L'Aventure Apple



Chronologies : 2004 - 2006


    Apple, roi de la musique... et en manque de Mhz.

Le 7 juin, c’est AirPort Express qui pointe le bout de son nez. Une solution élégante pour relier, sans fil, une chaîne hi-fi à un réseau AirPort, mais qui sert aussi à brancher une imprimante ou simplement à étendre la portée d’un réseau existant. Pour envoyer la musique sur la chaîne, AirPort Express se double d’AirTunes, un logiciel qui ajoute à iTunes la possibilité de diffuser la musique sur une borne de son choix. Petite taille, petit prix (149 euros), si pratique qu’Apple invite même à l’emporter chez des amis pour leur faire écouter, sur leur chaîne, la musique de son Mac ! Apple s'impose ainsi un peu plus dans le monde musical en mêlant les différentes technologies qu'elle maîtrise.

Toujours dans le domaine musical, c’est le 15 juin que débarque enfin en Europe l’iTunes Music Store. Plus exactement, en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, puisque les autres pays ne sont pas encore concernés. Steve Jobs l’avait promis pour 2004, et si on l’avait espéré un instant pour avril, la promesse est tout de même tenue. La sélection de titre est un peu fade, notamment pour les Français, consommateurs à 45% de musique nationale, et qui ne se reconnaissent guère dans un magasin où les artistes français sont presque inexistants. Cependant, Apple le sait et ajoute, semaine après semaine, de nouveaux artistes, au gré des accords passés avec leurs maisons de disque. Les indépendants se plaignent cependant des offres inéquitables que leur fait Apple, et de la différence de traitement entre eux et les grandes Majors… Bonne nouvelle cependant, le prix de 99 centimes d’euros par chanson, alors qu’on ne pensait pas qu’Apple serait capable de tenir le pari, et que l’on tablait plutôt sur 1,19 euros. La première semaine verra plus de 800.000 titres s’envoler du Luxembourg, où Apple a installé son magasin virtuel.
Quelques jours plus tard, et pour rester dans la musique, c’est avec BMW qu’Apple annonce avoir collaboré : les modèles les plus répandus de la gamme seront désormais disponibles avec une option iPod : prise dans la boîte à gants et commande au volant, le baladeur s’y intègrera sans effort.

Le 28 juin, à l’occasion de la WorldWide Developers Conference de San Francisco, Steve Jobs présente Tiger, alias MacOS 10.4, dont la version en cours de développement et promise pour l’année suivante, présente déjà plus de 150 nouveautés. Spotlight offre un nouveau système de recherche parmi les fichiers de l’ordinateur : fichiers du Finder, mails, signets internet, et tout autre élément, même inclus dans une application, à la simple condition que les développeurs intègrent cette technologie dans leurs logiciels. Apple devance ainsi Microsoft qui promet ce type de technologie pour Longhorn, son futur système d’exploitation repoussé déjà de 2005 à 2006…Safari gagne la gestion des flux RSS, iChat permet de converser à dix en audio, quatre en vidéo, et s’appuie sur le nouveau codec H.264, successeur du MPEG-4, et destiné aux futurs DVD haute définition. Dashboard fait son apparition : il s’agit d’une nouvelle fonction basée sur Exposé, et affichant d’une touche à l’écran toute une série de « gadgets », comme une horloge, un calendrier, une calculatrice, un post-it, une télécommande iTunes, afin de toujours garder sous la main ces indispensables bidules. Les développeurs de Konfabulator, un freeware identique pour MacOS X, crient au scandale et reprennent dans un cinglant « Cupertino, démarrez vos photocopieurs », la petite pique qu’Apple lançait juste avant à Microsoft, sur des affiches présentant le CD de Tiger et titrant « Redmond, start your photocopiers ».
Devant la même assemblée de développeurs, Apple présente ses nouveaux écrans : 20, 23 et 30 pouces, tout en aluminium, d’un design sobre et élégant. Le souci du gigantisme est guidé par la volonté d’offrir aux clients un écran à la hauteur de Final Cut Pro HD : avec plus de 4 millions de pixels, le nouvel écran permet de visualiser sans souci les vidéos les plus larges. La carte graphique spécialement adaptée par Nvidia, une Gforce 6800 Ultra DLL, combine deux ports DVI pour envoyer à l’écran l’intégralité des pixels. Et pour les plus gourmands, la carte est doublement double, puisqu’elle permet de brancher deux écrans côte à côte… Apple abandonne en passant son format propriétaire ADC qui envoyait à l’écran l’énergie électrique, le signal vidéo et l’USB. Le nouveau câble, unique du côté de l’écran, se divise de l’autre côté pour rejoindre les prises adéquates de l’ordinateur : DVI, courant, USB et FireWire.
Quant au PowerMac G5, il voit sa fréquence augmenter, sans pour autant atteindre les 3 Ghz promis un an plus tôt par Steve Jobs. Il faudra donc se « contenter » de deux processeurs à 2,5 Ghz, pourtant déjà annoncés en février par les rumeurs… En effet, toute l’industrie des micro-processeurs a dû faire face à un ralentissement de sa progression, lors du passage à la gravure à 90 nm. Celle-ci était attendue depuis longtemps, comme permettant non seulement de concevoir des processeurs plus rapides, mais également plus économes et donc plus froids. Alors qu’on rêvait déjà de PowerBooks G5, Apple se voit pourtant contrainte à utiliser, dans ses nouvelles machines, un système de refroidissement liquide…Ce qui est de mauvaise augure quant à la possibilité d’intégrer un tel processeur dans un ordinateur portable !

