L'Aventure Apple



Chronologies : 1984 - 1994
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    Les déboires du Macintosh

Malgré l'accueil fabuleux manifesté lors de sa sortie, les ventes du Macintosh plafonnèrent dès la mi-1984... Les raisons de cette stagnation des ventes étaient évidentes : le Macintosh était trop cher, et les logiciels qu'il proposait n'étaient pas assez nombreux... Mais il y avait d'autres problèmes : Le Mac n'était pas équipé de disque dur, et la seule manière d'utiliser des logiciels était de les stocker sur disquettes. Or le lecteur de disquettes ne lisait que des disquettes 400 Ko, et la mémoire vive du Mac n'était que de 128 Ko, soit beaucoup moins que ce qui était nécessaire pour faire fonctionner correctement le Macintosh. Apple avait essayé de s'en tirer en créant un système qui permettait aux programmeurs de segmenter leurs applications. La segmentation avait permis de faire tourner sur le Mac des programmes relativement complexes, mais à une allure d'escargot rhumatisant. Malgré l'absence de port SCSI, des constructeurs réussirent à proposer des disques durs. Mais le Mac n'était pas fait pour gérer des disques durs. Il fallait donc démarrer avec une disquette, puis changer de disque maître. Les disques durs de l'époque n'étaient en plus pas très fiables... Un autre problème concernant le disque dur se posait : le système MFS (Macintosh File System) ne gardait la trace que de 128 fichiers par disque. Or un disque dur était capable de conserver plusieurs milliers de fichiers. Là encore, on pouvait s'en sortir en partitionant le disque dur, reconnus par le système comme des disques différents.

En plus de ces problèmes matériels, le manque de logiciels handicapait sérieusement le Macintosh. IBM avait de nombreux logiciels pour son PC, comme Lotus 1,2,3. Les acheteurs réagissaient donc ainsi : "le PC n'est sûrement pas aussi attrayant et facile à utiliser, mais au moins il me rend des services dont j'ai besoin". Le Macintosh n'offrait en fait lors de sa sortie que deux logiciels : MacWrite (traitement de textes) et MacPaint (dessin). Cela ne suffisait pas à rentabiliser l'achat d'une machine d'un tel prix. Il fallait absolument trouver un logiciel justifiant de débourser plus de 2000 $... Et c'est Microsoft qui offrit ce logiciel, en lançant MultiPlan, un tableur graphique. Bill Gates déclara lui-même que le Macintosh était le meilleur ordinateur du monde, s'attirant pour quelques temps les bénédictions du monde Macintosh. Mais cela n'allait pas durer...

Apple avait d'ailleurs prévu large pour la production du Macintosh : une nouvelle usine, entièrement automatisée, l'une des plus moderne au monde, est dédié à la production de Macintosh. Au niveau de la publicité, Apple n'a pas non plus cherché à faire des économies. Le spot 1984, une publicité de 20 pages dans la plupart des grands magazines américains, l'achat de toutes les pages de publicité dans NewsWeek, une proposition aux lecteurs pour venir tester un Macintosh chez leur revendeur... Apple fait aussi apparaître le Macintosh aux côtés de stars de la musique ou du spectacle (Michael Jackson, Andy Warhol, Mick Jagger...).

Le 24 avril 84, Apple lance l'Apple IIc, lors d'un grand meeting appelé "Apple II forever". La direction entendait ainsi montrer qu'elle continuait la gamme Apple II, et que le Macintosh n'était pas son seul souci. L'Apple IIc était en fait très proche du Macintosh : comme lui, il était fourni prêt à l'emploi, avec lecteur de disquette, clavier et toutes les interfaces fournies d'origine. D'ailleurs, Steve Jobs avait été l'un des premiers à envisager sa construction. C'est avec l'Apple IIc qu'Apple met en place son design "Snow White" (Blanche Neige), qui caractérisera toutes les machines Apple jusqu'aux derniers PowerMac "beige" : le iMac, puis les G3 bleus seront les premiers à abandonner les canons du design Snow White. Sous l'impulsion de Steve Jobs, et malgré le fait que personne ne pensait pouvoir réussir ce tour de force, l'Apple IIc est fourni avec une souris, compatible avec celle du Macintosh. Pour permettre l'utilisation des programmes pour IIe sur le IIc, les programmeurs laissaient en fait croire à l'ordinateur que les nouveaux éléments (port souris, port séries, écran 80 colonnes, lecteur de disquette) correspondaient aux baies d'extension de l'Apple IIe. Signe des temps, les Rom de l'Apple IIc n'étaient plus capable de prendre en charge un lecteur de cassettes...

