L'Aventure Apple



Chronologies : 1989 - 1994



    Le Mac Portable et la fin du Lisa

Annoncé en même temps que le Mac IIci, soit en septembre 1989, le Macintosh Portable était une machine assez peu compacte, lourde (7,2 Kg avec le disque dur), et basée sur un processeur 68000 à 16 Mhz. Il comprenait un écran plat à matrice active, qui donne une image très fine et lisible dans toute les directions.

L'innovation qui le différenciait des portables PC était son autonomie très longue, due à une gestion intelligente du fonctionnement. Un processeur spécialisé mettait le portable en veille en cas d'inactivité, sans gêne pour l'utilisateur : il retrouvait son ordinateur dans l'état où il l'avait laissé. L'énergie ainsi économisée montait l'autonomie à environ une journée. En mode veille, le portable avait une autonomie d'un mois ! Mais le portable possédait d'autres particularités : son écran était plus grand que celui d'un Mac SE ; la souris était remplacée par une boule de pointage (trackball) ; le son était traité par une puce ASC, donc avec une qualité très supérieure, et offrait même une prise stéréo sur la face arrière ainsi qu'une prise pour modem.

En septembre 1989, Apple décide de mettre fin à toute commercialisation du Lisa. Les derniers modèles, qui avaient été confiés à l'entreprise Sun Remarketing, chargée de les transformer en Macintosh, sont rachetés par Apple qui les enterre dans un champ...

 

L'Empire contre-attaque

Mais, à ce moment, une menace planait sur la Silicon Valley, et sur le monde entier. Depuis 1981, Microsoft, au courant dès la première heure des essais d'Apple dans la recherche de l'interface graphique (commencée chez Apple en 78), tentait de programmer elle aussi une interface graphique. Les premières spécifications d'Interface Manager (son nom de code) sont dictées en 82 : fenêtres, souris, menus, dialogues... le tout sur une disquette de 360 Ko et une mémoire vive de 128 Ko. A la différence du système du Lisa, les fenêtres de Windows ne se chevauchent pas : elles s'ordonnent à l'écran , comme un bureau bien rangé. Après plusieurs années de développement et d'annonces repoussées, pendant lesquelles la presse parle de 'vaporware" pour désigner Windows, Bill Gates réussit enfin à mettre au point un système basé sur les principes du Macintosh, mais reposant sur le DOS (système d'exploitation racheté par Bill Gates et dont le nom signifiait à l'origine "Quick and Dirty Operating System"). Apple qui ricanait des essais de Microsoft, prend peur et intente un procès à Microsoft pour violation de copyright. Elle accuse en fait Microsoft de plagier la personnalité du Mac. Les dirigeants d'Apple sont confiants, et se laissent aller à de doux rêves de victoire sur Microsoft. Mais le verdict tombe, et Microsoft est disculpé, Bill Gates peut donc continuer de vendre son système sans être inquiété par Apple.

En 1990, Microsoft présente Windows 3. Apple a perdu tout espoir de gagner la guerre des systèmes, malgré la sortie du système 7 en 1991. La stratégie commerciale de Microsoft s'est révélée la meilleure... John Sculley le sait : "Dans ce monde, ce n'est pas le meilleur qui gagne, mais celui qui sait s'allier avec les développeurs de logiciels, et proposer un système ouvert et riche, même s'il est inférieur techniquement". Steve Jobs note, de son côté, que "le problème de Microsoft, c'est qu'ils n'ont aucun goût. Ils n'ont pas d'idée originale, ils ne mettent pas de culture dans leurs produits. Ce qui me dérange, ce n'est pas qu'ils réussissent, ils le méritent... en partie, mais c'est qu'ils vendent des produits bas de gamme...".

Devant l'extraordinaire raz-de-marée de Windows 3, Novell (le principal constructeur de serveurs PC) proposa à Apple de porter MacOS sur PC, afin de contrer Microsoft. C'est ainsi qu'avec le soutien d'Intel, Apple lança le projet StarTrek. But de la manoeuvre : "aller là où aucun Macintosh n'était jamais allé". A la date prévue, les "Trekkies" d'Apple et Novell présentèrent le projet, très en avance sur les prévisions (QuickDraw GX, non prévu, avait déjà été porté sur Intel). Malheureusement, Apple s'apprêtait à la même époque à lancer le nouveau processeur PowerPC. Ne pouvant faire face à deux chantiers en même temps, Apple décida d'abandonner StarTrek, alors même qu'il aurait pu devancer Windows 95...

 

Pendant ce temps, chez Apple...