Enfin, après des mois de retard, iPod mini est annoncé pour l’Europe, et le reste du monde, et promis pour le 24 juillet. Les stocks étant cependant toujours au plus bas aux Etats-Unis, l’on doute déjà de la capacité d’Apple a fournir largement les revendeurs. Bonne surprise en revanche, son prix, de 279 euros, alors qu’on craignait déjà qu’Apple ne joue sur les taux de change et ne le propose à 300 euros. Apple en profite également pour régler la taxe relative aux droits d’auteurs qu’elle refusait de régler sur les autres iPods…

C'est finalement le 12 juillet que la barre des 100 millions de chansons téléchargées sur l'iTunes Music Store est atteinte. Pour l'occasion, sont offerts des iPods et d'autres cadeaux aux acheteurs, tous les 50.000 titres. Le 26 juillet, iTunes, qui était déjà le seul logiciel de la suite d'Apple à être disponible sur PC, ouvre un peu plus ses horizons, en aterrissant sur les téléphones portables Motorola, qui deviennent ainsi capables de lire les morceaux achetés sur l'iTunes Music Store. Le transfert se fera par BlueTooth ou USB, à la manière de l'iPod, directement depuis iTunes. Entre-temps, le 19 juillet, l'iPod est passé en quatrième génération ou "4G", gagnant au passage la roulette de navigation de l'iPod mini ainsi que quatre heures d'autonomie supplémentaires, et perdant quelques millimètres de tour de taille et quelques dizaines de dollars...
Le 10 août, la marque à la Pomme complète son offre professionnelle en matière de vidéo, en proposant, comme cela est très à la mode, une suite de logiciels, dénommée Production Suite. Pour 1400 euros, on dispose de Final Cut Pro HD, Motion, DVD Studio Pro, Soundtrack, LiveType, Cinema Tools, Compressor et QuickTime Pro. Configuration musclée nécessaire !

Durant le mois d’août, c’est la santé de Steve Jobs qui occupe le devant de la scène. Le très charismatique iCEO de la marque à la pomme est en effet hospitalisé après s’être fait retirer une tumeur neuro-endocrine située dans le pancréas, cas rare mais curable de cancer, heureusement diagnostiqué assez tôt ce qui lui permettra une récupération complète. Il précise encore qu'il n'aura à subir ni chimio ni radiothérapie. En repos jusque début septembre, il laissera la place à Phil Schiller pour la conférence inaugurale de l’Apple Expo.

A la mi-août, on s’interroge sur la place de MacOS X parmi les systèmes d’exploitation du marché. Si la première place est évidemment connue, certains voyaient déjà Linux s’adjuger plus d’utilisateurs que notre bon vieux Mac ! Heureusement, l’information est rapidement démentie et l’on n’en parle plus… Moins de surprises en revanche pour l’iPod, dont les diverses déclinaisons occupent six des huit premières places des baladeurs les mieux vendus au Pays du soleil levant, inventeur du Walkman…

L’information est confirmée lors du KeyNote inaugural de l’Apple Expo, à Paris, le 31 août 2004. Le baladeur à la pomme s’adjuge à lui tout seul 58% des parts de marché, tandis que l’iTunes Music Store détient toujours 70% du marché de la musique en-ligne. En réalité, ces informations n’étaient rien à côté de ce qui allait suivre, surtout pour le public parisien surtout habitué à se voir servir les restes réchauffés des MacWorld Expo précédentes. Cette année, c’est en exclusivité mondiale que lui est présenté le nouvel iMac, estampillé G5 comme le processeur qu’il embarque. La paternité du nouveau modèle est attribuée sans aucun doute et du premier coup d’œil à l’équipe qui a conçu l’iPod : le nouvel iMac est conçu tout d’une pièce, en une sorte d’écran porté par un simple pied, puisque toute l’électronique, les branchements et le graveur de DVD sont intégrés dans l’épaisseur de l’écran. Dans cet espace confiné, on trouve un écran 17 ou 20 pouces, un G5 à 1.6 ou 1.8 Ghz, une carte graphique GeForce FX 5200, un disque dur de 80 ou 160 Go, et des hauts-parleurs un peu particuliers puisqu’ils sont dirigés vers le bas, le son se répercutant sur le bureau. Dès la mi-septembre, les premiers exemplaires arrivent sur le marché, et dès la semaine qui suit, Apple lance un programme d’échange concernant le bloc d’alimentation.

Début octobre, tandis que QuickTime se paye le luxe de dépasser son concurrent Real Networks, l’action Apple continue sa remontée fulgurante. Les 40 dollars sont atteints et promettent d’être allégrement dépassés. A la fin du mois, tandis que le nouveau navigateur gratuit FireFox, concurrent d’Explorer et de Safari, commence à se faire une place médiatique au soleil, l’action AAPL dépasse les 50 dollars. La première semaine de novembre voit le lancement sur les chapeaux de roues du nouveau film de Pixar, The Incredibles, qui s’offre même le plaisir de rapporter plus de recettes que ne l’avait fait Le Monde de Nemo ! Quant à l’iMac, les premiers chiffres de vente sont tout à fait satisfaisants et les cabinets d’analyse lui prédisent un Noël réussi.