Malheureusement, tout n'était pas rose au sommet de la hiérarchie chez Apple... Steve Wozniak, assurant que "Apple avait perdu la boule", quitta sa société, pour en fonder une nouvelle dans le domaine de la vidéo. Steve Jobs ne mit pas longtemps à le rejoindre, mais involontairement... Sculley se décida à préparer pour Apple un plan draconien, prévoyant notamment le licenciement de 1200 personnes (20% des effectifs d'Apple). 90% de ces employés licenciés seront orientés avec succès par Apple vers d'autres emplois. Il décida également le retrait des responsabilités de Steve Jobs, que son inexpérience rendait dangereux pour la société. Steve Jobs fut donc relégué en juin 85 par le conseil de direction d'Apple au poste quasiment honorifique de président du directoire. Il ne l'accepta pas, et, au bout de 4 mois, démissionna en annonçant la création d'une nouvelle société, qu'il nomma NeXT, emmenant 5 employés d'Apple avec lui ! Pour la petite histoire, il est amusant de remarquer que Steve Jobs a financé la création de NeXT en vendant toutes ses actions Apple, sauf une... Autre détail amusant : le logo Next fut créé par Paul Rand, le designer qui créa le logo IBM ! John Sculley intenta un procès à Steve Jobs pour détention d'informations confidentielles. Le procès ne finit qu'en 1986 sur un accord entre les deux hommes.

 

Le Mac 512, pour combler les lacunes du Mac original

Deux améliorations importantes virent le jour avec le Mac 512. La première était la mémoire vive, qui voyait sa taille passer de 128 à 512 Ko. On allait enfin pouvoir utiliser des applications sans les segmenter, d'où un gain de vitesse. La mémoire supplémentaire permettait de créer un "RAM disque", ou disque virtuel, stocké en mémoire vive et considéré par le Mac comme un disque réel. En y plaçant le système et quelques applications, on pouvait améliorer énormément la vitesse du Mac. Cela permettait aussi à ceux qui n'avaient pas de second lecteur d'éviter de devoir changer de disquettes toutes les cinq minutes. Côté logiciel, le système n'avait subit absolument aucun changement. Mais la mémoire vive plus importante permettait de faire tourner des logiciels beaucoup plus performants et volumineux, comme Jazz, pour "faire 5 choses à la fois, mais surtout en même temps...", ou Excel, le nouveau nom du tableur Multiplan de Microsoft. Et grâce au Switcher programmé par Handy Hertzfeld, on pouvait faire tourner plusieurs logiciels et passer de l'un à l'autre par un simple clic. Ce modèle ne présentait bien entendu pas que des bons côtés : le lecteur de disquettes n'avait pas changé, restant à 400 Ko, et ne contenait même pas la totalité de ce qui était stocké dans la mémoire centrale. La disquette simple face se trouvait bien petite face aux besoins des utilisateurs...

En novembre 1985, la First Lady Nancy Reagan fait une présentation de l'Apple IIe dans une école en Suisse, pendant que son mari, président des Etats-Unis, discute avec Gorbatchev... Pendant ce temps, à Singapour, l'usine d'Apple obtient le Prix National de Productivité. Peut-être pour fêter tout ça, Sculley annonce de bonnes surprises pour les employés : cadeaux de Noël, grande fête de fin d'année et jours de vacances supplémentaires ! En décembre, Apple achète 14 pages de publicités dans USA Today, toutes dédiées aux Apple IIc et IIe.

