prédictions se révèlent fondées, puisqu’Apple présente le 22 octobre un nouveau modèle. Parfaitement identique aux modèles précédents, la nouvelle gamme échange uniquement son lecteur à tiroir contre un mange-disque, son G3 contre un G4 à 800, 900 ou 1000 Mhz, et sa vieille carte-mère contre un nouveau modèle à base de mémoire DDR, plus rapide.

Enfin, c’est le lancement de Panther, le 24 octobre. Depuis deux semaines, Apple avait annoncé la date, et les conditions de mise à jour, assez décevantes puisque presque personne ne pourra bénéficier d’une réduction, sauf les tout derniers acheteurs de machines à pomme ou de système en peau de Jaguar… Peut-être pour éviter d’inspirer de nouvelles doléances aux utilisateurs Macs toujours prompts à se plaindre, la commercialisation du nouveau système est largement dimensionnée, et les clients reçoivent leurs commandes en même temps que les magasins sont approvisionnés, sauf au Canada où la bête tarde à faire son apparition. Pour la première fois, les anciens PowerMacs G3 « beige » ainsi que les premiers portables G3 ne sont plus de la fête…

La sortie du nouveau système est aussi l’occasion, coïncidence ou non, d’apprendre que Jaguar, la version précédente, contient des failles de sécurité. Ce que l’on pensait réservé à Microsoft frappe alors les utilisateurs de machines à la Pomme, même si les conséquences théoriques des failles restent limitées. Toujours est-il que le problème tombe mal, en même temps que les critiques concernant iTunes PC (accusé d’être très instable), MacOS X.3 Panther (dont l’installation a effacé les disques durs externes FireWire 800 de certains utilisateurs), des PowerBook 15 pouces, un bug du système de sécurité de Panther qui effacerait certains fichiers…

Une bonne nouvelle dans le lot ? En quelque sorte, la décision de Microsoft de se tourner vers IBM plutôt que vers Intel pour fournir les processeurs de sa future XBox II, pourrait en être une. En effet, même si les détails de l’accord restent inconnus, il paraît évident que c’est sur l’architecture PowerPC que mise Microsoft, ce qui ne pourra qu’avantager Apple qui ne sera plus seule à tenter de rentabiliser dans le grand-public cette plate-forme.

Alors que les fêtes de Noël approchent, ainsi que leurs cortèges d’achats, Apple procède à un dépoussiérage de sa gamme. Ainsi, l’iMac voit son écran passer à la taille supérieure : un 20 pouces panoramique absolument impressionnant complète la gamme, au-dessus des modèles 15 et 17 pouces. Le G5, de l’autre côté de la gamme, se voit doter d’un modèle bi-processeur à 1,8 Ghz, tandis que son prix est légèrement revu à la baisse.

Le 30 novembre, 5500 personnes patientent en une file interminable sur les trottoirs du quartier commerçant très chic de Tokyo : Ginza. Qu’attendent-ils ? Tout simplement l’ouverture du premier Apple Store en dehors des Etats-Unis. Apple se vante ainsi de battre le record établi par la boutique Louis Vuitton l’année précédente ! Même record d’affluence pour l’iTunes Music Store qui, quinze jours plus tard, passe le cap des 25 millions de chansons téléchargées, laissant ainsi loin, très loin derrière lui tous ses concurrents.

Petite mise à jour de MacOS X Panther le 18 décembre. Et déjà, un problème avec la nouvelle version sur un modèle bien précis de PowerBook 12 pouces, équipé du processeur à 867 Mhz, dont le ventilateur se déclenche intempestivement… Dans la foulée, mises à jour d'iTunes (version 4.2) et de QuickTime (version 6.5).

6 janvier 2004, MacWorld Expo de San Francisco. Comme à l'accoutumée, les rumeurs sont allé bon train quant aux projets d'Apple. C'est donc avec une grande curiosité que l'on assiste, en live ou via Internet, à la conférence inaugurale de Steve Jobs. Après un bref rappel du vingtième anniversaire du Macintosh, celui-ci commence par rappeler quelques éléments de la stratégie d'Apple, notamment le passage à MacOS X, qui a été réalisé par dix millions de clients. Puis il présente Final Cut Express, version 2. La nouvelle version du Xserve RAID, compatible maintenant avec les systèmes Windows ou Linux. Puis c'est au tour du Xserve, qui se voit doté d'un ou deux processeurs G5. Puis iLife, mis à jour avec notamment la présence du tout nouveau GarageBand et de son kit "Jam Pack". Mais ce que tout le monde attendait après des semaines de rumeurs, c'est l'iPod. Après avoir rappelé quelques chiffres, notamment "deux millions", soit le nombre d'iPods vendus, "31 %", la part de marché et "50 %", la part de chiffre d'affaire (plaçant chacun l'iPod numéro 1 de tous les baladeurs MP3), le patron d'Apple présente son petit frère : l'iPod mini. Plus petit que l'original, il est également moins cher (249 dollars contre 300 à 500 pour la version normale), et disponible en couleurs. Il embarque un mini disque dur de 4 Go et un écran présentant le même système de navigation que l'iPod. L'accueil du public est très mitigé, les rumeurs ayant entretenu l'idée qu'Apple pouvait proposer un mini iPod pour 100 à 200 dollars...

A peine 48 heures plus tard, Apple crée la surprise en annonçant un partenariat avec HP, le fabricant bien connu de PC et d’imprimantes. Aux termes de cet accord, HP commercialisera, sous sa marque, un iPod « 3G » dont seule la coque aura été modifiée. Les détails de l’opération ne sont pas connus, mais on imagine qu’Apple espère ainsi mettre un pied de plus dans le monde Wintel, pour étendre sa visibilité mais également son assiette financière…Par la même occasion, les PC d’HP et de Compaq seront fournis avec iTunes préinstallé, et donc avec QuickTime, la technologie multimédia maison d’Apple. Cette annonce cloue le bec aux rumeurs qui voulaient que les coques bleues d’iPod, commandées au sous-traitant d’Apple, aient été destinées à une série spéciale offerte par Pepsi dans le cadre de son opération conjointe avec Apple et le Music Store.
L’accord n’est pas vraiment du goût de Microsoft, qui reproche à HP de compliquer la situation en intégrant à ses PC une technologie incompatible avec le format WMA de Windows… En effet, malgré les rumeurs contraires, Apple confirme que seuls les formats traditionnels de l’iPod seront supportés, et non celui de Microsoft. Mais pour HP, la question n’est pas là, les utilisateurs ne tenant pas compte des formats et des questions techniques. Pas plus d’ailleurs que les analystes financiers qui s’intéressent de plus en plus à Apple et prédisent un avenir tout de rose vêtu à l’iPod.

C’est à l’issue de ces évènements qu’Apple clôt son premier trimestre fiscal, en présentant un bénéfice de 63 millions de dollars et près de 5 milliards de réserves de liquidités. C’est également, nous le verrons, le dernier trimestre pendant lequel Apple vend plus de Mac que d’iPods : 829.000 contre 733.000, les chiffres vont bientôt s’inverser ! Quelques jours plus tard, Fred Anderson annonce qu’il va quitter son poste de directeur financier d’Apple au début du mois de juin, poste où il sera remplacé par Peter Oppenheimer. Comme espéré par Steve Jobs, M. Anderson acceptera quelques mois plus tard de rejoindre le Conseil d’Administration du groupe.

