L'Aventure Apple



Chronologies : 1994 - 2000
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    Apple main dans la main avec son ancien ennemi

IBM a le plan d'un processeur fabuleux : alors que tous les processeur du marché (Pentium et 680x0) sont des processeurs CISC (Complex Instruction Set Computing), IBM a imaginé un processeur utilisant un jeu d'instructions réduit, appelé RISC (Reduced Instruction Set Computing). Les instructions sont présentes en très grand nombre dans les processeurs CISC, qui sont devenus complexes, gros, dévoreurs d'énergie et très coûteux... L'idée d'IBM, c'est de ne mettre dans le processeur que des instructions simple, pouvant être traitées très rapidement. Et pour effectuer des opérations plus complexes, il suffit de générer les instructions nécessaires à partir des instructions simples ! Cela permet aux puces RISC d'être petites, moins chères, de consommer moins d'électricité, et surtout d'être beaucoup plus efficaces. Or IBM a besoin de quelqu'un pour fabriquer ses processeurs. Il se tourne donc vers Motorola. Dès 1994, après 3 ans de collaboration entre Apple, IBM et Motorola, les puces sont prêtes, sous le nom de PowerPC. L'avantage est évident pour Apple : elle dispose avec ce processeur d'une technologie très rapide et avec une très grande possibilité d'évolution. Le problème qui se pose est alors celui de la compatibilité : les logiciels pour Mac ne sont pas capables de tourner sur le processeur PowerPC. Apple, avec l'aide de Connectix, va alors intégrer à MacOS (système version 7.1.2) un émulateur capable de faire fonctionner les anciens logiciels sur sa nouvelle plate-forme.

En mars 1994, Apple annonce la sortie d'une toute nouvelle gamme d'ordinateurs : PowerMacintosh est né. Les PowerMacs 6100/60, 7100/66 et 8100/80, utilisant le PowerPC 601, sont les premiers d'une longue série... Mais les processeurs 680x0 ne sont - presque - pas morts. Un dernier ordinateur utilisera ce genre de puce : le Performa 630, avec son processeur 68LC040, version bridée du 68040. Ce fut le dernier Mac sans puce PowerPC... Du côté des portables, Apple fait profiter toute sa gamme PowerBook des nouveaux processeurs PowerPC : c'est la sortie des PowerBooks 5300, en août 1995.

Dans le même temps, Apple présenta son propre appareil photo numérique, le QuickTake, qui, comme tous les appareils photos numériques de l'époque, fait des clichés de qualité moyenne et seulement en basse définition (640/480). Mais il permet de faire des photos et de les "développer" immédiatement, simplement en le branchant sur l'ordinateur.

 

Apple fait des excès de vitesse

Grâce aux nouveaux processeurs, Apple peut enfin se libérer. En plus de 10 ans, on avait juste réussi à quadrupler la vitesse des Macs : de 8 Mhz, on atteignait péniblement 40 Mhz. Il était temps que cela change ! Et Apple n'est pas du genre à perdre son temps : en juin 1995, Apple propose déjà le PowerMac 9500/120 et le PowerMac 9500/133, deux machines qui gardèrent longtemps le nom de "ordinateur le plus puissant de la planète". La cause de cette puissance a un nom : PowerPC 604, une nouvelle puce ultra-rapide de la gamme PowerPC. En même temps, Apple se permettait un petit emprunt au monde PC : le slot PCI, plus rapide et plus répandu que le slot NuBus des anciens Macs...

Le mois suivant, Apple proposait le Performa 5200, inaugurant le nouveau design tout-en-un, y compris le lecteur de CD-Rom et l'écran multifréquences 15 pouces. Avec un processeur PowerPC 603 à 75 Mhz, les particuliers accédaient à Internet, à la 3D, au montage vidéo numérique, à l'acquisition vidéo (carte TV en option) et aux jeux sur CD-Rom ! En même temps, était lancé le Performa 6200, identique au 5200, mais en format bureau, laissant donc le choix de l'écran. Cet ordinateur, destiné principalement aux familles fit aussi le bonheur des professions libérales, surtout les médecins, chez qui Apple était déjà très bien implanté - et le restera - grâce à un réseau de plus de deux cents revendeurs spécialisés pour le secteur de la santé.