 

Les Macs 512e, Plus et 512/800 , et le retour de Steve Wozniak

Le Mac 512e , moins connu que le Mac Plus, était un modèle de transition : il était similaire au Mac 512, mais la Rom passait des 64 Ko des premiers Macs à 128 Ko, en fait la même que celle du Mac Plus. Cela lui permettait d'utiliser le système HFS (Hierarchic File System), pour stocker un plus grand nombre de fichiers sur un disque (le Mac 512 était limité à 128 fichiers pas disque). Le 512e possédait également un lecteur de disques 800 Ko. Mais il ne possédait toujours pas de port SCSI, lui interdisant l'accès qui disques durs de la nouvelle génération. On pouvait heureusement transformer son Mac 512 en Mac 512e pour 1500 francs, puis transformer un 512e en Mac Plus pour 5000 francs. Le Macintosh Plus : lors de sa sortie, en avril 1986, c'était une machine étonnante. Il possédait les même processeurs que ce prédécesseurs, le 68000 à 8 Mhz, mais était sensiblement plus rapide, notamment grâce à sa mémoire vive de 1 Mo extensible à 4 Mo. Il bénéficiait également de la ROM du 512e, sur laquelle était basé son système. Heureusement pour Apple, lors de la sortie du Mac Plus, beaucoup de logiciels avaient fait leur apparition : Word 3, 4d, Excel ou Cricket Draw. Le Mac 512/800 n'était qu'une amélioration du Mac 512, et se rapprochait ainsi du Mac Plus, mais sans possibilité d'extension. Il était destiné au marché de l'éducation, et son prix était très largement inférieur à celui du Macintosh Plus.

C'est en février 1986 qu'Apple achète un super-ordinateur Cray X-MP/48 pour réaliser des simulations de logiciels et de matériels. La machine, d'une valeur de 15,5 millions de francs, est installée dans une pièce dédiée, entièrement protégée et gardée par 4 personnes. La pièce est protégée de la poussière et refroidie par deux conditionneurs d'air de 20 tonnes chacun ! Apprenant qu'Apple vient d'acheter un de ses super-ordinateurs pour simuler le Macintosh, M. Cray répliqua "C'est amusant ! Je me sers de Macintosh pour simuler les Cray !"

Ce qui a fait le succès du Macintosh à ce moment-là, c'est la mise sur le marché, simultanément, de deux produits tout nouveaux : l'imprimante Laser haute définition d'Apple et le logiciel PageMaker d'Aldus Corporation. Apple jouait tout à coup un rôle irremplaçable dans les marchés de l'édition et de l'imprimerie : le Mac équipé d'une imprimante LaserWriter et de PageMaker permettait d'obtenir des brochures et des magazines à l'aspect professionnel. Ce nouveau marché fut appelé PAO, pour Publication Assistée par Ordinateur.

A partir de ce moment, des signes d'amélioration apparurent chez Apple. Depuis l'automne 1985, le chiffre d'affaire était remonté, et Steve Wozniak, qui était parti d'Apple, dégoûté par ce que devenait son entreprise, accepta de revenir pour "répandre la bonne parole", et présenter les produits Apple à des groupes d'utilisateurs.

En mai 1986, Apple décide de se séparer de son agence publicitaire, Chiat/Day, pour confier son budget à BBDO. Chiat/Day, pas rancunière, s'offre même une page de publicité dans le Wall Street Journal, sous le titre de "Merci, Apple". Cette publicité venait en écho du "Bienvenue, IBM, Sérieusement" que Chiat/Day avait créé pour Apple 5 ans plus tôt.

En septembre 1986, Apple présente l'Apple IIgs. Avec cette machine, Apple souhaitait donner encore un peu de temps aux développeurs pour s'habituer au Macintosh, et donc conserver des clients en vendant une machine pouvant utiliser des applications déjà existantes. L'Apple IIgs était dans une certaine mesure compatible avec les Apple II, mais il présentait l'interface du Macintosh. Il était particulièrement destiné aux activités graphiques et musicales. En fait, les premiers utilisateurs seront déçus, les capacités de l'Apple IIgs n'étant pas exploitées par les premiers logiciels... L'Apple IIgs ne connaîtra véritablement de succès que dans le secteur de l'éducation aux Etats-Unis. Partout ailleurs, et malgré une campagne de publicité intéressante, il fera un flop commercial...