Durant le mois de novembre, l’action Apple dépasse les 60 dollars, son plus haut depuis quatre ans. Quant au mois de décembre, il est marqué par la réapparition de la rumeur d’un iPhone, un téléphone portable signé par Apple. Les choses se précisant, il est maintenant question de voir apparaître un téléphone signé Motorola, mais conçu avec Apple. Et comme Apple n’aime pas trop que ses projets soient dévoilés, elle engage une action judiciaire et demande aux principaux sites de rumeurs de dévoiler leurs sources.

Les premiers jours de 2005 sont marqués, pour les clients européens d'Apple, par une forte baisse de prix sur toute la gamme à l'exception des iPods. A quelques jours de la MacWorld Expo, la marque a souhaité aligner ses prix sur le cours de l'euro, très largement supérieur au dollar depuis plusieurs mois. Grâce à cet effet des taux de change, les économies s'échelonnent de 10 à 20% selon les modèles.

Pour la MacWorld Expo de janvier 2005, les rumeurs étaient allé bon train, aidées par quelques indiscrétions internes qui allaient conduire Apple à engager des poursuites judiciaires à l’encontre des sites de rumeurs pour connaître leurs sources. Pêle-mêle, on annonçait un nouveau Mac à moins de 500 dollars, un iPod Flash, un concurrent à la suite Office de Microsoft… Bref, largement de quoi être déçu par la conférence inaugurale de Steve Jobs, d’ailleurs non retransmise en direct, l’investissement étant trop important pour la société.

C’est donc à San Francisco que s’ouvre cette édition 2005 de la MacWorld Expo. Pendant les deux heures de la conférence, Steve Jobs va s’en donner à cœur joie pour présenter des nouveautés comme la marque en a le secret. Tout d’abord, de nouveaux logiciels : iLife ’05, la mise à jour de la suite de logiciels grand-public d’Apple. iMovie passe en grand format avec la gestion de la vidéo « Haute Définition 16/9è » qui commence à se répandre parmi les caméscopes numériques. iPhoto apprend à gérer les petites vidéos MPEG produites par les appareils numériques et retouche les photos avec des outils bien plus puissants qu’auparavant. iDVD s’enrichit de nouveaux thèmes, et apprend à graver les DVD+R longtemps délaissés par Apple au profit des DVD-R. GarageBand 2 se professionnalise avec l’enregistrement sur huit pistes et l’affichage des partitions en temps réel. Seul iTunes reste à la version 4.7 déjà distribuée auparavant. Parallèlement à cette suite déjà bien connue des utilisateurs, Apple présente iWork, premier opus d’une nouvelle suite qui s’enrichira sûrement à l’avenir. En plus de Keynote, le logiciel de présentation concurrent de PowerPoint, Apple ajoute Pages, logiciel de traitement de texte et de publication, qui vient marcher à la fois sur les plates-bandes de Word et de Publisher de Microsoft. Le tout savamment intégré avec les capacités typographiques et multimédia du système, ainsi qu’avec les outils d’iLife.
Voilà pour les logiciels. Côté matériel, c’est effectivement un nouveau modèle d’iPod qui débarque. Basé sur une mémoire Flash de 512 Mo ou 1 Go, le petit nouveau (de la taille d’un paquet de chewing-gums) ne dispose pas d’écran. Selon Steve Jobs, celui-ci ne sert à rien sur un si petit modèle, à part se fatiguer les yeux à tenter de naviguer dans une interface illisible. L’iPod Shuffle, puisqu’il se nomme ainsi, préfère donc une lecture aléatoire des titres emportés, ce qui rend toute interface de navigation inutile. Pour les grincheux, le baladeur est aussi capable de lire les titres dans l’ordre, mais avouez que c’est moins drôle. Le prix est, si j’ose dire, à la hauteur de la taille, soit 99 et 149 dollars selon le modèle. Quant au branchement, le FireWire est oublié au profit de l’USB, ce qui permet d’utiliser l’iPod Shuffle comme une clé USB.

La conférence semblant axée sur les petits prix, c’est l’autre grande rumeur des dernières semaines qui est confirmée par Steve Jobs. Apple entre dans la guerre des PC à moins de 500 dollars, avec une machine dépourvue d’écran, de clavier et de souris : le bien-nommé Mac mini. Ce choix permet à Apple de viser le marché des switcheurs, qui disposent déjà sur leur PC de tous les périphériques nécessaires. Mis à part l’absence d’entrée son, peu d’éléments sont reprochables au nouveau venu : un processeur G4 à 1.25 ou 1.42 Ghz, les connectiques FireWire et USB 2, un Combo ou un graveur DVD (pour 100 dollars de plus), un disque dur de 40 ou 80 Go, et surtout une vraie carte graphique Radeon 9200. En bref, une configuration largement comparable à ce qui se fait chez les concurrents, avec l’avantage d’un design inégalé : un petit boîtier de 15 centimètres de large sur 6 de haut… Le plus petit et le plus abordable des Macs jamais conçu ! Le nouveau Mac mini sait aussi se connecter à la télévision grâce à une prise vidéo, le transformant l’espace d’un moment en lecteur DVD de salon.