Mais Apple n'était plus seule sur le marché du Macintosh : suite à l'ouverture du marché du Mac à des tierces parties par Michael Spindler, les cloneurs s'étaient développés. Umax, Motorola, PowerComputing sont là, avec la ferme intention de grignoter le marché de la micro-informatique, avec des Macs moins chers que ceux d'Apple, et souvent plus puissants.

 

Windows 95 contre... rien.

Malheureusement pour Apple, elle n'est pas au bout de ses soucis... Alors qu'elle vient à peine de sortir 3 nouveaux PowerMacs (7200/75, 7500/100 et 8500/120), Microsoft sort Windows 95. Une campagne publicitaire de plus de 300 millions de dollars - une somme à faire rougir de honte le budget de la campagne de lancement du Macintosh - et des arguments chocs : plug & play, Wysiwyg, menus déroulants, corbeille... La lobotomie made-in-Microsoft a fonctionné : pour plus d'un millions d'acheteurs en 4 jours, Windows 95 est la plus grande avancée technologique du siècle. Chez Apple, on ne peut rien faire d'autre que se laisser enterrer... Le système 7 en vigueur alors commence à se faire bien vieux. On a bien un nouveau système en préparation : Copland, qui devait amener avec lui beaucoup de nouveautés : protection de la mémoire, nouveau Finder, possibilités énormes de personnalisation... Avec ce système, Apple s'était inventée une chimère, celle du système tout beau, tout neuf, 100% compatible avec le précédent et 100% révolutionnaire... Mais le projet accumule les retards... ce qui n'est pas étonnant, car il était confié à plusieurs équipes distinctes qui travaillaient sans aucune cohérence.

Mais il y a plus grave, beaucoup plus grave... Pour tenter de reconquérir le marché des ordinateurs bas de gamme, Apple a lésiné sur la qualité. Les ordinateurs qui sortent sous le règne Spindler sont pour la plupart bugués. Le 7200 rencontre de nombreux problèmes, notamment au niveau de la gestion de ses cartes internes. Les PowerBooks ne sont pas épargnés : la série 5300 pose des problèmes : la batterie brûle, le capot ne résiste pas aux chocs... Pour la première fois, Apple avoue ses erreurs, rappelle certains modèles et répare gratuitement les modèles déficients.

En même temps que la dégradation du matériel, le système commence lui aussi à faire des siennes. Apple s'avère incapable de mettre au point un système cohérent. Le système 7.5, sorti fin 94 commence à s'éterniser, et les mises à jour 7.5.2 puis 7.5.3 sont buguées, entachant encore la réputation d'Apple, qui n'en avait vraiment pas besoin, surtout à un moment où elle perd encore des parts de marché : moins 4% sur le marché mondial... et de l'argent : 840 millions de dollars de perdus.

 

Docteur Amelio à la rescousse

En octobre 1995, Apple sort un nouveau Performa tout-en-un, le Performa 5300. Quelques innovations, dont le tout nouveau processeur Power PC 603e et une carte TV intégrée, mais pas assez pour reconquérir un marché maintenant très largement dominé par Microsoft...

Michael Spindler est alors à son tour remercié, après seulement deux ans et demi. Il empoche 19 millions de francs comme prime de départ. Le nouveau PDG d'Apple se nomme Gilbert Amelio. Il est accueilli par chèque de 1 millions de francs, et un prêt de 26 millions. Des pratiques courantes aux Etats-Unis, mais dans les entreprises bénéficiaires, ce qui est loin d'être le cas d'Apple !

Avec l'aide de Marco Landi, directeur général d'Apple depuis mai 96, il va préparer un plan draconien : la suppression de 3500 postes, soit 27% des effectifs... Amelio prévoit aussi l'arrêt de certaines technologies Apple : Pippin (la console multimédia), OpenDoc, CyberDog et Newton -entre autres. Newton, par exemple, deviendra une filiale complètement indépendante d'Apple. Il va faire la chasse aux gaspillages, et, heureusement, chez Apple, ils se repèrent assez facilement... Ainsi, pour réunir les 700 composants dont il avait besoin, le groupe s'approvisionnait auprès de 370 fournisseurs différents. Seuls 300 seront conservés, ceux qui ont accepté de baisser leurs tarifs de 10%.

En même temps que Gil Amelio, une autre très forte personnalité est arrivée chez Apple : