L'Aventure Apple



Chronologies : 2006 - 2008
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L'ère Intel. Plutôt pas mal, finalement !


Du côté du passage à l'architecture Intel, les rumeurs vont bon train. Alors que l'on imaginait que le grand saut commencerait par les « petites » machines (iBook et Mac Mini), il se pourrait que ce soit le PowerBook qui ouvre le bal, handicapé qu'il est par l'impossibilité d'y intégrer un G5. Pendant ce temps, les anciens utilisateurs d'Intel sont de plus en plus nombreux à rejoindre ce côté-ci de la barrière, et l'on estime leur nombre à un million pour 2005 : le « switch » dû à « l'effet halo » de l'iPod se concrétiserait-il enfin ? Ce ne sont pas les prévisions de ventes de fin d'année qui viendront démentir cette réussite : Apple domine les classements des sites marchands d'informatique, et l'iPod est l'objet le plus recherché pour Noël.

Hasard du calendrier ou petite révolution due à son nouveau partenaire, Intel décide en cette fin d'année 2005 de revoir en profondeur sa communication : nouveau logo, nouveau slogan (Intel inside cède la place à Leap ahead, « un bond en avant »), et abandon du terme « Pentium » au profit de « Core Solo » et « Core Duo » selon que le processeur contient un ou deux cœurs. Comme elle le fait avec ses gros clients, la firme crée un groupe « Apple » en son sein, et des rumeurs commencent à se répandre selon lesquelles elle fournirait ses nouveaux processeurs Yonah en avant-première à la pomme…

Steve Jobs se fait décidément une spécialité de se réconcilier avec ses anciens ennemis. Ainsi, son autre société, Pixar, serait à nouveau en discussion avec Disney dont elle avait claqué violemment la porte un an auparavant. D'autres ennemis apparaisse : ainsi, Adobe répond au logiciel Aperture d'Apple par son propre logiciel, LightRoom.

Le 10 janvier 2006, Steve Jobs est à nouveau sur la scène du Moscone Center de San Francisco pour la MacWord Expo. Comme d'habitude, sa conférence débute par quelques chiffres : 14 millions d'iPods vendus en un trimestre, c'est un nouveau record, qui permet au petit baladeur d'atteindre les 42 millions d'exemplaires. L'iTunes Music Store, de son côté, voir son compteur dépasser les 850 millions de chansons téléchargées, et 8 millions de vidéos. Viennent ensuite les logiciels : iLife '06 et iWork '06, nouvelles versions pour nouvelle année comme le veut la coutume. Les nouveautés sont, comme souvent, nombreuses : graphiques 3D et textures de qualité, utilisation de masques de toutes formes et personnalisables, publipostage, haute-définition dans les thèmes et les transitions… iLife s'enrichit d'iWeb, outil de création et publication de sites web personnels, avec blog, photocasting et podcasting. Côté matériel, Apple dote son iPod d'un récepteur radio sous forme de télécommande filaire, et c'est tout pour l'iPod. Le reste du Keynote sera consacré au Mac. Celui-ci change d'ère, puisqu'Apple présente les deux premiers modèles équipés d'un processeur Intel.

L'iMac reçoit donc un Intel Core Duo à 1,83 ou 2 Ghz, ses autres caractéristiques restant identiques : iSight intégrée, AirPort, FrontRow et sa télécommande… Apple assure que le nouveau processeur le propulse à deux fois la vitesse du G5.
Le MacBook Pro, de son côté, prend la place du PowerBook dans la gamme, Apple souhaitant généraliser l'emploi du terme « Mac » dans ses produits. Sous une carosserie identique, toute en aluminium, le nouveau venu embarque lui aussi un Core Duo à 1,67 ou 1,83 Ghz, mais aussi une iSight placée juste au-dessus de l'écran, ainsi que la télécommande et FrontRow. Pour Apple, le MacBook Pro est quatre fois plus rapide que son aîné le PowerBook G4 !

Pour accompagner ces sorties, Apple présente un spot publicitaire, concluant que « enfin libérés des PC, les puces Intel vont enfin pouvoir exprimer tout leur potentiel »… Autant dire que les autres clients d'Intel apprécient peu, et ce dernier peine à justifier sa position vis à vis de son nouveau partenaire ! Dell apprécie d'autant moins qu'au même moment, sa capitalisation boursière est dépassée par celle d'Apple, dont l'action est toujours à la hausse (atteignant 85 dollars) !

Fin janvier, Apple annonce ses résultats financiers, et le meilleur trimestre de son histoire. 5,75 milliards de dollars de CA, et des bénéfices à 565 millions, avec une marge en très léger recul à 27,2%. C'est évidemment l'iPod qui tire les chiffres vers le haut, avec 14 millions d'exemplaires vendus. Mais avec 1,25 millions d'unités, le Macintosh n'est pas à la traîne, loin de là… Quant aux ventes des tout nouveaux Macs équipés de processeurs Intel, certains les prédisent décevantes, d'autres rétorquent qu'au contraire la demande est phénoménale, ce que semblent confirmer les délais de livraison élevés pendant plusieurs semaines. Dans tous les cas, l'action perd allègrement de sa valeur, les investisseurs profitant de la prudence d'Apple pour empocher les bénéfices du titre (+300% en 15 mois). En France, les chiffres sont excellents, puisque Apple progresse de 37% dans un marché qui n'augmente « que » de 20%. Dans le secteur de l'éducation, la marque s'offre même le luxe de reprendre la première place avec 15% de parts de marché. Pendant ce temps, le patron d'Apple se contente de son salaire d'un dollar annuel, largement compensé par les actions qu'il peut lever à intervalles réguliers, et empoche ainsi près de 300 millions de dollars en mars 2006…

Autre société, autre actualité financière : dans le même temps, c'est le conseil d'administration de Disney qui s'autorise à racheter Pixar, l'autre société de Steve Jobs. Celle-ci ayant autorisé la transaction, c'est donc par un échange d'actions de 7,4 milliards de dollars que Mickey a racheté Buzz l'éclair… Par la même occasion, Steve Jobs devient l'un des principaux actionnaires de Disney, avec 3,7 milliards de dollars en actions. Quant aux employés de Pixar, ils occupent maintenant les principaux directeurs artistiques de Disney.