Le lendemain, alors que le cours de l’action est légèrement en baisse, beaucoup d’actionnaires ayant préféré empocher le bénéfice phénoménal des derniers mois, Apple présente ses résultats financiers. On attendait certes de bons résultats, mais on n’osait rêver à ceux qui sont annoncés : 3,74 milliards de dollars de chiffre d’affaire, en hausse de 74% sur un an, et 295 millions de dollars de bénéfice pour une marge de 28,5%. L’iPod continue sur sa lancée logarithmique : avec 4.580.000 baladeurs vendus dans le trimestre, soit 525% de hausse, la marque vend un million d’exemplaires tous les 20 jours, alors qu’il lui avait fallu 20 mois pour écouler le premier million, puis 6 mois pour vendre le deuxième, et 4 mois pour le troisième… Le compteur dépasse maintenant les 10 millions d’exemplaires vendus dans le monde ! Même l’iTunes Music Store est à la fête, puisqu’il réussit à dégager un bénéfice, ce qui n’était pas du tout son objectif à l’origine. Les réussites ne s’arrêtent pas là, puisque le nombre de Macs vendus est aussi en hausse de 26% avec plus d’un million d’ordinateurs vendus, notamment grâce au succès de l’iMac G5 (qui était, il est vrai, fort attendu). Avec 300.000 exemplaires vendus, il est talonné de près par l’iBook et ses 270.000 cartons. Pendant cette période, Apple a doublé ses ventes en Europe.

À la fin du mois, tandis que l'iTunes Music Store atteint le quart de milliard de titres vendus, Apple met à jour sa gamme PowerBook qui gagnent quelques Mhz et un équipement plus en phase avec le marché. Le mois suivant, tandis que l'action AAPL a bénéficié d'un « split » pour être plus abordable, ce sont les iPod qui subissent une cure de rajeunissement, perdant quelques dollars et gagnant des Go au passage. Interrogé par le magazine Fortune (le même qui l'avait sacré entrepreneur de la décennie vingt ans plus tôt), Steve Jobs assure que l'ADN d'Apple n'a pas changé et que l'objectif de ses équipes est toujours de tout rendre le plus simple possible. Accusant Microsoft de copier une nouvelle fois ses technologies dans le futur « Longhorn », il affirme que les constructeurs et les utilisateurs n'en peuvent plus des problèmes à répétition de Windows, et que plusieurs constructeurs lui auraient demandé une licence de MacOS X afin de le porter sur Intel. Une étude quelques mois plus tard confirmera : l'intérêt porté au Mac par les utilisateurs PC ne vient pas tant de l'effet « halo » de l'iPod, que des déboires de Windows. Concernant les logiciels, Steve Jobs rappelle que c'est suite au refus d'Adobe de porter sur Mac ses programmes grand public de montage vidéo qu'Apple s'est lancé dans le développement d'iMovie, puis des autres logiciels gratuits, puis professionnels, qui remportent un grand succès aujourd'hui : l'objectif est à un milliard de dollars de revenus pour la branche logicielle en 2005. Même les téléphones portables pourraient à terme se connecter à l'iTunes Music Store, après avoir déjà intégré le logiciel iTunes comme le font les téléphones de Motorola.


À la fin du mois de février, c'est Steve Wozniak lui-même qui intervient dans le conflit latent entre Apple et les animateurs de sites spécialisés dans les rumeurs sur la marque. Promettant 1000 dollars pour aider à sa défense l'un des mis en cause, le Woz estime surtout qu'Apple a d'autres chats à fouetter et espère une issue rapide afin que la marque sauve la face dans cette histoire qui l'oppose à « des jeunes sans le sou ». Au même moment, le juge du tribunal de San Jose, en Californie, refusait à ces derniers la protection du premier amendement et leur ordonnait de révéler leurs sources. Un mois plus tard, la marque abandonne une première poursuite contre un étudiant, après un accord dont les termes n'ont pas été communiqués.

Le 26 février, c'est Jef Raskin, le père du Macintosh, qui décède à l'âge de soixante ans. Il y a vingt-six ans, il rejoignait Apple, c'était le trente-et-unième employé de la marque, avant de révolutionner l'informatique en lançant une petite équipe dans l'aventure du Macintosh…

Le mois d'avril est l'occasion pour Apple de présenter à ses clients leur futur système d'exploitation, à savoir Tiger, déjà annoncé en juin de l'année précédente, et dont le développement est maintenant presque achevé. La commercialisation est annoncée pour le 29 avril. Le lendemain de l'annonce, Apple présente ses résultats financiers pour le second trimestre : chiffre d'affaire en hausse de 70% (3,24 milliards de dollars), bénéfice de 290 millions (soit six fois plus que l'année précédente à la même époque). Un peu plus d'un million de Macs vendus sur cette période et pas moins de 5 millions d'iPods (respectivement en hausse de 43% et 558%).

La semaine suivante, Apple présente Final Cut Studio, une suite logicielle complète dédiée à la vidéo (et notamment le nouveau format HD). Dans cette suite, Apple inclut Final Cut Pro 5, Motion 2, DVD Studio Pro et SoundTrack Pro un nouvel outil permettant de travailler le son (traitement, mixage, montage, boucles audio, multipiste…).

Le 3 mai, ce sont de nouveaux iMacs qui font leur apparition, amenant une légère progression des fréquences, et d'agréables améliorations : Bluetooth 2 et AirPort Extrême en standard, une meilleure carte graphique, un SuperDrive 8x. Puis Apple lance l'iTunes Music Store au Danemark, en Norvège, en Suisse et en Suède, puis rappelle un certain nombre de batteries de ses PowerBooks et iBooks (fournies par le fabricant sud-coréen LG Chem Ltd), et annonce un programme de recyclage de ses iPods, dans tous ses Apple Stores.