Dans la foulée, Apple met à jour sa ligne de logiciel professionnels dédiés à l’audio : Logic Pro 6, véritable studio d’enregistrement à lui tout seul, et sa version réduite, Logic Express 6. Moins connues que les logiciels de la gamme vidéo d’Apple (Final Cut Pro et Express), qui enchaînent les récompenses directes ou indirectes (depuis sept ans, l’Oscar du meilleur effet visuel est décerné à un film créé avec Shake, le logiciel d’Apple), ces applications sont pourtant largement reconnues dans le milieu musical. Et le futur s’annonce tout aussi brillant, avec de nouvelles technologies d’instruments virtuels et d’outils d’enregistrement présentés par Apple.

Le 24 janvier, c’est le Macintosh, le tout premier, qui fête ses 20 ans. Apple ne marque pas du tout l’événement, contrairement à ce qu’attendaient les fans. Pas de Macintosh des 20 ans du Macintosh comme il y avait eu huit ans plus tôt le Macintosh des 20 ans d’Apple… Une manière de signifier qu’Apple, ce n’est pas du passé, c’est de l’avenir ?
Steve Jobs semble décidément imbattable : alors que le succès de l’entreprise qu’il avait créée, puis sauvée, ne se dément pas, c’est son autre boîte, le créateur de dessins animés Pixar, qui prend son envol. Engagé par contrat pour encore une année avec le géant Disney qui distribue ses films et réalise une forte marge, le petit Pixar n’a pas reconduit cette association pour les films à venir. Il faut dire que face à un Disney en crise, Pixar, largement bénéficiaire et chouchou de la bourse, était en situation de force et n’avait rien à perdre à partir se chercher un nouveau distributeur. Au sein même de Disney, les opposants au dirigeant Michael Eisner verraient bien Steve Jobs prendre la tête du studio ! Il faut dire que certaines enquêtes placent Steve Jobs en tête des personnalités les plus influentes d’Hollywood, devant Steven Spielberg lui-même ! Dans le même temps, Pixar gagne son procès contre un écrivain français de livre pour enfants, qui affirmait que Pixar avait plagié pour son Némo, son personnage Pierrot, jeune poisson-clown en quête d’aventures. Pour le juge du Tribunal de Paris, la confusion n’est pas envisageable.

Enfin, le 20 février, dans les temps donc, Apple commence à commercialiser l’iPod mini. Comme prévu, la mise en vente ne se fait qu’aux Etats-Unis : Apple ayant prévu à la fois la forte demande et la difficulté de son fournisseur de disques durs à suivre la cadence, elle a préféré repousser à avril le lancement en Europe. Avec déjà 100.000 commandes enregistrées, le succès du mini baladeur ne fait aucun doute. Quant à la capacité d’Apple à faire face à la demande, rien n’est moins sûr : pour tenter d’enrayer la pénurie qui se fait jour dans le mois qui suit la commercialisation, Apple repousse à juillet la disponibilité de l’iPod mini dans le monde… Il faut dire que les stocks préparés en deux mois ont été écoulés en deux semaines ! Pour écourter les files d’attente, Apple propose aussi aux acheteurs insatisfaits de recevoir un iPod 15 Go à la place de leur mini, pour le même prix. En revanche, pas de problème pour ses serveurs, puisque l’iTunes Music Store fait face sans broncher au téléchargement de la cinquante millionième chanson au milieu du mois de mars. Et le rythme ne cesse de s’accélérer, avec 2,5 millions de pistes chargées chaque semaine.

La fin du mois de février est marquée par l’apparition, ici ou là, de rumeurs selon lesquelles Microsoft utiliserait des processeurs G5 comme base de sa future console Xbox 2, et des PowerMacs G5 pour le kit de développement, avec une version adaptée de Windows NT…La nouvelle est d’autant plus prise au sérieux qu’un employé qui avait diffusé des photos des boîtes de G5 arrivant chez Microsoft, a été licencié… Ce serait en tout cas une bonne nouvelle pour IBM qui tente d’élargir la base de ses utilisateurs pour rentabiliser son « usine à G5 ».

Quant au début du mois d’avril, il marque la première décision dans le contentieux qui oppose Apple Computers et Apple Corps, la maison de disque des Beatles. Par cette décision, le juge londonien en charge du procès a refusé que celui-ci soit conduit aux Etats-Unis. En effet, depuis un accord intervenu en 1991 entre les deux entreprises, la première avait obtenu l’autorisation d’user du nom Apple déposé depuis bien longtemps par la seconde, à la condition de se cantonner aux domaines de l’informatique, des télécommunications et du traitement de données. L’iPod et le Music Store sont venus modifier cet état de fait, et réveiller les avocats de la vieille Apple. Celle-ci, d’ailleurs, ne cache pas sa préférence pour le futur système de téléchargement de Microsoft, et l’on peut facilement imaginer que les titres des quatre garçons dans le vent ne seront pas disponibles avant longtemps sur l’iTunes Music Store…

Le 13 avril, c’est un nouvel eMac qui voit le jour. Le design est inchangé, mais le processeur atteint 1.25 Ghz, toujours en G4, et la machine gagne un graveur DVD tout en perdant encore un peu de son prix, pour se retrouver juste sous la barre psychologique des 1000 dollars. Pour beaucoup, mis à part l’écran cathodique, c’est la machine la plus intéressante de la gamme !

Le lendemain, c’est l’annonce des résultats financiers d’Apple pour le second trimestre. Bénéfice en hausse, et iPods devant les Macs : 807.000 contre 749.000. Si la réussite de l’iPod n’est pas discutable, en revanche, on s’inquiète de voir que le nombre de Macs vendus est en baisse, certains craignant même de voir Apple cesser de produire des Macs pour se concentrer sur sa branche musicale, ou développer pour PC… Cependant on n’en est pas là, et le bénéfice dégagé de la branche Macintosh reste très largement supérieur à celui tiré de la branche musicale !

Quelques jours plus tard, c’est la gamme vidéo qui connaît une cure de rajeunissement. Shake passe en version 3.5, DVD Studio en version 3, Final Cut Pro en version « HD » pour « High Definition », et Motion fait son apparition pour venir brouter dans les plates-bandes d’After Effects d’Adobe. En mieux, serait-on tentés de dire, avant d’ajouter « naturellement », puisque le logiciel d’Apple ne repose pas sur des timelines ou des keyframes, bien connues des utilisateurs de logiciels d’animation, mais sur des « behaviors » qui animent de façon naturelle les objets : attraction, répulsion, gravité, vent…
Apple présente aussi en avant-première son futur Xsan, ou système de stockage de données sur réseau, qui viendra compléter son offre Xserve et Xserve RAID et optimiser la gestion de l’espace disque et des échanges.
Le lendemain, ce sont les iBooks et PowerBooks qui sont mis à jour : 1 et 1.2 Ghz pour le premier, 1.33 et 1.5 pour le second, graveur de DVD en option pour le premier et carte graphique plus musclée pour le second.

Pendant ce temps, l’iTunes Music Store bat des records : il fête son premier anniversaire le 28 avril 2004, passant le cap des 70 millions de chansons, puis le 5 mai, termine sa meilleure semaine avec 3.3 millions de chansons téléchargées !