Le 7 février, Apple lance un nouvel iPod nano, plus abordable puisqu'il n'embarque qu'un Go de mémoire. Accompagné par une baisse de prix des iPods Shuffle (à 79 euros), c'est une manière pour la société de contrer la concurrence qui peine à suivre le rythme. L'iTunes Music Store, de son côté, approche le cap fatidique du milliard de chansons vendues, et Apple promet à nouveau à l'heureux client de la milliardième chanson un iMac, dix iPods et 10.000 euros de bon d'achat sur l'iTunes Music Store. L'objectif sera atteint le 23 février, par Alex Ostrovsky, un Américain qui a acheté la chanson « Speed of Sound » de l'album X&Y de Coldplay.

Le mois de février est marqué par l'annonce par la société Sophos, spécialiste des anti-virus, de la découverte d'un virus pour MacOS X, surnommé Leap-A ou Oompa-A. Le virus se diffuserait dans un fichier intitulé « latestpics.tgz » en s'expédiant de lui-même aux contacts enregistrés dans iChat. Cependant, Apple défend la sécurité de son système en rappelant qu'un tel fichier, qui nécessite d'accepter un téléchargement et de double-cliquer à deux reprises, ne peut guère être considéré comme un virus… Cependant, des failles peuvent exister, comme celles repérées en un mois au sein de Safari (ouverture de scripts déguisés dans des archives Zip) puis QuickTime et iTunes.

Depuis la sortie de Macs équipés de processeurs Intel, nombreux sont les bricoleurs à tenter de faire tourner Windows XP sur l'iMac. Pour accélérer le mouvement, un site récolte les dons afin que le premier à trouver une solution soit généreusement récompensé. Dans le même temps, Apple fait la chasse aux sites cherchant, à l'inverse, à faire tourner MacOS X sur des PC standard. Les sites OSx86 Project et Maxxuss sont les premiers à faire les frais de l'offensive d'Apple. Quant à Windows XP sur iMac, il faudra attendre le 16 mars pour voir le résultat : deux développeurs mettent en ligne un mode d'emploi complet pour créer un CD de Windows XP compatible avec l'iMac, et empochent 13.854 dollars. Pendant ce temps, Microsoft repousse à nouveau la sortie de son futur Windows Vista, déjà amputé de la plupart de ses fonctionnalités révolutionnaires…

Apple n'échappant pas à la mondialisation, elle annonce en février la création d'un centre de support technique en Inde (pays anglophone et à main d'œuvre meilleur marché), pour faire face au nombre de clients en hausse exponentielle grâce à l'iPod. La société rassure en promettant que les supports techniques déjà existant aux Etats-Unis ne seront pas fermés, et verront même leurs effectifs gonflés. Quant à la France, elle devient une épine dans le pied de la marque à la pomme en exigeant, par le projet de loi DADVSI (Droits d'auteurs et droits voisins sur Internet), une interopérabilité entre les plates-formes de ventes en ligne et les supports (ordinateurs, iPod…). Pour Apple, cela reviendrait à permettre la lecture des morceaux achetés sur l'iTunes Music Store par d'autres baladeurs, mais dans le même temps, il faudrait que Sony, la Fnac et compagnie rendent leurs magasins compatibles avec les Macs et l'iPod… Une situation unique au monde ! Le monde étant ce qu'il est, la loi DADVSI sera purgée de ses exigences d'interopérabilité dès mai, et Apple abandonnera son projet de centre d'appel indien dès juin…

En attendant, le dernier jour de février voit l'apparition d'un nouveau Mac mini, à son tour équipé d'un processeur Intel : Core Solo 1,5 Ghz pour les petits, Core Duo 1,66 Ghz pour les grands. Le gain de performance serait de 200 à 400% par rapport au modèle G4 ! Cependant, la machine est dépourvue de carte graphique spécialisée : c'est la puce GMA 950 d'Intel qui assure le traitement de la vidéo, en partageant une partie de la mémoire vive. Comme il se doit, le nouveau venu est équipé de Front Row et de sa télécommande.

Le même jour, Apple offre à son iPod un accessoire de taille : l'iPod Hi-Fi, une station d'accueil. La qualité de son est incomparable selon la marque, et l'alimentation peut être assurée par des piles.

Le 5 avril, c'est une petite bombe que lance la marque à la pomme : Boot Camp, en version beta, permet d'installer officiellement Windows XP sur les Macs ! Apple se défend bien entendu d'encourager cette solution, et prévient déjà qu'elle n'assurera aucun service après-vente concernant Windows. Pour les médias, cependant, Apple vient de faire un grand pas vers le monde PC. Pour Apple, c'est surtout un dernier argument pour convaincre ceux que le « switch » vers le Mac inquiète : grâce à Boot Camp, le Mac n'est plus privé d'aucun logiciel PC, si le besoin s'en fait sentir.

Windows ou pas, la transition vers Intel se déroule bien pour Apple, qui réalise sur son second trimestre un chiffre d'affaire de 4,36 milliards de dollars, et 410 millions de bénéfices. 8,5 millions d'iPods et 1,11 millions de Macs, les chiffres sont au vert et les perspectives au beau fixe. Steve Jobs avoue qu'avec un business qui a triplé en quelques années, Apple va devoir s'agrandir et a commencé des acquisitions foncières pour acquérir 20 hectares à Cupertino, de quoi construire un second campus.

Le 24 avril, la famille MacBook Pro s'agrandit avec l'arrivée d'un modèle 17 pouces, équipé d'un Core Duo 2,16 Ghz. Front Row, iSight, MagSafe (le branchement magnétique), il n'a rien à envier à son petit frère 15 pouces.

Et c'est le 16 mai qu'Apple lance fort logiquement le MacBook pour remplacer l'iBook. Sans surprise, la machine est équipée d'un processeur Intel Core Duo, d'une webcam iSight et du logiciel Front Row ainsi que sa télécommande. Et comme les rumeurs le laissaient présager, la machine est disponible en blanc ou en noir (moyennant une facture plus salée…). Innovation également pour Apple, l'écran brillant qui équipe les PC portable depuis quelques années mais ne fait pas l'unanimité en raison des reflets bien plus marqués que sur les écrans mats habituels. Le même écran est d'ailleurs rendu disponible pour le MacBook Pro 17 pouces.

Pour accompagner la sortie de ces nouveaux produits et sa transition vers Intel, Apple lance de nouveaux spots publicitaires, mettant en scène un jeune homme (le Mac) et un businessman pas très rock'n roll (le PC), et vantant iLife, la résistance aux virus, la compatibilité, la simplicité... Et pour vendre le nouveau MacBook (et tous les autres produits Apple), la marque continue son programme d'expansion des Apple Store, avec l'inauguration de son magasin New-Yorkais sur la Cinquième Avenue le 19 mai. Entièrement installé en sous-sol, il est surmonté par un cube de verre de dix mètres de large, donnant accès à un escalier et un ascenseur, tous les deux de verre également.

Pas d'Apple Store en France, où les revendeurs agréés perdent même leur titre d'Apple Center pour celui de Premium Reseller… Après des années de vache maigre pendant lesquelles ces revendeurs ont fidèlement soutenu Apple, la pilule est dure à avaler.

Quelques jours plus tard, le 23 mai, Nike et Apple dévoilent un partenariat autour de l'iPod, qui devient un « assistant pour jogging ». Grâce à un émetteur sans fil caché dans la chaussure, il compte les foulées, la distance parcourue, et les calories dépensées. Selon les souhaits de l'utilisateur, ces informations sont diffusées dans les oreillettes, en temps réel. Une fois de retour à la maison, les données sont affichées à l'écran et stockées afin de permettre de suivre l'évolution au fil des semaines, et même de se comparer avec d'autres coureurs dans le monde.

Le 31 mai, Apple annonce un programme de recyclage gratuit : chaque client pourra choisir de renvoyer gratuitement son ancien ordinateur (Mac ou PC) après avoir acheté un Mac, afin qu'il soit recyclé. Le 6 juin, c'est au tour de l'iPod U2 d'être remis au goût du jour, pour coller à la génération "5G" du baladeur : écran couleur élargi, disque dur de 30 Go, et toujours cette parure rouge et noire et les signatures des membres du groupes gravées sur la coque... Le tout pour 329 dollars, soit 30 de plus que la version basique.

Le 29 juin, Apple annonce qu'une enquête interne a révélé des irrégularités dans l'attribution de certaines stock-options. En fait, cela faisait déjà plusieurs années que les actionnaires, notamment des fonds de pensions, se plaignaient d'une certaine opacité de ces attributions. Si le CEO d'Apple, Steve Jobs, est blanchi par les conclusions de cette enquête, l'affaire n'en restera pas là puisque de nombreuses sociétés américaines sont touchées par ce scandale. La plupart avaient antidaté des attributions de stock-options afin de faire profiter les bénéficiaires d'un cours plus avantageux, technique qui n'est pas illégale en elle-même, mais qui nécessite une comptabilité particulière dans le bilan annuel. Dès la semaine suivante, la justice s'en mêle, avec des poursuites de la Cour du District Nord de Californie et de la Cour Supérieure du Comté de Santa Clara. La situation est telle que la société prévient que ses résultats financiers de quatre dernières années seront corrigés pour prendre en compte les attributions restées jusque là masquées.

Dans le même temps, une autre enquête progresse : celle concernant les conditions de travail dans les usines où sont fabriqués les iPods. L'audit commandé par la société permet de tirer des conclusions rassurantes : usine moderne, conditions de vie décentes… Quelques bémols ayant été relevés, Apple et Foxconn, son sous-traitant, se sont engagés à les faire disparaître.

Le 4 juillet, l'eMac trouve enfin un remplaçant : un iMac « light », sans carte graphique dédiée ni graveur de DVD, mais vendu pour 959 euros seulement. Le 25 juillet, une nouvelle souris fait son apparition : la Wireless Mighty Mouse qui, comme son nom l'indique, reprend les caractéristiques de la Mighty Mouse (boule de défilement à 360 degrés et quatre boutons), mais sans fil.

L'été est également pour l'iTunes Store l'occasion de mieux remplir ses rayons : Warner Bros, E! Entertainment, News TBS, A&E Television, NFL, Telemundo, apportent tour à tour leurs programmes au magasin virtuel d'Apple. Pendant ce temps, le Store européen, limité à la musique, atteint tout de même 200 millions de téléchargements.

Dans le même temps, et profitant de la nouvelle architecture des « Macs Intel », on voit fleurir les solutions de virtualisation, permettant d'utiliser n'importe quel système x86 (notamment Windows) sur un Mac, dans une simple fenêtre, sans quitter Mac OS X. Deux grands noms s'affrontent en particulier : Parrallels Desktop et VMWare, à coups de fonctionnalités et d'accélérations. Les deux logiciels se vendront rapidement à des centaines de milliers d'exemplaires.

Microsoft, pendant ce temps, finalise son Zune, destiné à concurrencer l'iPod. Baladeur audio et vidéo, plate-forme de vente en-ligne, wi-fi, le Zune n'a rien à envier à l'iPod… enfin, sur le papier. Microsoft prévoit d'ailleurs d'investir des centaines de millions de dollars pour en assurer la réussite, et n'hésite pas à prédire la vente d'un million d'unités par mois.

Afin de ne pas lui laisser le champ libre, et pour profiter des mois précédant le lancement de Windows Vista, Apple lance une nouvelle campagne de publicités, intitulée « Get a Mac », et mettant en scène deux individus, représentant le PC et le Mac. Au fil des mois, la campagne s'étoffera de nouvelles scénettes, sur les sujets habituels : virus, loisirs, musique, spywares, iLife…

Le 7 août, la Conférence Mondiale des Développeurs (WWDC) s'ouvre sur une conférence inaugurale. Une fois n'est pas coutume, c'est à son bras droit Phil Schiller que revient le plaisir de présenter le nouveau Mac Pro, remplaçant le PowerMac. Ce nouveau modèle professionnel est équipé du nouveau processeur Woodcrest d'Intel, cadencé à 3 Ghz, une cadence que Steve Jobs promettait pour le G5 dès l'été 2004… Si l'extérieur reste presque inchangé, Apple a en revanche revu totalement l'intérieur de la machine, présentée comme trois fois plus rapide que son prédécesseur. Chaque processeur étant composé de deux cœurs, cette machine conserve donc le surnom de « Quad ». Dans le même temps, XServe se met à l'heure Intel, avec des caractéristiques proches du Mac Pro, et la place gagnée sur les systèmes de refroidissement permet de lui adjoindre une deuxième alimentation redondante.

Après les machines, le système. Tandis que Microsoft se prépare à commercialiser son futur Windows Vista, Apple planche sur le successeur de Tiger : Leopard ou Mac OS X 10.5. Steve Jobs prend les devant : la présentation de Leopard sera incomplète et des fonctions importantes resteront secrètes, afin d'éviter que les photocopieuses de Redmond ne fonctionnent à plein régime… Parmi les nouveautés présentées : Time Machine, un utilitaire permettant de visualiser le contenu de son ordinateur plusieurs mois auparavant afin de retrouver une ancienne version d'un document, ou un dossier effacé par erreur. Pour faciliter la gestion de ses fenêtres à l'écran, Apple emprunte au monde Linux les Bureaux Virtuels, permettant de basculer entre plusieurs écrans virtuels, chacun conservant ses fenêtres et ses réglages. Enfin, DahCode permettra de créer des Widgets en quelques clics. Mail et iChat, eux aussi, bénéficient de nouveautés intéressantes.

Le 23 août, c'est un autre concurrent d'Apple qui refait parler de lui. Pour 100 millions de dollars, Apple achète la paix avec Creative, qui possède des brevets sur certaines technologies utilisées dans l'iPod, et qu'Apple n'avait pas su protéger à temps, se faisant griller la politesse au bureau des brevets… Creative, de son côté, rejoint le programme « Made for iPod ». Ces 100 millions de dollars permettront d'ailleurs à la marque de finir son quatrième trimestre fiscal 2006 dans le vert, avec 92 millions de dollars de bénéfice…

Le 6 septembre, juste avant l'Apple Expo, Apple commercialise un nouveau modèle dans sa gamme iMac, équipé d'un écran 24 pouces (contre 17 et 20 pouces pour les précédents). Toute la gamme en profite pour passer au nouveau Core 2 Duo d'Intel, tout comme le Mac mini. Pour le MacBook Pro, il faudra attendre jusqu'au mois d'octobre. Et pour le MacBook, jusqu'à novembre.

Moins d'une semaine plus tard, le 12 septembre, juste après l'Apple Expo, la marque à la pomme lance de nouveaux iPod nano. Les nostalgiques auront immédiatement reconnu la parenté du nouveau venu avec feu l'iPod mini, avec son corps aux formes arrondies, tout en aluminium coloré. Pour le reste, on retrouve la taille de guêpe du nano, sa mémoire flash de 2 à 8 Go, son écran couleur… Le prix est en baisse, et la disponibilité est immédiate. L'iPod shuffle est aussi de la fête, puisqu'il est entièrement revu par la marque : adieu le format « briquet », le shuffle est maintenant de la taille d'un timbre poste, et équipé d'un clip pour l'accrocher aux vêtements. Il embarque toujours 1 Go de musique. Quant au grand frère l'iPod, il gagne un écran plus lumineux et une batterie plus efficace : la vidéo n'en sera que plus profitable. Côté son, les écouteurs sont (enfin !) revus. Et, surprise : l'iPod peut recevoir des jeux, qu'Apple propose d'acheter et télécharger sur l'iTunes Store. Au passage, iTunes passe en version 7 et gagne une présentation en 3D par pochettes. Sur l'iTunes Store, les vidéos passent en 640x480 pour une meilleure qualité.

Par la même occasion, Steve Jobs présente l'iTV, prototype d'un lecteur de salon, capable de diffuser sur une télévision le contenu multimédia du Mac (musique, vidéos, photos…). En quelques sortes, le Media Center vu par Apple. Sortie prévue en 2007, pour 299 dollars.

Deux jours plus tard, c'est Microsoft qui dévoile son Zune. En noir, blanc ou beige, disponible pour les fêtes, le baladeur sera donc équipé d'un disque dur de 30 Go, d'un tuner FM et d'un écran 3 pouces. La norme wi-fi permettra d'échanger des morceaux entre deux Zunes. Enfin, pour acheter des chansons, Microsoft lancera le Zune Marketplace, qui se révèlera étrangement incompatible avec la protection numérique PlayForSure, démocratisée par Microsoft pour concurrencer FairPlay d'Apple. Seul le Zune sera donc compatible avec ce magasin en-ligne. Afin que la concurrence soit entière, le prix du Zune est fixé à 249 dollars, tout comme l'iPod de même capacité. Mais déjà, on ne parle plus chez Microsoft d'un million de Zune par mois, mais d'un million sur les six premiers mois…

Le feuilleton de l'été se prolongera durant l'automne : les investigations internes d'Apple au sujet des stocks-options antidatées permettent dès octobre de mettre Steve Jobs hors de cause. S'il a été informé de certaines de ces attributions, entre 1997 et 2002, il n'en a pas lui-même bénéficié, et ignoré les exigences fiscales liées à ce type d'opération. Il faudra attendre les derniers jours de décembre 2006 pour que la marque achève la correction de ses comptes, l'obligeant à provisionner 84 millions de dollars pour faire face aux dépenses fiscales non régularisées.

Le 13 octobre, la gamme iPod s'agrandit avec le lancement de l'iPod nano (PRODUCT) RED, une édition spéciale s'inscrivant dans le programme (PRODUCT) RED destiné à financer la lutte contre le SIDA. Sur chaque produit de ce programme impliquant des grandes marques, une somme est reversée au fond global de lutte contre le SIDA. Dans le cas de cet iPod à 199 dollars, la somme reversée est de 10 dollars. Trois semaines plus tard, ce modèle sera complété par un iPod de 8 Go.

Le 18 octobre, les résultats financiers du quatrième trimestre fiscal 2006 s'inscrivent dans la lignée des précédents : Apple est en grande forme ! 4,84 milliards d'euros de chiffre d'affaire, 546 millions d'euros de bénéfice, 1,6 millions de Macs et 8,72 millions d'iPods vendus, soit plus de 30% d'augmentation en un an…

La fin de l'année 2006 est marquée par le développement des dernières lignes de Vista, le nouveau Windows, remplaçant XP. Après des années de travail et l'abandon de la plupart des technologies révolutionnaires qu'il devait amener, le système est donc presque prêt. Les connaisseurs ne manquent pas d'y trouver quelques ressemblances avec Mac OS X : une imitation d'Exposé, une reprise des Widgets, les transparences et autres animations qui manquaient à Windows XP… Pour beaucoup, peu importe : Leopard sortira quelques mois après Vista, et devrait redonner à Apple une bonne longueur d'avance.

Fin novembre, Apple annonce fièrement avoir mis en place un accord de coopération avec Air France, Continental, Delta, Emirates, KLM et United au sujet de l'intégration de l'iPod dans leurs avions. À peine le communiqué de presse imprimé, Air France dément déjà l'existence d'un tel accord ! En réalité, il semblerait qu'Apple se soit entendu avec leur sous-traitant commun, Panasonic Avionics, qui s'occupe notamment de l'électronique dans les avions…

Pendant ce temps, c'est Greenpeace qui s'en prend à Apple, accusée d'utiliser des produits toxiques pour la fabrication de ses ordinateurs. L'association crée même un site spécialement dédié à la marque à la pomme, et un slogan : « J'aime mon Mac, je souhaiterais juste qu'il soit plus vert »… Apple apparaît même en dernière place d'un classement des constructeurs informatiques : pas de principe de précaution, pas de remplacements des matériaux dangereux, ni de reprise de matériels ou de recyclage. Étrangement, d'autres associations de défense de l'environnement considèrent, elles, Apple comme un bon élève dans ce domaine, et contredisent les conclusions de Greenpeace, accusée d'utiliser la notoriété d'Apple comme support médiatique… Venus distribuer des tracts à l'entrée de la Mac Expo de Londres en octobre, les représentants de l'association se feront d'ailleurs poliment remercier…

Et voici déjà le début de l'année 2007. Le 9 janvier plus précisément. Nous sommes à San Francisco, à l'occasion de la MacWorld Expo traditionnelle du début d'année. Une nouvelle fois, l'événement a été précédé de rumeurs et autres prévisions, notamment au sujet de Leopard, le futur Mac OS X. La conférence s'ouvre sur l'Apple TV, nouveau nom de l'iTV présenté plusieurs mois auparavant. L'Apple TV se présente donc comme un Media Center, capable de diffuser sur la télévision le contenu de plusieurs ordinateurs auxquels il se connecte sans fil, par réseau wifi 802.11n. L'interface de navigation, proche de Front Row, permet également d'acheter des programmes directement sur l'iTunes Store. Ledit iTunes Store qui, au passage, vient d'atteindre les 2 milliards de téléchargements musicaux…

Puis Steve Jobs annonce « un iPod à écran panoramique, un téléphone portable révolutionnaire et un terminal internet sans égal ». Et il ne s'agit pas de trois produits, mais d'un seul ! Immédiatement, il présente l'appareil, de noir et d'argent vêtu, et fait remarquer qu'il n'y a ni clavier, ni stylet ! En effet, l'écran tactile se commande directement au doigt. Encore plus fort : l'écran, d'un nouveau type, est capable de suivre les mouvements de plusieurs doigts, ouvrant des possibilités inédites en termes d'interface. Doté d'un capteur de position, l'iPhone, puisqu'il s'appelle ainsi, bascule automatiquement du mode portrait au mode paysage selon l'usage qui en est fait, et toute l'interface s'adapte à la position. Côté équipement, on y trouve un appareil photo 2 mégapixels, une prise 3,5 mm pour l'audio, le compartiment SIM, et un disque de 8 Go. Côté téléphonie, l'iPhone est quadribande (sans 3G). Le tout est dirigé d'une main de maître par une version spéciale de Mac OS X, conservant le multitâche, les possibilités graphiques, etc. L'iPhone excelle pour la navigation internet, les mails, la lecture de musique : ce n'est plus un téléphone, c'est un Mac de poche ! Les prix annoncés sont de 499 dollars en version 4 Go et 599 dollars en version 8 Go, disponible uniquement avec un engagement d'un an auprès de l'opérateur Cingular.

Seul souci : le nom iPhone, déjà utilisé par Cisco pour une gamme de téléphones compatibles wifi… Les semaines qui suivront la présentation seront marquées par des rebondissements nombreux.

Fort logiquement, les résultats du premier trimestre 2007 sont excellents. 7,1 milliards de dollars de chiffre d'affaire, 1 milliard de dollars de bénéfices, pour 1,6 millions de Macs et 21 millions d'iPods vendus. L'action AAPL, de son côté, s'envole à plus de 95 dollars, portée par les excellents résultats financiers et les promesses des produits en développement.

Et pour éviter que le public se lasse, la marque renouvelle la gamme iPod shuffle dès le 30 janvier, avec cinq nouvelles couleurs vives. Toujours aussi petit, l'iPod à 89 euros peut maintenant être assorti aux vêtements sur lesquels il s'accroche !

Le 5 février, c'est un conflit vieux de plusieurs années qui s'achève. Apple Inc. et Apple Corps. enterrent la hache de guerre. Les Macs et les Beatles s'entendent sur l'utilisation de la marque, détenue à l'origine par la maison de disque des Beatles, qui avait autorisé le concepteur d'ordinateurs à l'utiliser, dans le seul domaine de l'informatique. Avec l'iPod puis l'iTunes Music Store, la marque avait largement dépassé ses prérogatives. L'accord conclu en ce début 2007 inverse les rôles : le papa du Mac devient propriétaire de la marque Apple, tandis que la maison de disque obtient un droit d'utilisation. Les conditions de l'accord, notamment financières, n'ont pas été communiquées. Après des années de conflits, les fans des Beatles se prennent à rêver que la discographie des quatre garçons dans le vent fasse enfin son apparition sur iTunes, accompagnée, pourquoi pas, d'un iPod à leur effigie ?

Pendant ce temps, du côté de Microsoft, on reconnaît, par la voix de Steve Ballmer (et quelle voix !), que le lancement très médiatisé de Vista n'a pas eu l'effet escompté et que les ventes n'ont pas autant bondi que l'on pouvait s'y attendre après des mois de patience. Peu de nouveautés logicielles après cinq ans d'attente, la nécessité de posséder une configuration puissante, et un prix élevé, ont conduit beaucoup de clients à renoncer à s'offrir le nouveau Windows. Et ce n'est pas Adobe qui contredira Steve Ballmer : l'éditeur a décidé de sortir sa nouvelle version du logiciel Premiere pour Mac, et de repousser la date de sortie pour PC. Les difficultés pour adapter le logiciel à Vista seraient plus nombreuses que prévu. Coïncidence amusante : c'est à peu près au même moment que des e-mails internes à Microsoft et datant de 1997 étaient rendus publics, dévoilant que la marque avait failli alors abandonner le développement d'Office pour Mac !

De leur côté, Apple et Cisco, tous deux en conflit au sujet du terme « iPhone », finissent par enterrer la hache de guerre le 21 février 2007. Peu d'informations ont filtré sur les termes de cet accord, qui autorise les deux marques à utiliser conjointement le nom « iPhone ». Pour fêter ça, Apple diffuse un premier spot de publicités, dans lequel défilent des extraits de films connus où l'on voit les acteurs décrocher leur téléphone et dire « Allo ». A la fin du spot, Apple donne rendez-vous au mois de juin, date de sortie de l'appareil. En attendant, Apple protège son bijou, en faisant notamment la chasse aux sites web portant son nom et aux logiciels censés donner son aspect aux autres téléphone.