    Le choc

Avant chaque grand rendez-vous entre Steve Jobs et les aficionados de la marque à la pomme, Internet bruisse de rumeurs, de fausses informations, de canulars… Sauf en cette année 2005, à quelques semaines de la WWDC, conférence mondiale des développeurs, à l'ouverture de laquelle le PDG d'Apple doit tenir son habituelle conférence inaugurale. Les ténors habituels de la rumeur n'ont rien à se mettre sous la dent, et certains commencent à s'inquiéter de ce manque de bruits de couloirs, masquant selon eux l'absence de nouveau produit. Certains imaginent même qu'avec ses récentes poursuites judiciaires contre les sites spécialisés, Apple aurait réussi à étouffer les rumeurs…
C'est le Wall Street Journal qui se lance, le 23 mai, en annonçant une nouvelle qui, faute d'avoir jamais été prise au sérieux, n'en a pas moins été récurrente dans l'histoire d'Apple. Le journal affirme en effet être persuadé que Steve Jobs s'apprête à annoncer l'abandon du PowerPC d'IBM et Motorola, au profit des technologies d'Intel. La réaction des experts est très critique : certes, le cœur du système MacOS X, Darwin, est capable de fonctionner sur un processeur Pentium, mais réécrire les couches supérieures du système, notamment l'interface graphique et les librairies utilisées par les logiciels, relèverait de la mission impossible. De plus, ce choix paraîtrait irréaliste, après des années de matraquage publicitaire en faveur du PowerPC. Apple s'était fait une spécialité de démontrer, tests à l'appui, la supériorité de ses PowerMacs face aux PC équipés de processeurs x86 d'Intel, et ce depuis le milieu des années 90. De plus, IBM n'est-elle pas en train de travailler sur une nouvelle génération de processeurs capables de s'adapter à la volée à des instructions PowerPC, x86, ou toute autre forme d'architecture ? Les géants Microsoft, Sony et Nintendo, ne viennent-ils pas de choisir IBM et la plate-forme PowerPC pour équiper leurs futures consoles vidéo, d'ores et déjà annoncées comme des monstres de puissance ? Le Pentium IV n'est-il pas en bout de course, handicapé par une consommation électrique incontrôlée et une dissipation de chaleur à faire rougir un G5 ? Tout cela sans parler des risques, aux niveaux commercial, financier et technologique, d'une telle transition, qui paraît bien plus profonde que celles qui avaient consisté à remplacer les processeurs 680x0 par le PowerPC, puis MacOS 9 par MacOS X…

Si la nouvelle laisse sceptique, elle avait pourtant été précédée d'une grande première : Paul Otellini, nouveau PDG d'Intel, avait vanté la sécurité des ordinateurs Apple, avouant notamment passer une heure par semaine à faire la chasse aux spywares sur le PC de sa fille. Les analystes avaient alors expliqué qu'Intel ne cherchait par là qu'à assurer la promotion de ses nouvelles puces destinées à lutter contre ce fléau. L'actualité des jours suivants montrera qu'il s'agissait plutôt d'une légère incartade au secret qui entourait les relations entre les deux sociétés.


En effet, dans les premiers jours du mois de juin, les médias rivalisent d'informations à ce sujet, sans que l'on ne sache jamais qui tient des informations solides, et qui reprend les nouvelles de ses collègues. Ainsi, le 4 juin, à deux jours du Keynote tant attendu, c'est l'agence Reuters qui relance l'affaire, en citant CNet qui fournit des informations supplémentaires, notamment le projet de transition en plusieurs étapes, du bas de gamme vers le haut de gamme. Cependant, l'information n'est là encore basée que sur des rumeurs.

C'est donc avec une attention plus vive encore qu'à l'habitude, que les fans de Mac et les médias attendent la conférence de Steve Jobs ce lundi matin, 6 juin 2005. Fidèle à son protocole, le CEO d'Apple commence par quelques chiffres. Devant 3800 programmeurs rassemblés, il rappelle que l'iPod occupe toujours la première place des baladeurs numériques avec 76% du marché, tandis que l'iTunes Music Store détient 82% de son secteur. 430 millions de titres vendus, le succès de se dément pas. De son côté, Tiger s'est vendu à 2 millions d'exemplaires depuis sa sortie, ce qui en fait le meilleur démarrage d'un système pour Apple. D'ailleurs, les Macs en général remportent un grand succès, avec 30% de progression de vente contre 10% pour l'industrie du PC.


Et soudain, apparaissent à l'écran trois mots, qui viennent clore des semaines de supputations. « It's true », avec une dernière lettre légèrement descendue, à la manière du logo d'une marque bien connue, dont le nom est devenu quasiment synonyme de PC : Intel. Alors « c'est vrai », Apple switche à son tour, et entame la troisième transition de son histoire, et le bouleversement le plus important de la décennie. Le planning est déjà prêt : le changement commencera par l'entrée de gamme (Mac Mini, iBook, iMac) dès la mi-2006, puis le haut de gamme en 2007. Et surtout, tout est déjà au point, puisque MacOS X a été compilé, version après version, tant pour les processeurs PowerPC que pour ceux d'Intel, dans un secret absolu : ce n'est donc pas un travail de fond que la marque doit entreprendre, mais un travail d'accompagnement des éditeurs de logiciels, qui devront réécrire certaines parties de leurs logiciels pour les rendre compatibles avec les Macs x86. Sun, qui espérait quelques jours auparavant fournir son propre Unix, Solaris, comme base des futures versions de MacOS X, en est pour ses frais.