Devant un tel succès, Apple décide de créer pour l’iPod son propre département, le libérant ainsi de ses liens avec le Macintosh. Steve Jobs ne considérant plus l’iPod comme un produit d’appel pour faire « switcher » les utilisateurs de PC, un département particulier dirigé par Jon Rubinstein lui donnera toute latitude pour son évolution.Timoty Cook reprend le département Macintosh.

Le 21 mai, Apple répond enfin aux critiques après la découverte de deux failles de sécurité. Si sa réaction n’a pas toujours été suffisamment claire et rapide, Apple s’engage à mieux communiquer à l’avenir, mais rappelle cependant que MacOS X reste bien plus à l’abri que la plupart de ses concurrents.

    Apple, roi de la musique... et en manque de Mhz.

Le 7 juin, c’est AirPort Express qui pointe le bout de son nez. Une solution élégante pour relier, sans fil, une chaîne hi-fi à un réseau AirPort, mais qui sert aussi à brancher une imprimante ou simplement à étendre la portée d’un réseau existant. Pour envoyer la musique sur la chaîne, AirPort Express se double d’AirTunes, un logiciel qui ajoute à iTunes la possibilité de diffuser la musique sur une borne de son choix. Petite taille, petit prix (149 euros), si pratique qu’Apple invite même à l’emporter chez des amis pour leur faire écouter, sur leur chaîne, la musique de son Mac ! Apple s'impose ainsi un peu plus dans le monde musical en mêlant les différentes technologies qu'elle maîtrise.

Toujours dans le domaine musical, c’est le 15 juin que débarque enfin en Europe l’iTunes Music Store. Plus exactement, en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, puisque les autres pays ne sont pas encore concernés. Steve Jobs l’avait promis pour 2004, et si on l’avait espéré un instant pour avril, la promesse est tout de même tenue. La sélection de titre est un peu fade, notamment pour les Français, consommateurs à 45% de musique nationale, et qui ne se reconnaissent guère dans un magasin où les artistes français sont presque inexistants. Cependant, Apple le sait et ajoute, semaine après semaine, de nouveaux artistes, au gré des accords passés avec leurs maisons de disque. Les indépendants se plaignent cependant des offres inéquitables que leur fait Apple, et de la différence de traitement entre eux et les grandes Majors… Bonne nouvelle cependant, le prix de 99 centimes d’euros par chanson, alors qu’on ne pensait pas qu’Apple serait capable de tenir le pari, et que l’on tablait plutôt sur 1,19 euros. La première semaine verra plus de 800.000 titres s’envoler du Luxembourg, où Apple a installé son magasin virtuel.
Quelques jours plus tard, et pour rester dans la musique, c’est avec BMW qu’Apple annonce avoir collaboré : les modèles les plus répandus de la gamme seront désormais disponibles avec une option iPod : prise dans la boîte à gants et commande au volant, le baladeur s’y intègrera sans effort.

Le 28 juin, à l’occasion de la WorldWide Developers Conference de San Francisco, Steve Jobs présente Tiger, alias MacOS 10.4, dont la version en cours de développement et promise pour l’année suivante, présente déjà plus de 150 nouveautés. Spotlight offre un nouveau système de recherche parmi les fichiers de l’ordinateur : fichiers du Finder, mails, signets internet, et tout autre élément, même inclus dans une application, à la simple condition que les développeurs intègrent cette technologie dans leurs logiciels. Apple devance ainsi Microsoft qui promet ce type de technologie pour Longhorn, son futur système d’exploitation repoussé déjà de 2005 à 2006…Safari gagne la gestion des flux RSS, iChat permet de converser à dix en audio, quatre en vidéo, et s’appuie sur le nouveau codec H.264, successeur du MPEG-4, et destiné aux futurs DVD haute définition. Dashboard fait son apparition : il s’agit d’une nouvelle fonction basée sur Exposé, et affichant d’une touche à l’écran toute une série de « gadgets », comme une horloge, un calendrier, une calculatrice, un post-it, une télécommande iTunes, afin de toujours garder sous la main ces indispensables bidules. Les développeurs de Konfabulator, un freeware identique pour MacOS X, crient au scandale et reprennent dans un cinglant « Cupertino, démarrez vos photocopieurs », la petite pique qu’Apple lançait juste avant à Microsoft, sur des affiches présentant le CD de Tiger et titrant « Redmond, start your photocopiers ».
Devant la même assemblée de développeurs, Apple présente ses nouveaux écrans : 20, 23 et 30 pouces, tout en aluminium, d’un design sobre et élégant. Le souci du gigantisme est guidé par la volonté d’offrir aux clients un écran à la hauteur de Final Cut Pro HD : avec plus de 4 millions de pixels, le nouvel écran permet de visualiser sans souci les vidéos les plus larges. La carte graphique spécialement adaptée par Nvidia, une Gforce 6800 Ultra DLL, combine deux ports DVI pour envoyer à l’écran l’intégralité des pixels. Et pour les plus gourmands, la carte est doublement double, puisqu’elle permet de brancher deux écrans côte à côte… Apple abandonne en passant son format propriétaire ADC qui envoyait à l’écran l’énergie électrique, le signal vidéo et l’USB. Le nouveau câble, unique du côté de l’écran, se divise de l’autre côté pour rejoindre les prises adéquates de l’ordinateur : DVI, courant, USB et FireWire.
Quant au PowerMac G5, il voit sa fréquence augmenter, sans pour autant atteindre les 3 Ghz promis un an plus tôt par Steve Jobs. Il faudra donc se « contenter » de deux processeurs à 2,5 Ghz, pourtant déjà annoncés en février par les rumeurs… En effet, toute l’industrie des micro-processeurs a dû faire face à un ralentissement de sa progression, lors du passage à la gravure à 90 nm. Celle-ci était attendue depuis longtemps, comme permettant non seulement de concevoir des processeurs plus rapides, mais également plus économes et donc plus froids. Alors qu’on rêvait déjà de PowerBooks G5, Apple se voit pourtant contrainte à utiliser, dans ses nouvelles machines, un système de refroidissement liquide…Ce qui est de mauvaise augure quant à la possibilité d’intégrer un tel processeur dans un ordinateur portable !

Enfin, après des mois de retard, iPod mini est annoncé pour l’Europe, et le reste du monde, et promis pour le 24 juillet. Les stocks étant cependant toujours au plus bas aux Etats-Unis, l’on doute déjà de la capacité d’Apple a fournir largement les revendeurs. Bonne surprise en revanche, son prix, de 279 euros, alors qu’on craignait déjà qu’Apple ne joue sur les taux de change et ne le propose à 300 euros. Apple en profite également pour régler la taxe relative aux droits d’auteurs qu’elle refusait de régler sur les autres iPods…

C'est finalement le 12 juillet que la barre des 100 millions de chansons téléchargées sur l'iTunes Music Store est atteinte. Pour l'occasion, sont offerts des iPods et d'autres cadeaux aux acheteurs, tous les 50.000 titres. Le 26 juillet, iTunes, qui était déjà le seul logiciel de la suite d'Apple à être disponible sur PC, ouvre un peu plus ses horizons, en aterrissant sur les téléphones portables Motorola, qui deviennent ainsi capables de lire les morceaux achetés sur l'iTunes Music Store. Le transfert se fera par BlueTooth ou USB, à la manière de l'iPod, directement depuis iTunes. Entre-temps, le 19 juillet, l'iPod est passé en quatrième génération ou "4G", gagnant au passage la roulette de navigation de l'iPod mini ainsi que quatre heures d'autonomie supplémentaires, et perdant quelques millimètres de tour de taille et quelques dizaines de dollars...