 

Les Macs SE et SE/30 ; les premiers Macs II

Le Mac SE (pour System Expansion) était le premier Mac à offrir la possibilité d'ajouter une carte d'extension. De plus, il possédait un port ADB, pour le branchement des périphériques d'entrée (clavier, souris...), facilitant l'utilisation de ces éléments essentiels du Macintosh. Il possédait en option un disque dur interne. Des modèles plus "récents" offraient même des lecteurs de disquette 1,44 Mo, soit 4 fois plus que les premiers Macs ! A l'intérieur, la ROM passait de 128 à 512 Ko, et certains éléments du système qui, sur le Mac Plus, se chargeaient en mémoire vive, restaient avec le SE en ROM, dégageant de l'espace sur la RAM. Des améliorations ont aussi été apportées au port SCSI le rendant plus rapide que celui du Mac Plus. Mais la grande nouveauté du Macintosh SE, c'est le MultiFinder, descendant très amélioré du Switcher. Il permettait d'utiliser plusieurs applications en même temps que le Finder, et de passer de l'une à l'autre sans avoir à les quitter puis à les relancer, d'où un gain de temps très appréciable.

Avec le Mac SE, apparut XPress, un logiciel de mise en page "PostScript" de documents. Ce nouveau langage de description des documents permettait d'obtenir des résultats à l'impression très supérieurs à ceux qu'offrait les autres logiciels de traitement de texte. En même temps, Adobe lança son logiciel Illustrator, pour le dessin vectoriel, de qualité bien supérieur à ce qui était proposé par Cricket Draw. HyperCard, de Bill Atkinson offrait de très grandes possibilité de programmation orientée objet, c'est à dire un langage utilisant des objets réels, comme des boutons, des cartes ou des champs de textes. Ces trois logiciels ont évolué, et existent encore aujourd'hui, avec des nouvelles versions.

Jean-Louis Gassée l'a fait graver sur la plaque d'immatriculation de sa voiture : le prochain Mac sera ouvert. Là où le Mac était conçu pour empêcher totalement l'ajout d'une carte de compatibilité avec DOS, le Mac II, présenté par John Sculley, est suffisamment ouvert pour offrir la possibilité de lui ajouter cette carte. On peut même choisir son écran, rajouter de la mémoire vive, qui manque cruellement à la première version. Pour étendre les capacités de la machine, on n'a que l'embarras du choix : 6 slots NuBus, permettant le branchement de cartes d'extension : vidéo, son, acquisition, midi, compatibilité... tout était permis, à condition de trouver les cartes ! Sous le capot, on retrouve un processeur Motorola, mais cette fois c'est le 68020, à 16 Mhz. Celui-ci est secondé d'un coprocesseur arithmétique, le 68881, également de Motorola. Côté mémoire, on peut atteindre 8 Mo de Ram, 128 avec les barrettes SIMM, nouvelles à l'époque. Pour la mémoire de masse, Apple et d'autres fabricants proposaient des disques durs de 20 à 80 Mo, ce qui était énorme pour l'époque !

Avec l'arrivée des écrans de grande taille, il fallait à Apple un scanner pour compléter une chaîne PAO ou graphique telle que le permettait un Mac II. Apple en proposa un en 1988 : l'Apple One Scanner. L'autre nouveauté permise par les écrans couleur des Macs II fut le CD-Rom. Apple proposa d'ailleurs en 1988 son propre lecteur, qui ne reçut pas un accueil fantastique, car la technologie CD-Rom était encore un peu jeune, et il faudra encore attendre avant de connaître l'explosion du CD que l'on connaît actuellement.

En juin 88, Apple France est récompensée par deux trophées Grand Prix Stratégie, pour ses campagnes de presse et de télévision. La publicité pour le Macintosh II, parue dans la presse, reçoit le premier prix "secteur informatique", tandis que la campagne télévisée du printemps 88 reçoit le deuxième prix "Télévision grand public". Cette campagne de publicité, tout à fait particulière, avait consisté pour Apple France a diffuser les versions originales sous-titrées des spots américains (Going To Work, The Report et Home Office). Les spectateurs ont alors l'impression d'avoir changé de chaîne sans utiliser la télécommande !

Le successeur du Mac II fut le Mac IIx, équipé du processeur 68030 de Motorola, ce qui le rend environ 15% plus rapide que le Mac II. Le 68030 est ici secondé d'un nouveau coprocesseur arithmétique, le 68882. La nouveauté principale concerne la ROM, toujours de 256 Ko, mais montée en SIMM, et donc remplaçable, par exemple pour gérer les lecteurs de disquettes FDHD. Mais, comme le Mac II, cet ordinateur pose un problème important, sa taille. Comme le remarquèrent ses premiers utilisateurs : "s'il avait des pieds, il pourrait aisément constituer un prolongement au bureau...". On aurait bien envie de les placer verticalement, mais la position des ventilateurs de ces deux ordinateurs interdit de les placer autrement que bien à plat sur le bureau.