Pourquoi une telle transition, alors que les processeurs G5 sont largement à la hauteur, même si leur progression est moins rapide que prévu ?
Pour Steve Jobs, la réponse est évidente : IBM n'arrive pas à suivre la demande d'Apple. Les fréquences ne montent pas, aucun G5 ne peut être embarqué dans un PowerBook, et le rythme de production n'est pas stable. Le « nouveau Motorola », comme certains surnomment IBM, retarde mois après mois la sortie des nouvelles versions de ses processeurs, et enchaînent les promesses. Pour garder la tête haute, le fondeur modifie le nom des nouvelles versions, lance des projets intermédiaires, abandonne les séries qui intéressaient Apple (notamment le successeur du G4 pour l'entrée de gamme). Bref, si la gamme est aujourd'hui compétitive, il devenait évident qu'à court terme, le PowerPC est dans une impasse. Pourquoi cependant avoir évincé Cell, la puce basée sur la technologie Power 64 d'IBM, offrant à la PlayStation 3 des performances dix fois supérieures à celles d'un PC de bureau ? Tout simplement parce que le travail de réécriture du système et des logiciels aurait été insurmontable. Quant à AMD, le concurrent d'Intel, Apple l'a écarté en raison de ses difficultés de production. Il est vrai que, de toute manière, la feuille de route d'Intel pour les années à venir est des plus optimistes : avec l'abandon de l'architecture Pentium 4 si décriée, Intel veut rendre sa gamme plus attractive : Pentium M, multi-core, 64 bits, faible consommation, gravure en 65 puis 45 nm, la plupart avec des exemplaires de tests déjà disponibles, un rêve pour les ingénieurs d'Apple…

Cette éventualité, Apple l'avait prévue de longue date : depuis cinq ans, la marque adaptait son système et ses applications aux deux plates-formes, afin de pouvoir réagir, le moment venu, et frapper un grand coup. Ce projet, dont le nom de code était « Marklar », a été gardé secret pendant toutes ces années, ce qui est en soi un exploit pour la marque. Le parrallèle avec le projet StarTrek est assez flagrant. Ainsi, depuis le rachat de NeXT, dont le système compatible Intel est à la base de MacOS X, la portabilité du produit a été conservée, ce dont peu de gens se doutaient. Ainsi, dès l'annonce du passage à Intel, Apple peut mettre à disposition des programmeurs son Developper Transition Kit, c'est-à-dire un PowerMac embarquant un Pentium 4 660 à 3,6 Ghz, et XCode 2.1 qui permet de compiler les applications pour PPC et x86. Pour les applications Cocoa, purement MacOS X, la transition sera aisée et rapide : Apple le prouve en reprogrammant en quelques heures le navigateur FireFox pour son ordinateur de test. Le secret : un système de Fat Binaries, qui reprend la notion de « Fat » qui marquait les applications mixtes 680x0/PPC. Les applications Carbon, c'est-à-dire adaptées tant à MacOS 9 que X, tourneront à l'aide d'un émulateur PPC, appelé Rosetta. Cet émulateur logiciel est basé sur la technologie de la société Transitive, qui compte Silicon Graphics parmi ses clients, et affirme que les pertes de performances ne sont que de 20 à 40% par rapport à la plate-forme d'origine, grâce à des techniques de mémorisation des instructions déjà traduites. Cependant, cette qualité se paye par l'abandon des instructions Altivec (spécifiques aux G4 et G5), et de MacOS 9. Ainsi, l'utilisateur pourra disposer d'applications spécifiques aux Mac Intel, PPC, ou mixtes. Pour les anciens logiciels, il pourra choisir de faire tourner le logiciel en utilisant Rosetta. Côté performances, le kit de développement impressionne : alors même qu'il n'est livré qu'avec une petite puce graphique intégrée à la carte mère, sans carte vidéo auxiliaire, l'ordinateur lit sans problèmes le nouveau format vidéo H.264 en plein écran, ce qui n'est pas le cas de la plupart des Macs actuels malgré leurs cartes vidéos ! Celles-ci feront l'objet de nouveaux pilotes, conçus par leurs fabricants, qui se lancent dans l'aventure, comme la plupart des grands (et des petits) éditeurs de logiciels. Quant aux créateurs de virus, la migration d'Apple ne leur ouvre pas de nouveau marché, puisque la plupart d'entre eux utilisent les failles de Windows, et non l'architecture Intel, pour commettre leurs méfaits. Seuls certains virus spécifiques, qui s'attaquent par exemple au BIOS, pourraient mettre les nouveaux Macs en danger, mais on ne connaît pas encore les choix d'Apple concernant cette partie de l'architecture des Macs Intel. Dans tous les cas, la tentation sera encore plus grande pour les pirates de s'intéresser à la partie matérielle des systèmes, partagée par les Macs et une majorité de PC : Apple va devoir pour la première fois de son histoire s'intéresser à la sécurité au niveau matériel. Sans parler des milliards de lignes de codes à réécrire à l'occasion de cette nouvelle transition, et des failles qui ne manqueront pas de se glisser parmi elles.