Eh bien pendant ce temps, on fait pas grand chose... Sortie du Mac IIfx, en 1990, très rapide (40 Mhz), puis du Classic et du Mac IIsi. Le Classic était le premier Mac vraiment abordable financièrement par les acheteurs : seulement 895 $ lors de sa sortie. Le Mac IIsi est le premier Mac à posséder une prise pour microphone, mais sa faible vitesse (20 Mhz) et son unique slot NuBus/PDS ne lui donnaient pas vraiment un aspect professionnel, surtout après le Mac IIfx, de 7 mois son aîné, mais bien plus véloce

Le premier vrai changement arriva avec la sortie du Macintosh LC (pour Low Cost Color, ou couleur à bas prix). Celui-ci permettait d'utiliser un écran couleur sans débourser trop d'argent, et il était également extensible et modulable. Son processeur 68020 à 16 Mhz le rendait idéal pour une utilisation bureautique, par exemple à la maison, où il reçût un accueil assez favorable. Avec cet ordinateur, il était idéal d'acquérir une des imprimantes de la gamme StyleWriter : des imprimantes jet d'encre N&B ou couleur, utilisant une mécanique Canon.

En juin 1991, Apple et IBM annoncent qu'ils ont conclu un accord, aboutissant sur la création de deux sociétés : Taligent et Kaleida. La première, Taligent, est chargée de créer une nouvelle génération de systèmes d'exploitation, entièrement orienté objet. Cela devait permettre la création d'un nouvel environnement complètement indépendant du matériel, et donc capable de fonctionner sur plusieurs plates-formes (Risc d'IBM, 600x0 de Motorola, x86 d'Intel...) Kaleida, de son côté, développe une nouvelle génération de technologies et de format de données permettant d'échanger du texte, du son, des graphiques, de la vidéo et des animations sur une grande variété d'ordinateurs. Cette plate-forme multimédia commune permettrait par exemple de développer un logiciel (encyclopédie...) et de le faire ensuite tourner aussi bien sur un Mac qu'un PC Windows, OS/2 ou Unix. Finalement, la société Taligent fera faillite en 1995...

Peu après, apparut le Classic II (octobre 1991), qui possédait une prise pour microphone, et un processeur 68030 à 16 Mhz. Ce fur le dernier ordinateur à utiliser le design monobloc directement issu du Macintosh original.

En même temps que le Classic II, Apple présenta un nouveau portable, mais cette fois ce fut un véritable succès : l'ordinateur était mignon, léger, petit. Il s'appelait PowerBook, et son nom restera dans l'histoire des portables. Il y avait en fait trois portables sous ce nom : le PB 100, le PB 140 et le PB 170, leurs différences résidant dans le choix du processeur : 68000 à 16 Mhz pour le premier, 68030 à 16 Mhz pour le deuxième et 68030 à 25 Mhz pour le troisième.

En même temps que le Classic II, Apple lança les Quadra 700 et 900, basés pour la première fois sur les processeur 68040 de Motorola. Ces deux machines se destinaient au marché professionnel, leur prix très élevé (4700 et 5400 $) les plaçant très haut sur l'échelle des prix. Peu après, en mars 1992, Apple lança le successeur du LC, exactement au même prix, soit 1235 $, mais il utilisait le processeur 68030 de Motorola. Le LCII fut le Mac le plus vendu de l'année 1992 mais Apple avait décidé de lui laisser le bus à 16 bits du Mac LC le ralentissant énormément par rapport aux capacités de son processeur.

Chez Apple, tout ne va pas bien, loin de là... La direction commence ses restructurations : dans l'usine de Fremont, en Californie, 345 employés se préparent à être licenciés... Le même mois, Apple lance la nouvelle gamme "Performa", destinée à concurrencer les PC d'entrée de gamme, mais uniquement aux Etats-Unis dans un premier temps. Apple est obligée de revoir ses marges très largement à la baisse pour tenter de suivre la baisse des prix du marché : les marges chutent de 35 à 40% ! En même temps, Apple engage Gaston Bastiaens, père du CD Interactif et travaillant alors chez Philips. Il rejoint la division électronique grand public d'où sortira quelques mois plus tard le Newton.

Le mois suivant, un nouveau Mac II fit son apparition : le Mac IIvx, novateur sur au moins un point : il possédait un lecteur CD-Rom interne. Même s'il était possible d'acquérir un lecteur de CD-Rom externe depuis le Mac SE, la position interne du lecteur le rendait très pratique. ce n'est d'ailleurs pas la seule machine présentée : on trouve alors un grand nombre de nouveautés au catalogue. Le Mac IIvi (un IIvx moins rapide), les PowerBooks 160 et 180, le macintosh Duo, QuickTime 1.5, le système 7.1, le moniteur 14 pouces, le lecteur AppleCD 300 et un paquet de nouvelles polices de caractères.

Le 10 novembre, Apple présente QuickTime for Windows, la version PC de la technologie multimédia d'Apple. En offrant la possibilité de lire sur PC les vidéos QuickTime (uniquement créées sur Mac), Apple espère bien devenir le leader en vidéo numérique. En fait, Microsoft réplique aussitôt en présentant Vidéo for Windows, une technologie identique (à tel point que même le format des vidéos, 160 pixels sur 120, est le même que celui de QuickTime...).