Après le Mac IIx, en Janvier 1989 (soit exactement 5 ans après la naissance du premier Mac), Apple dévoila le Macintosh SE/30, toujours monobloc, comme son aîné le SE, mais animé par le processeur 68030 (d'où le nom) qui équipait déjà le Mac IIx. Il combine donc la portabilité et la compacité du Mac SE avec les capacités du Mac IIx, y compris la couleur : ses ROM contiennent les routines Color QuickDraw, et permettent, grâce au slot d'extension présent à l'intérieur, de gérer un écran couleur externe. Le lecteur FDHD permet de lire des disquettes PC et les disques créés avec le système ProDOS équipant les Apple II.

Le Mac IIcx, apparu en mars 1989, est l'équivalent du Mac IIx, sauf que les barrettes de ROM sont fixées sur la carte mère, mais sont extensibles, en vue d'une éventuelle mise à jour ultérieure. Pour réduire son encombrement, il ne possède que 3 slots NuBus, ce qui est quand même largement suffisant pour la plupart des utilisateurs. Quelques nouveautés tout de même : son interrupteur peut être verrouillé en position marche, pour qu'il redémarre tout seul après une coupure de courant (idéal pour un serveur) ; toute la ventilation débouche à l'avant et à l'arrière, ce qui permet enfin de le poser verticalement ; enfin, sa conception est extrêmement modulaire : on peut extraire en quelques minutes tous ses composants (disque, mémoire, alimentation, ventilateur...).

Le Mac IIci, avec sa fréquence d'horloge à 25 Mhz, soit 56% de plus que celle du IIcx, lui permet d'être très rapide. Il est assez proche en apparence de son prédécesseur : trois slots NuBus, un port SCSI, deux ports ADB, deux ports série, un connecteur de lecteur externe, une prise stéréo et un lecteur FDHD interne. Mais les différences, à l'intérieur, sont très importantes : la ROM toute nouvelle inclut QuickDraw 32 bits et le support de la mémoire virtuelle, la mémoire cache peut être étendue, la carte vidéo intégrée supporte les 256 couleurs, le 68030 est utilisé à pleine puissance, et le système d'entrée/sortie utilise une horloge séparée ne nécessitant plus la révision de toute la carte-mère pour l'accélération du processeur. Grâce à toutes ces innovations, le IIci était plus rapide que le IIcx d'environ 50%.

 

Le Mac Portable et la fin du Lisa

Annoncé en même temps que le Mac IIci, soit en septembre 1989, le Macintosh Portable était une machine assez peu compacte, lourde (7,2 Kg avec le disque dur), et basée sur un processeur 68000 à 16 Mhz. Il comprenait un écran plat à matrice active, qui donne une image très fine et lisible dans toute les directions.

L'innovation qui le différenciait des portables PC était son autonomie très longue, due à une gestion intelligente du fonctionnement. Un processeur spécialisé mettait le portable en veille en cas d'inactivité, sans gêne pour l'utilisateur : il retrouvait son ordinateur dans l'état où il l'avait laissé. L'énergie ainsi économisée montait l'autonomie à environ une journée. En mode veille, le portable avait une autonomie d'un mois ! Mais le portable possédait d'autres particularités : son écran était plus grand que celui d'un Mac SE ; la souris était remplacée par une boule de pointage (trackball) ; le son était traité par une puce ASC, donc avec une qualité très supérieure, et offrait même une prise stéréo sur la face arrière ainsi qu'une prise pour modem.

En septembre 1989, Apple décide de mettre fin à toute commercialisation du Lisa. Les derniers modèles, qui avaient été confiés à l'entreprise Sun Remarketing, chargée de les transformer en Macintosh, sont rachetés par Apple qui les enterre dans un champ...