Cependant, quelques questions se posent encore : cette migration va-t-elle signifier l'abandon du PowerPC sur les Macs ou une forme de cohabitation ? Intel profitera-t-elle de technologies dont Apple dispose ? Apple va-t-elle intégrer la gestion des droits numériques (DRM) comme le permettent les processeurs Intel ? MacOS X sur un PC, Windows sur un Mac, quelles seront les possibilités et les conséquences pour l'offre de logiciels, notamment de jeux ? Quelle sera l'architecture définitive des Mac sous Intel, et notamment utiliseront-ils une puce BIOS classique ? Les ventes de Mac vont-elles s'effondrer durant la transition ? Quels seront les conséquences de ce passage pour Linux ? Si Steve Ballmer, patron en titre de Microsoft, se demande ironiquement si cela change quoi que ce soit, et affirme même que l'impact sur l'offre logicielle d'Apple sera négatif, les analystes financiers, eux, sont confiants. Ils considèrent que cette annonce éclaircit l'avenir d'Apple qui a tout à y gagner, notamment dans son offre mobile : MacOS X étant pour eux la vraie richesse d'Apple, le changement de matériel n'est pas une révolution.

D'autres informations sont divulguées par des sources plus ou moins sûres pendant les semaines qui suivent. On apprend qu'IBM aurait été mis devant le fait accompli quelques jours seulement avant l'annonce. On découvre ensuite la vitesse impressionnante du premier Mac sur Intel, qui ferait mieux que les plus puissants PowerMacs sur certains points. La presse se fait également l'écho du recrutement par Apple d'anciens ingénieurs de Sony, ayant travaillé sur le VAIO, constituant ainsi une équipe habituée des portables et des technologies Intel. Apple elle-même entretient le mystère en affirmant avoir un contrat avec l'ex-Motorola jusqu'en 2008. Et pendant tout l'été, on découvre des preuves de plus en plus nombreuses de l'installation de MacOS X sur des PC standard alors même que le système était censé être protégé contre ce type d'opération. D'abord prise pour un canular, cette information se vérifie durant tout l'été, sur des PC de plus en plus variés et différents du modèle utilisé par Apple. On retrouvera même un « MacOS X 86 » sur le marché de Bangkok quelques mois plus tard !

La fin du mois de juin est marquée par un petit bouleversement dans la gamme iPod, d'où disparaît l'iPod Photo. En réalité, c'est plutôt l'iPod traditionnel qui disparaît, puisque la nouvelle gamme inclut la couleur et la lecture de photo sur les deux modèles à 20 et 60 Go. L'USB2 remplace définitivement le FireWire, et l'autonomie grimpe à quinze heures pour tout le monde. Dans le même temps, iTunes passe en version 4.9 et intègre le principe du Podcasting, consistant à diffuser via internet une émission (semblable à une émission de radio) téléchargeable sur l'iPod pour y être écoutée plus tard. Le phénomène, qui prend de l'ampleur depuis le début de l'année, va aller en s'amplifiant grâce à l'intégration de ces radios virtuelles au sein du logiciel et de l'iTunes Music Store. Peu de temps après, et sans signe avant-coureur ni réelle explication, on apprend l'arrêt de la commercialisation des iPods par Hewlett-Packard. Apple ne s'en inquiète pas, puisque HP représentait 5% des ventes d'iPods.

Le succès du petit baladeur ne se dément d'ailleurs pas, comme le prouvent les chiffres trimestriels d'Apple, diffusés en juillet. Les records historiques sont pulvérisés, avec 3,52 milliards de dollars de chiffre d'affaire et 320 millions de profit. Plus impressionnant, le chiffre de 6,1 millions d'iPods vendus, et 1,18 millions de Macs écoulés, une quantité inimaginable depuis de longues années… L'action Apple ne s'en plaindra pas ! Pendant ce temps, et puisqu'on est dans les chiffres, on remarquera que Firefox continue d'empiéter sur les plates-bandes d'Internet Explorer, qui doit se « contenter » de 87% de part de marché.

Début août, un nouveau rongeur fait son apparition dans la gamme Apple : la Mighty Mouse. Cette souris filaire, qui cohabite avec la souris BlueTooth, est équipée de quatre boutons (invisibles sur le corps de la souris), ainsi qu'une d'un nouveau dispositif de pointage appelé « Scroll ball » qui permet de se déplacer dans toutes les directions dans une fenêtre à l'écran.

Mais le feuilleton de l'été cette année pour Apple concerne bien évidemment l'iPod. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la marque est en conflit avec John Platt, un représentant de Microsoft, tous deux ayant déposé des brevets concernant l'interface d'utilisation de l'iPod. Le dépôt de John Platt est postérieur à la sortie de l'iPod, mais antérieur à celui d'Apple, qui aurait trop attendu. L'office américain des brevets, saisi des deux demandes, les a rejetées, ne tranchant pas ainsi entre le droit de l'inventeur et le droit du brevet.