Ce début d'année 2007 est aussi marqué par des rumeurs insistantes, voulant qu'Apple soit en retard dans le développement de MacOS X 10.5, alias « Leopard ». Après un premier démenti, la firme confirme ce retard. Raison officielle : le développement de l'iPhone aurait accaparé toutes les ressources d'Apple. De plus, ce délai laisserait le temps aux développeurs de se familiariser avec Leopard et d'y adapter leurs logiciels. Il faut dire qu'avec l'iPhone, les iPods, les différentes gammes de Mac, le système MacOS X et l'Apple TV, commercialisé le 21 mars, les projets ne manquent pas chez Apple ! Les succès non plus : l'iPod fête le 9 avril son cent-millionième exemplaire vendu !

Les résultats financiers publiés le 25 avril confirment l'excellente santé d'Apple : 5,26 milliards de dollars de chiffre d'affaire et 770 millions de dollars de bénéfices, pour 1,5 millions de Macs et 10 millions d'iPods vendus. C'est le second trimestre le plus rentable de toute l'histoire d'Apple. Pour ne pas ternir cette image, Steve Jobs se fend d'une lettre ouverte à Greenpeace, afin de démentir la plupart des critiques de l'association, mais aussi de promettre des efforts en termes de recyclage. Toute trace d'arsenic dans les moniteurs devrait ainsi avoir disparu fin 2008. Greepeace revoit sa notation : Apple passe de 2,7/10 à 5/10. L'action Apple grimpe en quelques heures et dépasse les cent dollars.

Le 15 mai, la gamme MacBook est mise à jour : l'ordinateur portable gagne un processeur Core 2 Duo à 2 ou 2,16 Ghz, et le wi-fi 802.11n. Le MacBook Pro suivra trois semaines plus tard : Core 2 Duo à 2,2 ou 2,4 Ghz, écran 15 pouces à technologie LED, et un écran « Full HD » (1920x1200 pixels) pour le modèle 17 pouces. A l'exception de la mémoire flash, on retrouve dans le portable professionnel d'Apple tous les ingrédients de la plateforme « Santa Rosa » d'Intel.

Le 30 mai 2007, apparaît le premier effet d'une "lettre ouverte" adressée quelques semaines plus tôt par Steve Jobs aux majors, leur demandant de renoncer à leurs exigences en termes de verrou des fichiers, les fameux DRM. Ce jour-là, la major EMI offre son catalogue sur l'iTunes Store, sans aucun verrouillage. Les morceaux sont certes vendus plus cher (1,29 euros), mais sont encodés en 256 kb/s (contre 128kb/s auparavant), et sont maintenant libres de DRM. On peut donc les copier sur tout appareil en mesure de lire des fichiers MP4 et AAC (comme la plupart des nouveaux téléphones portables). Apple appelle ceci "iTunes Plus".


Le 11 juin, Apple dévoile la dernière version beta de Leopard, le futur Mac OS X 10.5. Malgré les promesses, les nouveautés sont rares, la plupart ayant déjà été présentées. On découvre cependant une interface revue et unifiée, une barre de menus transparente, un dock en 3D, les piles de documents, la présentation Cover Flow dans le Finder pour naviguer dans ses fichiers comme dans iTunes, l'optimisation 64-bits, Spaces pour émuler plusieurs écrans, QuickLook pour prévisualiser les fichiers, Boot Camp pour démarrer sous Windows, iChat 4 et ses effets visuels, et Time Machine pour visualiser le contenu de votre Mac à une date précédente et le récupérer. Date de sortie : octobre.

Dans le même temps, Apple annonce la disponibilité de Safari pour Windows. Le navigateur vedette de la marque vient donc en concurrence d'Internet Explorer et FireFox. Annoncée comme plus rapide que ses adversaires, la première version est cependant un échec retentissant, l'utilisation se révélant impossible en raison de plantages inopinés et de bugs d'affichages. Le tir sera corrigé quelques jours plus tard dans une mise à jour, qui n'effacera cependant pas le mauvais accueil du logiciel.

En attendant Leopard, MacOS X 10.4 « Tiger » connaissait à la fin du mois de juin sa dixième mise à jour, numérotée… 10.4.10 ! Dans toute l'histoire d'Apple, c'est la première fois qu'une telle numérotation est utilisée, et elle fait grincer des dents les plus absolutistes des mathématiciens. Cependant, elle corrige quelques bugs et prend en charge de nouveaux périphériques. Dans le même temps, Apple TV connaissait sa première mise à jour, lui donnant accès à YouTube.

Enfin, le 29 juin à dix-huit heures (heure locale pour tous les magasins américains), l'iPhone tant attendu est mis en vente. Depuis plusieurs jours, les plus impatients avaient commencé les files d'attente devant les Apple Store et les boutiques AT&T. Difficile dans un premier temps de connaître les chiffres des ventes : 250.000, 500.000, un million ? Les boutiques se sont vite retrouvées à court de stock, même si l'approvisionnement a bien suivi. Seul bémol : en attendant les chiffres officiels, AT&T avoue n'avoir procédé qu'à 150.000 activations de lignes durant le premier week-end. Mévente toute relative, puisque même dans ces conditions, l'iPhone ferait mieux que l'iPod en son temps (150.000 ventes en deux mois), et aurait emporté en quelques heures près de 1% du marché des "smartphones"...

L'action Apple s'envole sur ces notes positives, et dépasse 110, 120, 130, puis 140 dollars en l'espace de quelques semaines ! Il faut dire que la marque maintient son objectif de 10 millions d'iPhones vendus d'ici fin 2008, et que les résultats de son second trimestre 2007 dépasse les prévisions : 5,41 milliards de dollars de chiffre d'affaire, 818 millions de dollars de bénéfices, 1,76 millions de Macs vendus et près de 10 millions d'iPods.

Steve Jobs profite de ces excellents résultats pour expliquer à ses troupes la nouvelle stratégie d'Apple. A ses deux secteurs d'activité (Macintosh d'un côté et iPod + iTunes de l'autre), la firme ajoute l'iPhone, en espérant bien en faire un jour un secteur aussi lucratif que l'iPod. Pour remercier ses équipes de leur investissement, le patron d'Apple offrira un iPhone à chacun de ses employés !

Les compteurs semblent tous passer dans le vert pour Apple. Pour une société donnée pour morte dix ans auparavant, sa santé est aujourd'hui impressionnante. Jugez plutôt : la marque vient de revenir dans le trio de tête des constructeurs informatiques au second trimestre 2007 aux Etats-Unis. Avec 26 % d'augmentation de ses ventes en un an, la marque détient maintenant 5,6% de ce marché. Il faut dire qu'avec 168 Apple Store sur le territoire, la marque s'assure une visibilité sans précédent. A titre d'exemple, l'Apple Store de la Cinquième Avenue, à New-York, vend cinq Macs par heure ! En bourse, son action s'envole, dépassant les 150 dollars, permettant à Apple de valoir plus cher en bourse que Hewlett Packard. Pendant ce temps, Microsoft parvient à vendre son millionième Zune, 9 mois après sa sortie. Mieux que l'iPod en son temps, mais fichtrement moins bien que l'iPod aujourd'hui, qui s'écoule par million toutes les semaines !