 

L'Empire contre-attaque

Mais, à ce moment, une menace planait sur la Silicon Valley, et sur le monde entier. Depuis 1981, Microsoft, au courant dès la première heure des essais d'Apple dans la recherche de l'interface graphique (commencée chez Apple en 78), tentait de programmer elle aussi une interface graphique. Les premières spécifications d'Interface Manager (son nom de code) sont dictées en 82 : fenêtres, souris, menus, dialogues... le tout sur une disquette de 360 Ko et une mémoire vive de 128 Ko. A la différence du système du Lisa, les fenêtres de Windows ne se chevauchent pas : elles s'ordonnent à l'écran , comme un bureau bien rangé. Après plusieurs années de développement et d'annonces repoussées, pendant lesquelles la presse parle de 'vaporware" pour désigner Windows, Bill Gates réussit enfin à mettre au point un système basé sur les principes du Macintosh, mais reposant sur le DOS (système d'exploitation racheté par Bill Gates et dont le nom signifiait à l'origine "Quick and Dirty Operating System"). Apple qui ricanait des essais de Microsoft, prend peur et intente un procès à Microsoft pour violation de copyright. Elle accuse en fait Microsoft de plagier la personnalité du Mac. Les dirigeants d'Apple sont confiants, et se laissent aller à de doux rêves de victoire sur Microsoft. Mais le verdict tombe, et Microsoft est disculpé, Bill Gates peut donc continuer de vendre son système sans être inquiété par Apple.

En 1990, Microsoft présente Windows 3. Apple a perdu tout espoir de gagner la guerre des systèmes, malgré la sortie du système 7 en 1991. La stratégie commerciale de Microsoft s'est révélée la meilleure... John Sculley le sait : "Dans ce monde, ce n'est pas le meilleur qui gagne, mais celui qui sait s'allier avec les développeurs de logiciels, et proposer un système ouvert et riche, même s'il est inférieur techniquement". Steve Jobs note, de son côté, que "le problème de Microsoft, c'est qu'ils n'ont aucun goût. Ils n'ont pas d'idée originale, ils ne mettent pas de culture dans leurs produits. Ce qui me dérange, ce n'est pas qu'ils réussissent, ils le méritent... en partie, mais c'est qu'ils vendent des produits bas de gamme...".

Devant l'extraordinaire raz-de-marée de Windows 3, Novell (le principal constructeur de serveurs PC) proposa à Apple de porter MacOS sur PC, afin de contrer Microsoft. C'est ainsi qu'avec le soutien d'Intel, Apple lança le projet StarTrek. But de la manoeuvre : "aller là où aucun Macintosh n'était jamais allé". A la date prévue, les "Trekkies" d'Apple et Novell présentèrent le projet, très en avance sur les prévisions (QuickDraw GX, non prévu, avait déjà été porté sur Intel). Malheureusement, Apple s'apprêtait à la même époque à lancer le nouveau processeur PowerPC. Ne pouvant faire face à deux chantiers en même temps, Apple décida d'abandonner StarTrek, alors même qu'il aurait pu devancer Windows 95...

 

Pendant ce temps, chez Apple...

Eh bien pendant ce temps, on fait pas grand chose... Sortie du Mac IIfx, en 1990, très rapide (40 Mhz), puis du Classic et du Mac IIsi. Le Classic était le premier Mac vraiment abordable financièrement par les acheteurs : seulement 895 $ lors de sa sortie. Le Mac IIsi est le premier Mac à posséder une prise pour microphone, mais sa faible vitesse (20 Mhz) et son unique slot NuBus/PDS ne lui donnaient pas vraiment un aspect professionnel, surtout après le Mac IIfx, de 7 mois son aîné, mais bien plus véloce

Le premier vrai changement arriva avec la sortie du Macintosh LC (pour Low Cost Color, ou couleur à bas prix). Celui-ci permettait d'utiliser un écran couleur sans débourser trop d'argent, et il était également extensible et modulable. Son processeur 68020 à 16 Mhz le rendait idéal pour une utilisation bureautique, par exemple à la maison, où il reçût un accueil assez favorable. Avec cet ordinateur, il était idéal d'acquérir une des imprimantes de la gamme StyleWriter : des imprimantes jet d'encre N&B ou couleur, utilisant une mécanique Canon.