Le 10 août, la marque à la Pomme complète son offre professionnelle en matière de vidéo, en proposant, comme cela est très à la mode, une suite de logiciels, dénommée Production Suite. Pour 1400 euros, on dispose de Final Cut Pro HD, Motion, DVD Studio Pro, Soundtrack, LiveType, Cinema Tools, Compressor et QuickTime Pro. Configuration musclée nécessaire !

Durant le mois d’août, c’est la santé de Steve Jobs qui occupe le devant de la scène. Le très charismatique iCEO de la marque à la pomme est en effet hospitalisé après s’être fait retirer une tumeur neuro-endocrine située dans le pancréas, cas rare mais curable de cancer, heureusement diagnostiqué assez tôt ce qui lui permettra une récupération complète. Il précise encore qu'il n'aura à subir ni chimio ni radiothérapie. En repos jusque début septembre, il laissera la place à Phil Schiller pour la conférence inaugurale de l’Apple Expo.

A la mi-août, on s’interroge sur la place de MacOS X parmi les systèmes d’exploitation du marché. Si la première place est évidemment connue, certains voyaient déjà Linux s’adjuger plus d’utilisateurs que notre bon vieux Mac ! Heureusement, l’information est rapidement démentie et l’on n’en parle plus… Moins de surprises en revanche pour l’iPod, dont les diverses déclinaisons occupent six des huit premières places des baladeurs les mieux vendus au Pays du soleil levant, inventeur du Walkman…

L’information est confirmée lors du KeyNote inaugural de l’Apple Expo, à Paris, le 31 août 2004. Le baladeur à la pomme s’adjuge à lui tout seul 58% des parts de marché, tandis que l’iTunes Music Store détient toujours 70% du marché de la musique en-ligne. En réalité, ces informations n’étaient rien à côté de ce qui allait suivre, surtout pour le public parisien surtout habitué à se voir servir les restes réchauffés des MacWorld Expo précédentes. Cette année, c’est en exclusivité mondiale que lui est présenté le nouvel iMac, estampillé G5 comme le processeur qu’il embarque. La paternité du nouveau modèle est attribuée sans aucun doute et du premier coup d’œil à l’équipe qui a conçu l’iPod : le nouvel iMac est conçu tout d’une pièce, en une sorte d’écran porté par un simple pied, puisque toute l’électronique, les branchements et le graveur de DVD sont intégrés dans l’épaisseur de l’écran. Dans cet espace confiné, on trouve un écran 17 ou 20 pouces, un G5 à 1.6 ou 1.8 Ghz, une carte graphique GeForce FX 5200, un disque dur de 80 ou 160 Go, et des hauts-parleurs un peu particuliers puisqu’ils sont dirigés vers le bas, le son se répercutant sur le bureau. Dès la mi-septembre, les premiers exemplaires arrivent sur le marché, et dès la semaine qui suit, Apple lance un programme d’échange concernant le bloc d’alimentation.

Début octobre, tandis que QuickTime se paye le luxe de dépasser son concurrent Real Networks, l’action Apple continue sa remontée fulgurante. Les 40 dollars sont atteints et promettent d’être allégrement dépassés. A la fin du mois, tandis que le nouveau navigateur gratuit FireFox, concurrent d’Explorer et de Safari, commence à se faire une place médiatique au soleil, l’action AAPL dépasse les 50 dollars. La première semaine de novembre voit le lancement sur les chapeaux de roues du nouveau film de Pixar, The Incredibles, qui s’offre même le plaisir de rapporter plus de recettes que ne l’avait fait Le Monde de Nemo ! Quant à l’iMac, les premiers chiffres de vente sont tout à fait satisfaisants et les cabinets d’analyse lui prédisent un Noël réussi.

Durant le mois de novembre, l’action Apple dépasse les 60 dollars, son plus haut depuis quatre ans. Quant au mois de décembre, il est marqué par la réapparition de la rumeur d’un iPhone, un téléphone portable signé par Apple. Les choses se précisant, il est maintenant question de voir apparaître un téléphone signé Motorola, mais conçu avec Apple. Et comme Apple n’aime pas trop que ses projets soient dévoilés, elle engage une action judiciaire et demande aux principaux sites de rumeurs de dévoiler leurs sources.

Les premiers jours de 2005 sont marqués, pour les clients européens d'Apple, par une forte baisse de prix sur toute la gamme à l'exception des iPods. A quelques jours de la MacWorld Expo, la marque a souhaité aligner ses prix sur le cours de l'euro, très largement supérieur au dollar depuis plusieurs mois. Grâce à cet effet des taux de change, les économies s'échelonnent de 10 à 20% selon les modèles.

Pour la MacWorld Expo de janvier 2005, les rumeurs étaient allé bon train, aidées par quelques indiscrétions internes qui allaient conduire Apple à engager des poursuites judiciaires à l’encontre des sites de rumeurs pour connaître leurs sources. Pêle-mêle, on annonçait un nouveau Mac à moins de 500 dollars, un iPod Flash, un concurrent à la suite Office de Microsoft… Bref, largement de quoi être déçu par la conférence inaugurale de Steve Jobs, d’ailleurs non retransmise en direct, l’investissement étant trop important pour la société.