Brevet ou pas, l'équipe iPod ne chôme pas, et Steve Jobs présente leur dernier joyau, l'iPod nano, au cours d'un « événement spécial », le 7 septembre. Nano, pour « un milliardième». Et en effet, le nouveau venu impressionne : par ses dimensions qui lui offrent un volume quinze fois inférieur à celui de l'iPod original, par sa capacité de 2 à 4 Go, par son écran couleurs, sa capacité à lire des photographies comme ses aînés, et la présence d'une molette cliquable dans un si petit appareil. Steve Jobs n'a pas peur de le dire : l'iPod nano sera le plus grand succès dans l'histoire de l'iPod. D'ailleurs, il se murmure ici et là qu'Apple aurait pré-réservé 40% de la production de Samsung, premier fabricant de mémoires flash. Les centaines de concurrents n'auront plus qu'à se partager les miettes. A 200 et 250 dollars, les modèles prennent la place de l'iPod mini qui disparaît du jour au lendemain alors même qu'il représentait 50% des ventes pour Apple, preuve de la confiance accordée à son remplaçant… En France cependant, les prix sont plus élevés : 240 et 320 euros, en raison d'une taxe particulière sur les mémoires flash. La commission européenne promet de se pencher sur cette inégalité rapidement...
Les banques d'investissement réagissent dans les jours qui suivent et promettent à Apple le nombre, à peine imaginable quelques mois auparavant, de 43 millions d'iPods vendus en 2006, soit deux fois plus en une seule année qu'en cinq ans de commercialisation ! Pourtant, avec un pourcentage d'augmentation à 3 chiffres depuis plusieurs semestres, rien ne semble impossible pour Apple qui vogue de succès en succès avec son iPod. Steve Jobs l'expliquera d'ailleurs quelques jours plus tard devant la presse parisienne : Apple fait ce qu'il y a de mieux au monde car elle seule travaille à la fois sur tous les aspects du marché (matériel, logiciel, services).

Dans le même temps, Steve Jobs présente aussi « l'iPhone » tant attendu, et si décevant. Le « ROKR » de Motorola est, en réalité, un simple téléphone portable équipé d'iTunes et pouvant emporter une centaine de chansons. Mis à part l'arrêt automatique de la lecture en cas d'appel téléphonique, rien de bien passionnant : ni achat en ligne, ni partage de musique. On est loins des fantasmes de l'iPhone, sorte d'iPod croisé avec un téléphone, dont les rumeurs font mention depuis des années. Distribué aux Etats-Unis par l'opérateur Congular, il apparaît rapidement au catalogue des opérateurs français Bouygues et Orange.

Quant à la traditionnelle Apple Expo à Paris, elle débute sans Keynote, Steve Jobs l'ayant remplacée par une séance de questions-réponses avec la presse, une première du genre puisque les questions n'avaient pas à être validées auparavant par les services d'Apple…

On imagine à chaque fois que des retards de dernière minute ont empêché la présentation sur la scène parisienne, qui est pourtant l'un des plus gros salons informatiques européens, mais les faits sont là : c'est après l'Apple Expo que la marque présente ses nouveautés. Cette année, ce sont notamment un Mac mini accéléré à la fin du mois de septembre (sans qu'Apple ne communique sur ces modifications, afin sûrement d'écouler plus facilement ses stocks), un nouvel iMac le 12 octobre (équipé d'une caméra iSight interne et de Front Row, un logiciel de type « media center » associé à une télécommande), ainsi qu'un iPod vidéo (l'iTunes Music Store s'enrichit au passage de clips musicaux, de courts-métrages Pixar et de séries télévisées à 2,49 euros). Le 19 octobre, ce sont les PowerMacs qui sont revus, et équipés du nouveau processeur G5 « dual-core ». Le haut de gamme, équipé de deux processeurs à 2,5 Ghz, est surnommé « Quad » puisqu'il embarque quatre cœurs lui permettant de ridiculiser l'ancien PowerMac 2x2,7 Ghz. Par la même occasion, Apple présente Aperture, un logiciel professionnel pour gérer les clichés numériques, notamment le format RAW qui est le parent pauvre dans la chaîne de traitement de l'image, alors même que sa qualité est ce qui se fait de mieux. Le tout sans oublier des PowerBooks améliorés : un écran plus lumineux et doté de plus de pixels, une batterie plus efficace…

Cependant, si les passionnés français sont un peu déroutés, Apple se porte bien, et les analystes soulignent ses excellents résultats dans l'éducation, longtemps son domaine de prédilection, mais qui s'était détourné des machines à pomme au fil des ans. Dans les entreprises, les signes positifs sont également nombreux, avec la percée discrète des serveurs Xserve, largement aidés par les Xserve RAID, solutions de stockage compatibles avec la plupart des systèmes du marché. Comme pour s'assurer que sa nouvelle notoriété ne servira pas à d'autres, la marque lance ses avocats dans la mêlée afin de faire interdire l'utilisation de ses marques, en particulier « iPod », dans les sites et les publicités.

Les chiffres du quatrième trimestre fiscal, annoncés le 11 octobre, confirment d'ailleurs la bonne santé de la marque. 430 millions de dollars de bénéfice pour 3,68 milliards de dollars de chiffre d'affaire, respectivement en hausse de 60% et 200%. La vente de Macs augmente de 48% en un an, et près de 6,5 millions d'iPods, en hausse de 220%. On attendait un peu mieux du côté des iPods, et l'action Apple accuse une baisse de 10%. La baisse sera temporaire et la confiance reviendra vite. Début novembre, l'action est déjà remontée de 20% et atteint les 60 dollars. Un mois plus tard, c'est la barre des 70 dollars qui est franchie. Et puisqu'on est dans les chiffres, comment ne pas évoquer ceux de l'iTunes Music Store : début décembre, la version européenne atteint 100.000.000 de téléchargements, tandis que la version américaine totalise trois millions de vidéos en deux mois, attirant au passage de plus en plus de partenaires.



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