En juin 1991, Apple et IBM annoncent qu'ils ont conclu un accord, aboutissant sur la création de deux sociétés : Taligent et Kaleida. La première, Taligent, est chargée de créer une nouvelle génération de systèmes d'exploitation, entièrement orienté objet. Cela devait permettre la création d'un nouvel environnement complètement indépendant du matériel, et donc capable de fonctionner sur plusieurs plates-formes (Risc d'IBM, 600x0 de Motorola, x86 d'Intel...) Kaleida, de son côté, développe une nouvelle génération de technologies et de format de données permettant d'échanger du texte, du son, des graphiques, de la vidéo et des animations sur une grande variété d'ordinateurs. Cette plate-forme multimédia commune permettrait par exemple de développer un logiciel (encyclopédie...) et de le faire ensuite tourner aussi bien sur un Mac qu'un PC Windows, OS/2 ou Unix. Finalement, la société Taligent fera faillite en 1995...

Peu après, apparut le Classic II (octobre 1991), qui possédait une prise pour microphone, et un processeur 68030 à 16 Mhz. Ce fur le dernier ordinateur à utiliser le design monobloc directement issu du Macintosh original.

En même temps que le Classic II, Apple présenta un nouveau portable, mais cette fois ce fut un véritable succès : l'ordinateur était mignon, léger, petit. Il s'appelait PowerBook, et son nom restera dans l'histoire des portables. Il y avait en fait trois portables sous ce nom : le PB 100, le PB 140 et le PB 170, leurs différences résidant dans le choix du processeur : 68000 à 16 Mhz pour le premier, 68030 à 16 Mhz pour le deuxième et 68030 à 25 Mhz pour le troisième.

En même temps que le Classic II, Apple lança les Quadra 700 et 900, basés pour la première fois sur les processeur 68040 de Motorola. Ces deux machines se destinaient au marché professionnel, leur prix très élevé (4700 et 5400 $) les plaçant très haut sur l'échelle des prix. Peu après, en mars 1992, Apple lança le successeur du LC, exactement au même prix, soit 1235 $, mais il utilisait le processeur 68030 de Motorola. Le LCII fut le Mac le plus vendu de l'année 1992 mais Apple avait décidé de lui laisser le bus à 16 bits du Mac LC le ralentissant énormément par rapport aux capacités de son processeur.

Chez Apple, tout ne va pas bien, loin de là... La direction commence ses restructurations : dans l'usine de Fremont, en Californie, 345 employés se préparent à être licenciés... Le même mois, Apple lance la nouvelle gamme "Performa", destinée à concurrencer les PC d'entrée de gamme, mais uniquement aux Etats-Unis dans un premier temps. Apple est obligée de revoir ses marges très largement à la baisse pour tenter de suivre la baisse des prix du marché : les marges chutent de 35 à 40% ! En même temps, Apple engage Gaston Bastiaens, père du CD Interactif et travaillant alors chez Philips. Il rejoint la division électronique grand public d'où sortira quelques mois plus tard le Newton.

Le mois suivant, un nouveau Mac II fit son apparition : le Mac IIvx, novateur sur au moins un point : il possédait un lecteur CD-Rom interne. Même s'il était possible d'acquérir un lecteur de CD-Rom externe depuis le Mac SE, la position interne du lecteur le rendait très pratique. ce n'est d'ailleurs pas la seule machine présentée : on trouve alors un grand nombre de nouveautés au catalogue. Le Mac IIvi (un IIvx moins rapide), les PowerBooks 160 et 180, le macintosh Duo, QuickTime 1.5, le système 7.1, le moniteur 14 pouces, le lecteur AppleCD 300 et un paquet de nouvelles polices de caractères.

Le 10 novembre, Apple présente QuickTime for Windows, la version PC de la technologie multimédia d'Apple. En offrant la possibilité de lire sur PC les vidéos QuickTime (uniquement créées sur Mac), Apple espère bien devenir le leader en vidéo numérique. En fait, Microsoft réplique aussitôt en présentant Vidéo for Windows, une technologie identique (à tel point que même le format des vidéos, 160 pixels sur 120, est le même que celui de QuickTime...).

En janvier 1993, Apple présente au monde une innovation prometteuse : le Newton. Flop instantané... La reconnaissance de caractère n'est pas ce qu'elle promettait, l'écran est de piètre qualité... Les retours au service après-vente se font de plus en plus nombreux : la Fnac, par exemple, en arrête la vente. En même temps, Apple lance en France une gamme qui aura plus de succès : les Performas, qui n'avaient été destinés dans un premier temps qu'au marché américain. Apple lance aussi sa nouvelle chaîne graphique, composée de l'Apple One Scanner couleur, de l'imprimante couleur Apple et de ColorSync, une technologie révolutionnaire qui permet d'assurer en toute simplicité la concordance des couleurs entre le scanner, l'écran et l'imprimante.

En février 1993, trois nouveau Macs firent leur apparition : le Classic Couleur, premier monobloc couleur, et aussi premier Mac que l'on pouvait éteindre ou allumer depuis le clavier. Avec lui apparut le LC III, troisième de la série LC, deux fois plus rapide que son prédécesseur le LC II. En même temps, une machine plus professionnelle voyait le jour : le Quadra 800 (du nom du processeur qu'il utilisait), équipé de mémoire vive ultra-rapide, et d'un processeur 68040 à 33 Mhz.

A cette époque, tous les constructeurs informatiques baissent leurs prix de façon spectaculaire. Apple fut incapable de suivre, et, en juin 1993, après dix ans de règne sur Apple, John Sculley fut remercié. Mais pour lui, tout n'était pas perdu : il empocha 23 millions de francs, plus un petit "bonus" : Apple lui racheta sa propriété californienne, estimée à 50 millions de francs... Pour le remplacer, on fit appel à Michael Spindler, jusqu'alors directeur général. Pour un temps, le nouveau patron put maintenir les bénéfices, grâce à 2500 suppressions d'emplois. Il brisa aussi, mais trop tard, l'interdiction de "cloner" les Macs. Malheureusement, les seules marques autorisées à cloner étaient des marques inconnues du grand public, comme Radius, et cette décision ne favorisa pas l'expansion du marché des Macs.

Deux mois après, Apple proposa une nouvelle machine, inaugurant une nouvelle gamme d'ordinateurs, reconnaissable au sigle "AV" qui suit le nom de la machine, ici, le Quadra 840AV. Basé sur un 68040 à 40 Mhz, il possédait entre autres un système sonore en 16 bits, et un coprocesseur son à 60 Mhz. Il comprenait aussi de nombreuses extensions pour la gestion des vidéos.

En octobre 1993, Apple lança la gamme PowerBook Duo, des portables étonnants, très simples, légers et peu épais. Ils allaient de paire avec le DuoDock, dans lequel on insérait le portable. Le Duo était une solution agréable pour alléger le portable sans abaisser les performances de l'ordinateur : le DuoDock possédait un coprocesseur, des connecteurs pour carte (NuBus) et un support pour un écran jusqu'aux milliers de couleurs.

 

Accrochez-vous, Apple débloque...

En octobre 1993, Apple proposa de nouvelles machines. La première, le Performa 475 inaugurait elle aussi une nouvelle gamme, la gamme "Performa", destinée en priorité à la famille. Apple en profita pour renommer tous ses anciens modèles : le Classic II devint Performa 200, le LCII devint Performa 400, le LCIII devint Performa 450, le LC 475 fut renommé Performa 475, le Mac IIvx devint Performa 600. Comme si cela ne suffisait pas, Apple proposa en même temps plusieurs machines de nom différent mais identiques sur le plan matériel... En plus des machines listées ci-dessus, le LC 475 était équivalent au Quadra 605, et le LC 630 était équivalent au Quadra 630. Mais ce n'est pas tout ! Chaque Quadra (le 610, le 650 et le 660 AV) possédait son équivalent, généralement un petit peu moins rapide, sous le nom de Centris... Les acheteurs potentiels furent perdus, et Apple vit partir de nombreux clients, déroutés par ces bizarreries...

Si cela n'est déjà pas facile à comprendre, c'était encore pire aux Etats-Unis... Apple s'était alors amusée (??) à produire des déclinaisons et des sous-déclinaisons de tous ses ordinateurs, produisant des Performa 455, 451, 603 ou autres 460 et 461, tous quasiment identiques !

La seule gamme intéressante produite à cette époque ne traversa malheureusement quasiment pas l'Atlantique : les Performa 500. Leur design monobloc, pas très réussi (une base mince, une unité lecteur CD-disquette plus large et plus avancée, et enfin un écran 14 pouces encore plus large et plus avancé) préfigurait ce qu'Apple allait lancer quelques mois plus tard.

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