C’est donc à San Francisco que s’ouvre cette édition 2005 de la MacWorld Expo. Pendant les deux heures de la conférence, Steve Jobs va s’en donner à cœur joie pour présenter des nouveautés comme la marque en a le secret. Tout d’abord, de nouveaux logiciels : iLife ’05, la mise à jour de la suite de logiciels grand-public d’Apple. iMovie passe en grand format avec la gestion de la vidéo « Haute Définition 16/9è » qui commence à se répandre parmi les caméscopes numériques. iPhoto apprend à gérer les petites vidéos MPEG produites par les appareils numériques et retouche les photos avec des outils bien plus puissants qu’auparavant. iDVD s’enrichit de nouveaux thèmes, et apprend à graver les DVD+R longtemps délaissés par Apple au profit des DVD-R. GarageBand 2 se professionnalise avec l’enregistrement sur huit pistes et l’affichage des partitions en temps réel. Seul iTunes reste à la version 4.7 déjà distribuée auparavant. Parallèlement à cette suite déjà bien connue des utilisateurs, Apple présente iWork, premier opus d’une nouvelle suite qui s’enrichira sûrement à l’avenir. En plus de Keynote, le logiciel de présentation concurrent de PowerPoint, Apple ajoute Pages, logiciel de traitement de texte et de publication, qui vient marcher à la fois sur les plates-bandes de Word et de Publisher de Microsoft. Le tout savamment intégré avec les capacités typographiques et multimédia du système, ainsi qu’avec les outils d’iLife.
Voilà pour les logiciels. Côté matériel, c’est effectivement un nouveau modèle d’iPod qui débarque. Basé sur une mémoire Flash de 512 Mo ou 1 Go, le petit nouveau (de la taille d’un paquet de chewing-gums) ne dispose pas d’écran. Selon Steve Jobs, celui-ci ne sert à rien sur un si petit modèle, à part se fatiguer les yeux à tenter de naviguer dans une interface illisible. L’iPod Shuffle, puisqu’il se nomme ainsi, préfère donc une lecture aléatoire des titres emportés, ce qui rend toute interface de navigation inutile. Pour les grincheux, le baladeur est aussi capable de lire les titres dans l’ordre, mais avouez que c’est moins drôle. Le prix est, si j’ose dire, à la hauteur de la taille, soit 99 et 149 dollars selon le modèle. Quant au branchement, le FireWire est oublié au profit de l’USB, ce qui permet d’utiliser l’iPod Shuffle comme une clé USB.
La conférence semblant axée sur les petits prix, c’est l’autre grande rumeur des dernières semaines qui est confirmée par Steve Jobs. Apple entre dans la guerre des PC à moins de 500 dollars, avec une machine dépourvue d’écran, de clavier et de souris : le bien-nommé Mac mini. Ce choix permet à Apple de viser le marché des switcheurs, qui disposent déjà sur leur PC de tous les périphériques nécessaires. Mis à part l’absence d’entrée son, peu d’éléments sont reprochables au nouveau venu : un processeur G4 à 1.25 ou 1.42 Ghz, les connectiques FireWire et USB 2, un Combo ou un graveur DVD (pour 100 dollars de plus), un disque dur de 40 ou 80 Go, et surtout une vraie carte graphique Radeon 9200. En bref, une configuration largement comparable à ce qui se fait chez les concurrents, avec l’avantage d’un design inégalé : un petit boîtier de 15 centimètres de large sur 6 de haut… Le plus petit et le plus abordable des Macs jamais conçu ! Le nouveau Mac mini sait aussi se connecter à la télévision grâce à une prise vidéo, le transformant l’espace d’un moment en lecteur DVD de salon.

Le lendemain, alors que le cours de l’action est légèrement en baisse, beaucoup d’actionnaires ayant préféré empocher le bénéfice phénoménal des derniers mois, Apple présente ses résultats financiers. On attendait certes de bons résultats, mais on n’osait rêver à ceux qui sont annoncés : 3,74 milliards de dollars de chiffre d’affaire, en hausse de 74% sur un an, et 295 millions de dollars de bénéfice pour une marge de 28,5%. L’iPod continue sur sa lancée logarithmique : avec 4.580.000 baladeurs vendus dans le trimestre, soit 525% de hausse, la marque vend un million d’exemplaires tous les 20 jours, alors qu’il lui avait fallu 20 mois pour écouler le premier million, puis 6 mois pour vendre le deuxième, et 4 mois pour le troisième… Le compteur dépasse maintenant les 10 millions d’exemplaires vendus dans le monde ! Même l’iTunes Music Store est à la fête, puisqu’il réussit à dégager un bénéfice, ce qui n’était pas du tout son objectif à l’origine. Les réussites ne s’arrêtent pas là, puisque le nombre de Macs vendus est aussi en hausse de 26% avec plus d’un million d’ordinateurs vendus, notamment grâce au succès de l’iMac G5 (qui était, il est vrai, fort attendu). Avec 300.000 exemplaires vendus, il est talonné de près par l’iBook et ses 270.000 cartons. Pendant cette période, Apple a doublé ses ventes en Europe.

À la fin du mois, tandis que l'iTunes Music Store atteint le quart de milliard de titres vendus, Apple met à jour sa gamme PowerBook qui gagnent quelques Mhz et un équipement plus en phase avec le marché. Le mois suivant, tandis que l'action AAPL a bénéficié d'un « split » pour être plus abordable, ce sont les iPod qui subissent une cure de rajeunissement, perdant quelques dollars et gagnant des Go au passage.Interrogé par le magazine Fortune (le même qui l'avait sacré entrepreneur de la décennie vingt ans plus tôt), Steve Jobs assure que l'ADN d'Apple n'a pas changé et que l'objectif de ses équipes est toujours de tout rendre le plus simple possible. Accusant Microsoft de copier une nouvelle fois ses technologies dans le futur « Longhorn », il affirme que les constructeurs et les utilisateurs n'en peuvent plus des problèmes à répétition de Windows, et que plusieurs constructeurs lui auraient demandé une licence de MacOS X afin de le porter sur Intel. Une étude quelques mois plus tard confirmera : l'intérêt porté au Mac par les utilisateurs PC ne vient pas tant de l'effet « halo » de l'iPod, que des déboires de Windows. Concernant les logiciels, Steve Jobs rappelle que c'est suite au refus d'Adobe de porter sur Mac ses programmes grand public de montage vidéo qu'Apple s'est lancé dans le développement d'iMovie, puis des autres logiciels gratuits, puis professionnels, qui remportent un grand succès aujourd'hui : l'objectif est à un milliard de dollars de revenus pour la branche logicielle en 2005. Même les téléphones portables pourraient à terme se connecter à l'iTunes Music Store, après avoir déjà intégré le logiciel iTunes comme le font les téléphones de Motorola.

À la fin du mois de février, c'est Steve Wozniak lui-même qui intervient dans le conflit latent entre Apple et les animateurs de sites spécialisés dans les rumeurs sur la marque. Promettant 1000 dollars pour aider à sa défense l'un des mis en cause, le Woz estime surtout qu'Apple a d'autres chats à fouetter et espère une issue rapide afin que la marque sauve la face dans cette histoire qui l'oppose à « des jeunes sans le sou ». Au même moment, le juge du tribunal de San Jose, en Californie, refusait à ces derniers la protection du premier amendement et leur ordonnait de révéler leurs sources. Un mois plus tard, la marque abandonne une première poursuite contre un étudiant, après un accord dont les termes n'ont pas été communiqués.

Le 26 février, c'est Jef Raskin, le père du Macintosh, qui décède à l'âge de soixante ans. Il y a vingt-six ans, il rejoignait Apple, c'était le trente-et-unième employé de la marque, avant de révolutionner l'informatique en lançant une petite équipe dans l'aventure du Macintosh…

Le mois d'avril est l'occasion pour Apple de présenter à ses clients leur futur système d'exploitation, à savoir Tiger, déjà annoncé en juin de l'année précédente, et dont le développement est maintenant presque achevé. La commercialisation est annoncée pour le 29 avril. Le lendemain de l'annonce, Apple présente ses résultats financiers pour le second trimestre : chiffre d'affaire en hausse de 70% (3,24 milliards de dollars), bénéfice de 290 millions (soit six fois plus que l'année précédente à la même époque). Un peu plus d'un million de Macs vendus sur cette période et pas moins de 5 millions d'iPods (respectivement en hausse de 43% et 558%).

La semaine suivante, Apple présente Final Cut Studio, une suite logicielle complète dédiée à la vidéo (et notamment le nouveau format HD). Dans cette suite, Apple inclut Final Cut Pro 5, Motion 2, DVD Studio Pro et SoundTrack Pro un nouvel outil permettant de travailler le son (traitement, mixage, montage, boucles audio, multipiste…).

Le 3 mai, ce sont de nouveaux iMacs qui font leur apparition, amenant une légère progression des fréquences, et d'agréables améliorations : Bluetooth 2 et AirPort Extrême en standard, une meilleure carte graphique, un SuperDrive 8x. Puis Apple lance l'iTunes Music Store au Danemark, en Norvège, en Suisse et en Suède, puis rappelle un certain nombre de batteries de ses PowerBooks et iBooks (fournies par le fabricant sud-coréen LG Chem Ltd), et annonce un programme de recyclage de ses iPods, dans tous ses Apple Stores.

    Le choc

Avant chaque grand rendez-vous entre Steve Jobs et les aficionados de la marque à la pomme, Internet bruisse de rumeurs, de fausses informations, de canulars… Sauf en cette année 2005, à quelques semaines de la WWDC, conférence mondiale des développeurs, à l'ouverture de laquelle le PDG d'Apple doit tenir son habituelle conférence inaugurale. Les ténors habituels de la rumeur n'ont rien à se mettre sous la dent, et certains commencent à s'inquiéter de ce manque de bruits de couloirs, masquant selon eux l'absence de nouveau produit. Certains imaginent même qu'avec ses récentes poursuites judiciaires contre les sites spécialisés, Apple aurait réussi à étouffer les rumeurs…
C'est le Wall Street Journal qui se lance, le 23 mai, en annonçant une nouvelle qui, faute d'avoir jamais été prise au sérieux, n'en a pas moins été récurrente dans l'histoire d'Apple. Le journal affirme en effet être persuadé que Steve Jobs s'apprête à annoncer l'abandon du PowerPC d'IBM et Motorola, au profit des technologies d'Intel. La réaction des experts est très critique : certes, le cœur du système MacOS X, Darwin, est capable de fonctionner sur un processeur Pentium, mais réécrire les couches supérieures du système, notamment l'interface graphique et les librairies utilisées par les logiciels, relèverait de la mission impossible. De plus, ce choix paraîtrait irréaliste, après des années de matraquage publicitaire en faveur du PowerPC. Apple s'était fait une spécialité de démontrer, tests à l'appui, la supériorité de ses PowerMacs face aux PC équipés de processeurs x86 d'Intel, et ce depuis le milieu des années 90. De plus, IBM n'est-elle pas en train de travailler sur une nouvelle génération de processeurs capables de s'adapter à la volée à des instructions PowerPC, x86, ou toute autre forme d'architecture ? Les géants Microsoft, Sony et Nintendo, ne viennent-ils pas de choisir IBM et la plate-forme PowerPC pour équiper leurs futures consoles vidéo, d'ores et déjà annoncées comme des monstres de puissance ? Le Pentium IV n'est-il pas en bout de course, handicapé par une consommation électrique incontrôlée et une dissipation de chaleur à faire rougir un G5 ? Tout cela sans parler des risques, aux niveaux commercial, financier et technologique, d'une telle transition, qui paraît bien plus profonde que celles qui avaient consisté à remplacer les processeurs 680x0 par le PowerPC, puis MacOS 9 par MacOS X…

Si la nouvelle laisse sceptique, elle avait pourtant été précédée d'une grande première : Paul Otellini, nouveau PDG d'Intel, avait vanté la sécurité des ordinateurs Apple, avouant notamment passer une heure par semaine à faire la chasse aux spywares sur le PC de sa fille. Les analystes avaient alors expliqué qu'Intel ne cherchait par là qu'à assurer la promotion de ses nouvelles puces destinées à lutter contre ce fléau. L'actualité des jours suivants montrera qu'il s'agissait plutôt d'une légère incartade au secret qui entourait les relations entre les deux sociétés.

En effet, dans les premiers jours du mois de juin, les médias rivalisent d'informations à ce sujet, sans que l'on ne sache jamais qui tient des informations solides, et qui reprend les nouvelles de ses collègues. Ainsi, le 4 juin, à deux jours du Keynote tant attendu, c'est l'agence Reuters qui relance l'affaire, en citant CNet qui fournit des informations supplémentaires, notamment le projet de transition en plusieurs étapes, du bas de gamme vers le haut de gamme. Cependant, l'information n'est là encore basée que sur des rumeurs.

C'est donc avec une attention plus vive encore qu'à l'habitude, que les fans de Mac et les médias attendent la conférence de Steve Jobs ce lundi matin, 6 juin 2005. Fidèle à son protocole, le CEO d'Apple commence par quelques chiffres. Devant 3800 programmeurs rassemblés, il rappelle que l'iPod occupe toujours la première place des baladeurs numériques avec 76% du marché, tandis que l'iTunes Music Store détient 82% de son secteur. 430 millions de titres vendus, le succès de se dément pas. De son côté, Tiger s'est vendu à 2 millions d'exemplaires depuis sa sortie, ce qui en fait le meilleur démarrage d'un système pour Apple. D'ailleurs, les Macs en général remportent un grand succès, avec 30% de progression de vente contre 10% pour l'industrie du PC.

Et soudain, apparaissent à l'écran trois mots, qui viennent clore des semaines de supputations. « It's true », avec une dernière lettre légèrement descendue, à la manière du logo d'une marque bien connue, dont le nom est devenu quasiment synonyme de PC : Intel. Alors « c'est vrai », Apple switche à son tour, et entame la troisième transition de son histoire, et le bouleversement le plus important de la décennie. Le planning est déjà prêt : le changement commencera par l'entrée de gamme (Mac Mini, iBook, iMac) dès la mi-2006, puis le haut de gamme en 2007. Et surtout, tout est déjà au point, puisque MacOS X a été compilé, version après version, tant pour les processeurs PowerPC que pour ceux d'Intel, dans un secret absolu : ce n'est donc pas un travail de fond que la marque doit entreprendre, mais un travail d'accompagnement des éditeurs de logiciels, qui devront réécrire certaines parties de leurs logiciels pour les rendre compatibles avec les Macs x86. Sun, qui espérait quelques jours auparavant fournir son propre Unix, Solaris, comme base des futures versions de MacOS X, en est pour ses frais.

Pourquoi une telle transition, alors que les processeurs G5 sont largement à la hauteur, même si leur progression est moins rapide que prévu ? Pour Steve Jobs, la réponse est évidente : IBM n'arrive pas à suivre la demande d'Apple. Les fréquences ne montent pas, aucun G5 ne peut être embarqué dans un PowerBook, et le rythme de production n'est pas stable. Le « nouveau Motorola », comme certains surnomment IBM, retarde mois après mois la sortie des nouvelles versions de ses processeurs, et enchaînent les promesses. Pour garder la tête haute, le fondeur modifie le nom des nouvelles versions, lance des projets intermédiaires, abandonne les séries qui intéressaient Apple (notamment le successeur du G4 pour l'entrée de gamme). Bref, si la gamme est aujourd'hui compétitive, il devenait évident qu'à court terme, le PowerPC est dans une impasse. Pourquoi cependant avoir évincé Cell, la puce basée sur la technologie Power 64 d'IBM, offrant à la PlayStation 3 des performances dix fois supérieures à celles d'un PC de bureau ? Tout simplement parce que le travail de réécriture du système et des logiciels aurait été insurmontable. Quant à AMD, le concurrent d'Intel, Apple l'a écarté en raison de ses difficultés de production. Il est vrai que, de toute manière, la feuille de route d'Intel pour les années à venir est des plus optimistes : avec l'abandon de l'architecture Pentium 4 si décriée, Intel veut rendre sa gamme plus attractive : Pentium M, multi-core, 64 bits, faible consommation, gravure en 65 puis 45 nm, la plupart avec des exemplaires de tests déjà disponibles, un rêve pour les ingénieurs d'Apple…

Cette éventualité, Apple l'avait prévue de longue date : depuis cinq ans, la marque adaptait son système et ses applications aux deux plates-formes, afin de pouvoir réagir, le moment venu, et frapper un grand coup. Ce projet, dont le nom de code était « Marklar », a été gardé secret pendant toutes ces années, ce qui est en soi un exploit pour la marque. Le parrallèle avec le projet StarTrek est assez flagrant. Ainsi, depuis le rachat de NeXT, dont le système compatible Intel est à la base de MacOS X, la portabilité du produit a été conservée, ce dont peu de gens se doutaient. Ainsi, dès l'annonce du passage à Intel, Apple peut mettre à disposition des programmeurs son Developper Transition Kit, c'est-à-dire un PowerMac embarquant un Pentium 4 660 à 3,6 Ghz, et XCode 2.1 qui permet de compiler les applications pour PPC et x86. Pour les applications Cocoa, purement MacOS X, la transition sera aisée et rapide : Apple le prouve en reprogrammant en quelques heures le navigateur FireFox pour son ordinateur de test. Le secret : un système de Fat Binaries, qui reprend la notion de « Fat » qui marquait les applications mixtes 680x0/PPC. Les applications Carbon, c'est-à-dire adaptées tant à MacOS 9 que X, tourneront à l'aide d'un émulateur PPC, appelé Rosetta. Cet émulateur logiciel est basé sur la technologie de la société Transitive, qui compte Silicon Graphics parmi ses clients, et affirme que les pertes de performances ne sont que de 20 à 40% par rapport à la plate-forme d'origine, grâce à des techniques de mémorisation des instructions déjà traduites. Cependant, cette qualité se paye par l'abandon des instructions Altivec (spécifiques aux G4 et G5), et de MacOS 9. Ainsi, l'utilisateur pourra disposer d'applications spécifiques aux Mac Intel, PPC, ou mixtes. Pour les anciens logiciels, il pourra choisir de faire tourner le logiciel en utilisant Rosetta. Côté performances, le kit de développement impressionne : alors même qu'il n'est livré qu'avec une petite puce graphique intégrée à la carte mère, sans carte vidéo auxiliaire, l'ordinateur lit sans problèmes le nouveau format vidéo H.264 en plein écran, ce qui n'est pas le cas de la plupart des Macs actuels malgré leurs cartes vidéos ! Celles-ci feront l'objet de nouveaux pilotes, conçus par leurs fabricants, qui se lancent dans l'aventure, comme la plupart des grands (et des petits) éditeurs de logiciels. Quant aux créateurs de virus, la migration d'Apple ne leur ouvre pas de nouveau marché, puisque la plupart d'entre eux utilisent les failles de Windows, et non l'architecture Intel, pour commettre leurs méfaits. Seuls certains virus spécifiques, qui s'attaquent par exemple au BIOS, pourraient mettre les nouveaux Macs en danger, mais on ne connaît pas encore les choix d'Apple concernant cette partie de l'architecture des Macs Intel. Dans tous les cas, la tentation sera encore plus grande pour les pirates de s'intéresser à la partie matérielle des systèmes, partagée par les Macs et une majorité de PC : Apple va devoir pour la première fois de son histoire s'intéresser à la sécurité au niveau matériel. Sans parler des milliards de lignes de codes à réécrire à l'occasion de cette nouvelle transition, et des failles qui ne manqueront pas de se glisser parmi elles.

Cependant, quelques questions se posent encore : cette migration va-t-elle signifier l'abandon du PowerPC sur les Macs ou une forme de cohabitation ? Intel profitera-t-elle de technologies dont Apple dispose ? Apple va-t-elle intégrer la gestion des droits numériques (DRM) comme le permettent les processeurs Intel ? MacOS X sur un PC, Windows sur un Mac, quelles seront les possibilités et les conséquences pour l'offre de logiciels, notamment de jeux ? Quelle sera l'architecture définitive des Mac sous Intel, et notamment utiliseront-ils une puce BIOS classique ? Les ventes de Mac vont-elles s'effondrer durant la transition ? Quels seront les conséquences de ce passage pour Linux ? Si Steve Ballmer, patron en titre de Microsoft, se demande ironiquement si cela change quoi que ce soit, et affirme même que l'impact sur l'offre logicielle d'Apple sera négatif, les analystes financiers, eux, sont confiants. Ils considèrent que cette annonce éclaircit l'avenir d'Apple qui a tout à y gagner, notamment dans son offre mobile : MacOS X étant pour eux la vraie richesse d'Apple, le changement de matériel n'est pas une révolution.

D'autres informations sont divulguées par des sources plus ou moins sûres pendant les semaines qui suivent. On apprend qu'IBM aurait été mis devant le fait accompli quelques jours seulement avant l'annonce. On découvre ensuite la vitesse impressionnante du premier Mac sur Intel, qui ferait mieux que les plus puissants PowerMacs sur certains points. La presse se fait également l'écho du recrutement par Apple d'anciens ingénieurs de Sony, ayant travaillé sur le VAIO, constituant ainsi une équipe habituée des portables et des technologies Intel. Apple elle-même entretient le mystère en affirmant avoir un contrat avec l'ex-Motorola jusqu'en 2008. Et pendant tout l'été, on découvre des preuves de plus en plus nombreuses de l'installation de MacOS X sur des PC standard alors même que le système était censé être protégé contre ce type d'opération. D'abord prise pour un canular, cette information se vérifie durant tout l'été, sur des PC de plus en plus variés et différents du modèle utilisé par Apple. On retrouvera même un « MacOS X 86 » sur le marché de Bangkok quelques mois plus tard !

La fin du mois de juin est marquée par un petit bouleversement dans la gamme iPod, d'où disparaît l'iPod Photo. En réalité, c'est plutôt l'iPod traditionnel qui disparaît, puisque la nouvelle gamme inclut la couleur et la lecture de photo sur les deux modèles à 20 et 60 Go. L'USB2 remplace définitivement le FireWire, et l'autonomie grimpe à quinze heures pour tout le monde. Dans le même temps, iTunes passe en version 4.9 et intègre le principe du Podcasting, consistant à diffuser via internet une émission (semblable à une émission de radio) téléchargeable sur l'iPod pour y être écoutée plus tard. Le phénomène, qui prend de l'ampleur depuis le début de l'année, va aller en s'amplifiant grâce à l'intégration de ces radios virtuelles au sein du logiciel et de l'iTunes Music Store. Peu de temps après, et sans signe avant-coureur ni réelle explication, on apprend l'arrêt de la commercialisation des iPods par Hewlett-Packard. Apple ne s'en inquiète pas, puisque HP représentait 5% des ventes d'iPods.