Une semaine plus tard, l'iTunes Music Store dépasse les trois milliards de titres téléchargés, pour un catalogue de cinq millions de chansons, 550 émissions de télévisions et 500 films. Pourtant la grogne monte : afin d'éviter de se retrouver pris au piège, comme cela s'était passé avec la musique, les majors mènent la vie dure à Apple pour obtenir plus de souplesse sur les prix. NBC finira même par annoncer qu'elle quitte le navire, cette décision prenant effet en décembre 2007 et provoquant la disparition de toutes ses séries sur le magasin en-ligne.

Depuis une semaine, on ne parlait plus que de lui : le « special event », invitation lancée par Apple aux journalistes. Le 7 août au matin, Steve Jobs les accueille à Cupertino, pour leur présenter un nouvel iMac. Sans renier ses origines, celui-ci s'offre un beau lifting, abandonnant le plastique blanc au profit de l'aluminium et du verre, du plus bel effet. Pour le reste, pas de surprise : FireWire 400 et 800, bluetooth, Wi-Fi, Core 2 Duo jusqu'à 2,8 Ghz, et un écran brillant de 20 ou 24 pouces. En revanche, le nouveau clavier étonne : tout fin (inspiré du MacBook), et dépourvu de touche Pomme ! Les fans crient à la trahison…

Dans le même temps, la marque présente les nouvelles versions d'iLife et iWork, millésime '08. iMovie et iWeb ont été revus en profondeur, et Numbers rejoint Pages et Keynote et complète la suite professionnelle d'Apple.

Pour accompagner la commercialisation de son iPhone, Apple ne lésine pas sur le budget publicitaire. Contrairement à ce qui lui est fréquemment reproché, la marque produit des spots compréhensifs et pédagogiques, présentant simplement les capacités du téléphone : vidéo, iPod, photos, téléphonie, le tout commandé du bout du doigt. Le petit appareil donne des idées aux pirates de tout poil, certains tentant d'y installer des logiciels « maison », d'autres cherchant à le rendre compatible avec les autres opérateurs au mépris de l'exclusivité accordée à AT&T. Les premiers y parviennent dès la mi-août, en créant notamment un Terminal et un émulatuer NES ! Les second suivront peu après, avec des solutions de plus en plus simples : d'abord le fer à souder, puis les lignes de code, et pour finir un simple logiciel automatique !

Pendant que certains développent des applications, Apple en abandonne une, et pas des moindre : le fameux AppleWorks, héritier du Claris Works qui a marqué toute une génération d'utilisateurs. La marque considère désormais son iWork, enrichi du tableur Numbers, remplace efficacement son ancien logiciel, qui n'avait pas connu de mise à jour depuis des années.

Le 5 septembre, Steve Jobs invite à nouveau les journalistes, pour leur parler cette fois de la famille iPod, qui comprend déjà 110 millions de rejetons dans le monde. La marque rajeunit une nouvelle fois sa gamme d'iPods. Nouvelles couleurs pastel pour l'iPod shuffle, et un tout nouvel iPod nano, plus court et plus large afin d'accueillir un écran de 2 pouces capable d'afficher des vidéos en 320 x 240 pixels. 4 Go pour la version de base (gris métallisé, 149 dollars) ou 8 Go (rouge, noir, bleu ou vert, pour 199 dollars). L'iPod « tout court », rebaptisé « iPod Classic », gagne encore en finesse et se voit doté de disques durs de 80 ou 160 Go ! Leur prix ? 249 et 349 dollars, nouvelle interface de navigation incluse. Apple en profite pour étoffer la gamme, avec un nouvel iPod Touch, une sorte d'iPhone qui serait incapable de téléphoner. Mais tout le reste y est : écran 3,5 pouces tactile « multi-point », wi-fi, Safari, YouTube, Music Store… Le stockage y est assuré, comme sur l'iPhone, par 8 ou 16 Go de mémoire flash, le tout pour 299 ou 399 dollars.

Par la même occasion, le patron d'Apple annonce une baisse de 200 dollars sur le prix de l'iPhone 8 Go, la version 4 Go disparaissant du catalogue. Cette décision faisant grincer des dents les premiers acheteurs, la marque consentira peu après à leur octroyer un bon d'achat de 100 euros en compensation. Le premier million d'iPods est écoulé dès le mois de septembre, avec quinze jours d'avance sur les prévisions de la marque. Du côté de l'Europe, la marque dévoile ses partenaires au fil des contrats : O2 en Grande-Bretagne et T-Mobile en Allemagne dès le mois de septembre, et Orange en France en octobre.

Ce même mois, la marque baisse le prix de ses titres sur « iTunes Plus » (meilleure qualité et absence de DRM), à 99 centimes, comme les autres. Avec deux millions de titres, iTunes Store devient le plus grand disquaire en-ligne sans DRM.

Avec tout ça, la marque ne rencontre pas de problèmes financiers : le quatrième trimestre fiscal (de juillet à septembre 2007) voit le chiffre d'affaire bondir de 4.84 à 6.22 milliards de dollars, tandis que les bénéfices progressent de 542 à 904 millions. 2,1 millions de Macs ont trouvé preneur, soit 400,000 de plus que le record précédent. 10 millions d'iPod, et 1,19 millions d'iPhones. Peu après, le 30 octobre, Apple annonce avoir commercialisé deux millions de copies de Mac OS X Leopard en un week-end, alors qu'il avait fallu six semaines à Tiger pour atteindre ce chiffre. On ne cache pas sa joie à Cupertino !

Et sur ces bonnes nouvelles, nous voici déjà en 2008. Le 8 janvier, Apple met à jour sa gamme Mac Pro, après dix-huit mois d'attente. Les fréquences évoluent peu, mais l'architecture du processeur, elle, est toute nouvelle, puisqu'il s'agit de la génération "Penryn", gravée en 45 nanomètres. Chaque Mac Pro embarque deux Xeon quad-core, à 3 ou 3,2 Ghz. Un modèle d'entrée de gamme est livré avec un seul processeur à 2,8 Ghz. La mémoire vive atteint 800 Mhz (en DDR2) et on peut en installer 32 Go ! Apple n'hésite pas à affirmer que les performances peuvent être multipliées par deux par rapport à la génération précédente. Xserve bénéficie des mêmes progrès, jusqu'à 3 Ghz et 3 To de disques durs.

Cette annonce précédait de peu la MacWorld Expo de San Francisco, inaugurée par Steve Jobs le 15 janvier au cours d'une Keynote tout aussi attendue que d'habitude. Comme les rumeurs l'avaient (à nouveau) deviné, il y présente un nouveau venu dans la famille des portables : le MacBook Air. 1,36 kg, de 4 à 19 mm d'épaisseur, et malgré cela, un écran 13,3 pouces, un clavier pleine taille, une batterie honnête, et un processeur tout ce qu'il y a de plus normal. C'est en quelque sorte, un MacBook qui aurait subi un sacré régime, sans perdre trop de vitamines. Pour le présenter, Steve Jobs le sort tout simplement d'une enveloppe !

Steve Jobs dévoile également Time Capsule, une borne AirPort doublée d'un disque dur pour des sauvegardes en toute transparence. L'iPhone se voit doté d'une commande de géolocalisation basée sur la triangulation des antennes et des bornes Wi-Fi, et gagne quelques fonctions comme la personnalisation de l'interface d'icônes, ou la possibilité d'envoyer un même message à plusieurs personnes. L'iPod Touch en profite pour lui piquer ses applications phare (Mail, Cartes, Bourse, Météo et Mémo), pour 19,99 dollars le téléchargement… Une semaine après, c'est l'iPod nano qui est gâté : un modèle rose est ajouté au catalogue, idéal pour la Saint-Valentin !

Forcément, avec tant de nouveautés, les résultats financiers n'ont pas à rougir : 9.6 milliards de dollars de chiffre d'affaire, 1.58 milliard de dollars de bénéfices. 2.32 millions de Macs, 22 millions d'iPods et 2.3 millions d'iPhone ont trouvé preneur. Fortement porté par les fêtes de fin d'année, c'est le meilleur trimestre de l'histoire d'Apple. Pourtant, dans la foulée, l'action en bourse de la société s'effondre, passant de près de 200 à 130 dollars à peine. Le contexte de récession mondiale fait en effet craindre pour la pérennité de la forte croissance d'Apple. Pour Microsoft, ça ne va pas mieux : alors que Windows Vista se vend mal et essuie de sévères critiques, la marque repousse à 2011 la commercialisation de Windows 7, son successeur, et se voit contrainte de prolonger la durée de vie de Windows XP, son prédécesseur.

En février, en plus d'un nouvel iPod shuffle 2 Go et d'un iPod shuffle 1 Go soldé à 49 dollars, l'iPhone et l'iPod Touch gagnent respectivement un modèle 16 Go et un modèle 32 Go. Le MacBook et le MacBook Pro gagnent quelques Mhz et perdent quelques euros. Quant au Xserve RAID, la solution de stockage jumelée avec le Xserve, il est tout simplement abandonné. Autre victime de la course technologique : le HD-DVD dont le concepteur, Toshiba, reconnaît l'échec face au Blu-ray, du côté duquel Apple s'était rangé dès l'origine.

En mars, Apple dévoile le futur système d'exploitation de l'iPhone. Numéroté 2.0, il embarque en particulier un Kit de Développement (SDK) permettant à tout développeur de créer ses propres applications. Apple ouvre ainsi son téléphone portable aux nouveaux logiciels, alors qu'elle s'était réservé jusqu'à présent l'exclusivité des développements. En une semaine, ce kit sera téléchargé à 100.000 reprises, preuve de l'intérêt des développeurs pour cette plate-forme.

Le 3 avril, l'iTunes Store devient le plus gros vendeur de musique aux Etats-Unis, avec un catalogue de six millions de titres et déjà 5 milliards de téléchargements depuis son lancement.

Côté finances, le deuxième trimestre fiscal 2008 voit le chiffre d'affaire grimper de 5.26 à 7.51 milliards de dollars, tandis que le bénéfice passe de 770 millions à 1.05 milliards. 2.29 milliards de Macs, 10.6 millions d'iPods et 1.7 millions d'iPhones ont trouvé portefeuille à leur pied. Pour fêter ça, l'iMac gagne une nouvelle carte-mère plus rapide, fournie en exclusivité à Apple par Intel, et reprenant la plupart des innovations attendues de la future technologie Montevina / Centrino 2.

A l'occasion de la MacWorld Expo de San Francisco, le 9 juin 2008, Steve Jobs dévoile le très attendu iPhone 3G : un dos en plastique noir ou blanc, une puce GPS, une prise audio enfin standardisée et, bien sûr, une très performante puce 3G. 70 pays seront concernés par la commercialisation, à partir du 11 juillet, à un prix jusqu'à trois fois inférieur à celui de l'iPhone d'origine grâce à la possibilité pour l'opérateur d'en subventionner le prix d'achat. Apple présente à cette même occasion son nouveau service MobileMe qui remplace Mac.com et promet, en plus des fonctions habituelles (webmail, gestion de contacts, photos, stockage à distance…), la synchronisation entre Macs, PC, iPod Touch et iPhones, le tout pour 79 dollars par an. Enfin, Steve Jobs lève le voile sur le futur Mac OS X 10.6 « Snow Leopard » : une version en apparence proche de Leopard, mais retravaillée en profondeur afin d'optimiser la sécurité, la vitesse d'exécution, et la stabilité. En conséquence, les processeurs PowerPC devraient être abandonnés au profit des seuls Intel, tout comme les librairies de développement Carbon, héritées de la transition entre Mac OS 9 et Mac OS X, au profit de Cocoa. La technologie "Grand Central" simplifiera la gestion de multiples processeurs et de multiples cœurs, tandis que OpenCL sera capable de mettre à contribution les cartes graphiques, dont la puissance ne cesse d'augmenter, pour décharger le processeur. D'autres nouveautés devraient être au menu, comme de meilleures fonctions d'aide à la frappe, le support du système de fichier ZFS, ou encore la gestion du multitouch.

Cependant, ce ne sont pas seulement ces nouveautés qui ont retenu l'attention des observateurs. On le sait, il y a plusieurs années, Steve Jobs a été soigné pour un cancer du pancréas. Il est apparu très amaigri au cours de sa conférence, faisant imaginer le pire à beaucoup. Cependant, un porte-parole d'Apple a tenu a rassurer tout le monde, expliquant que le PDG de la marque ne souffrait que d'une maladie bénigne, qui aurait du le conduire à rester allité, mais qu'il avait vraiment souhaité présenter lui-même les nouveautés.

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