En janvier 1993, Apple présente au monde une innovation prometteuse : le Newton. Flop instantané... La reconnaissance de caractère n'est pas ce qu'elle promettait, l'écran est de piètre qualité... Les retours au service après-vente se font de plus en plus nombreux : la Fnac, par exemple, en arrête la vente. En même temps, Apple lance en France une gamme qui aura plus de succès : les Performas, qui n'avaient été destinés dans un premier temps qu'au marché américain. Apple lance aussi sa nouvelle chaîne graphique, composée de l'Apple One Scanner couleur, de l'imprimante couleur Apple et de ColorSync, une technologie révolutionnaire qui permet d'assurer en toute simplicité la concordance des couleurs entre le scanner, l'écran et l'imprimante.

En février 1993, trois nouveau Macs firent leur apparition : le Classic Couleur, premier monobloc couleur, et aussi premier Mac que l'on pouvait éteindre ou allumer depuis le clavier. Avec lui apparut le LC III, troisième de la série LC, deux fois plus rapide que son prédécesseur le LC II. En même temps, une machine plus professionnelle voyait le jour : le Quadra 800 (du nom du processeur qu'il utilisait), équipé de mémoire vive ultra-rapide, et d'un processeur 68040 à 33 Mhz.

A cette époque, tous les constructeurs informatiques baissent leurs prix de façon spectaculaire. Apple fut incapable de suivre, et, en juin 1993, après dix ans de règne sur Apple, John Sculley fut remercié. Mais pour lui, tout n'était pas perdu : il empocha 23 millions de francs, plus un petit "bonus" : Apple lui racheta sa propriété californienne, estimée à 50 millions de francs... Pour le remplacer, on fit appel à Michael Spindler, jusqu'alors directeur général. Pour un temps, le nouveau patron put maintenir les bénéfices, grâce à 2500 suppressions d'emplois. Il brisa aussi, mais trop tard, l'interdiction de "cloner" les Macs. Malheureusement, les seules marques autorisées à cloner étaient des marques inconnues du grand public, comme Radius, et cette décision ne favorisa pas l'expansion du marché des Macs.

Deux mois après, Apple proposa une nouvelle machine, inaugurant une nouvelle gamme d'ordinateurs, reconnaissable au sigle "AV" qui suit le nom de la machine, ici, le Quadra 840AV. Basé sur un 68040 à 40 Mhz, il possédait entre autres un système sonore en 16 bits, et un coprocesseur son à 60 Mhz. Il comprenait aussi de nombreuses extensions pour la gestion des vidéos.

En octobre 1993, Apple lança la gamme PowerBook Duo, des portables étonnants, très simples, légers et peu épais. Ils allaient de paire avec le DuoDock, dans lequel on insérait le portable. Le Duo était une solution agréable pour alléger le portable sans abaisser les performances de l'ordinateur : le DuoDock possédait un coprocesseur, des connecteurs pour carte (NuBus) et un support pour un écran jusqu'aux milliers de couleurs.

 

Accrochez-vous, Apple débloque...

En octobre 1993, Apple proposa de nouvelles machines. La première, le Performa 475 inaugurait elle aussi une nouvelle gamme, la gamme "Performa", destinée en priorité à la famille. Apple en profita pour renommer tous ses anciens modèles : le Classic II devint Performa 200, le LCII devint Performa 400, le LCIII devint Performa 450, le LC 475 fut renommé Performa 475, le Mac IIvx devint Performa 600. Comme si cela ne suffisait pas, Apple proposa en même temps plusieurs machines de nom différent mais identiques sur le plan matériel... En plus des machines listées ci-dessus, le LC 475 était équivalent au Quadra 605, et le LC 630 était équivalent au Quadra 630. Mais ce n'est pas tout ! Chaque Quadra (le 610, le 650 et le 660 AV) possédait son équivalent, généralement un petit peu moins rapide, sous le nom de Centris... Les acheteurs potentiels furent perdus, et Apple vit partir de nombreux clients, déroutés par ces bizarreries...

Si cela n'est déjà pas facile à comprendre, c'était encore pire aux Etats-Unis... Apple s'était alors amusée (??) à produire des déclinaisons et des sous-déclinaisons de tous ses ordinateurs, produisant des Performa 455, 451, 603 ou autres 460 et 461, tous quasiment identiques !

La seule gamme intéressante produite à cette époque ne traversa malheureusement quasiment pas l'Atlantique : les Performa 500. Leur design monobloc, pas très réussi (une base mince, une unité lecteur CD-disquette plus large et plus avancée, et enfin un écran 14 pouces encore plus large et plus avancé) préfigurait ce qu'Apple allait lancer quelques mois plus tard.


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