Le succès du petit baladeur ne se dément d'ailleurs pas, comme le prouvent les chiffres trimestriels d'Apple, diffusés en juillet. Les records historiques sont pulvérisés, avec 3,52 milliards de dollars de chiffre d'affaire et 320 millions de profit. Plus impressionnant, le chiffre de 6,1 millions d'iPods vendus, et 1,18 millions de Macs écoulés, une quantité inimaginable depuis de longues années… L'action Apple ne s'en plaindra pas ! Pendant ce temps, et puisqu'on est dans les chiffres, on remarquera que Firefox continue d'empiéter sur les plates-bandes d'Internet Explorer, qui doit se « contenter » de 87% de part de marché.

Début août, un nouveau rongeur fait son apparition dans la gamme Apple : la Mighty Mouse. Cette souris filaire, qui cohabite avec la souris BlueTooth, est équipée de quatre boutons (invisibles sur le corps de la souris), ainsi qu'une d'un nouveau dispositif de pointage appelé « Scroll ball » qui permet de se déplacer dans toutes les directions dans une fenêtre à l'écran.

Mais le feuilleton de l'été cette année pour Apple concerne bien évidemment l'iPod. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la marque est en conflit avec John Platt, un représentant de Microsoft, tous deux ayant déposé des brevets concernant l'interface d'utilisation de l'iPod. Le dépôt de John Platt est postérieur à la sortie de l'iPod, mais antérieur à celui d'Apple, qui aurait trop attendu. L'office américain des brevets, saisi des deux demandes, les a rejetées, ne tranchant pas ainsi entre le droit de l'inventeur et le droit du brevet.

Brevet ou pas, l'équipe iPod ne chôme pas, et Steve Jobs présente leur dernier joyau, l'iPod nano, au cours d'un « événement spécial », le 7 septembre. Nano, pour « un milliardième». Et en effet, le nouveau venu impressionne : par ses dimensions qui lui offrent un volume quinze fois inférieur à celui de l'iPod original, par sa capacité de 2 à 4 Go, par son écran couleurs, sa capacité à lire des photographies comme ses aînés, et la présence d'une molette cliquable dans un si petit appareil. Steve Jobs n'a pas peur de le dire : l'iPod nano sera le plus grand succès dans l'histoire de l'iPod. D'ailleurs, il se murmure ici et là qu'Apple aurait pré-réservé 40% de la production de Samsung, premier fabricant de mémoires flash. Les centaines de concurrents n'auront plus qu'à se partager les miettes. A 200 et 250 dollars, les modèles prennent la place de l'iPod mini qui disparaît du jour au lendemain alors même qu'il représentait 50% des ventes pour Apple, preuve de la confiance accordée à son remplaçant… En France cependant, les prix sont plus élevés : 240 et 320 euros, en raison d'une taxe particulière sur les mémoires flash. La commission européenne promet de se pencher sur cette inégalité rapidement...
Les banques d'investissement réagissent dans les jours qui suivent et promettent à Apple le nombre, à peine imaginable quelques mois auparavant, de 43 millions d'iPods vendus en 2006, soit deux fois plus en une seule année qu'en cinq ans de commercialisation ! Pourtant, avec un pourcentage d'augmentation à 3 chiffres depuis plusieurs semestres, rien ne semble impossible pour Apple qui vogue de succès en succès avec son iPod. Steve Jobs l'expliquera d'ailleurs quelques jours plus tard devant la presse parisienne : Apple fait ce qu'il y a de mieux au monde car elle seule travaille à la fois sur tous les aspects du marché (matériel, logiciel, services).

Dans le même temps, Steve Jobs présente aussi « l'iPhone » tant attendu, et si décevant. Le « ROKR » de Motorola est, en réalité, un simple téléphone portable équipé d'iTunes et pouvant emporter une centaine de chansons. Mis à part l'arrêt automatique de la lecture en cas d'appel téléphonique, rien de bien passionnant : ni achat en ligne, ni partage de musique. On est loins des fantasmes de l'iPhone, sorte d'iPod croisé avec un téléphone, dont les rumeurs font mention depuis des années. Distribué aux Etats-Unis par l'opérateur Congular, il apparaît rapidement au catalogue des opérateurs français Bouygues et Orange.

Quant à la traditionnelle Apple Expo à Paris, elle débute sans Keynote, Steve Jobs l'ayant remplacée par une séance de questions-réponses avec la presse, une première du genre puisque les questions n'avaient pas à être validées auparavant par les services d'Apple…

On imagine à chaque fois que des retards de dernière minute ont empêché la présentation sur la scène parisienne, qui est pourtant l'un des plus gros salons informatiques européens, mais les faits sont là : c'est après l'Apple Expo que la marque présente ses nouveautés. Cette année, ce sont notamment un Mac mini accéléré à la fin du mois de septembre (sans qu'Apple ne communique sur ces modifications, afin sûrement d'écouler plus facilement ses stocks), un nouvel iMac le 12 octobre (équipé d'une caméra iSight interne et de Front Row, un logiciel de type « media center » associé à une télécommande), ainsi qu'un iPod vidéo (l'iTunes Music Store s'enrichit au passage de clips musicaux, de courts-métrages Pixar et de séries télévisées à 2,49 euros). Le 19 octobre, ce sont les PowerMacs qui sont revus, et équipés du nouveau processeur G5 « dual-core ». Le haut de gamme, équipé de deux processeurs à 2,5 Ghz, est surnommé « Quad » puisqu'il embarque quatre cœurs lui permettant de ridiculiser l'ancien PowerMac 2x2,7 Ghz. Par la même occasion, Apple présente Aperture, un logiciel professionnel pour gérer les clichés numériques, notamment le format RAW qui est le parent pauvre dans la chaîne de traitement de l'image, alors même que sa qualité est ce qui se fait de mieux. Le tout sans oublier des PowerBooks améliorés : un écran plus lumineux et doté de plus de pixels, une batterie plus efficace…

Cependant, si les passionnés français sont un peu déroutés, Apple se porte bien, et les analystes soulignent ses excellents résultats dans l'éducation, longtemps son domaine de prédilection, mais qui s'était détourné des machines à pomme au fil des ans. Dans les entreprises, les signes positifs sont également nombreux, avec la percée discrète des serveurs Xserve, largement aidés par les Xserve RAID, solutions de stockage compatibles avec la plupart des systèmes du marché. Comme pour s'assurer que sa nouvelle notoriété ne servira pas à d'autres, la marque lance ses avocats dans la mêlée afin de faire interdire l'utilisation de ses marques, en particulier « iPod », dans les sites et les publicités.

Les chiffres du quatrième trimestre fiscal, annoncés le 11 octobre, confirment d'ailleurs la bonne santé de la marque. 430 millions de dollars de bénéfice pour 3,68 milliards de dollars de chiffre d'affaire, respectivement en hausse de 60% et 200%. La vente de Macs augmente de 48% en un an, et près de 6,5 millions d'iPods, en hausse de 220%. On attendait un peu mieux du côté des iPods, et l'action Apple accuse une baisse de 10%. La baisse sera temporaire et la confiance reviendra vite. Début novembre, l'action est déjà remontée de 20% et atteint les 60 dollars. Un mois plus tard, c'est la barre des 70 dollars qui est franchie. Et puisqu'on est dans les chiffres, comment ne pas évoquer ceux de l'iTunes Music Store : début décembre, la version européenne atteint 100.000.000 de téléchargements, tandis que la version américaine totalise trois millions de vidéos en deux mois, attirant au passage de plus en plus de partenaires.


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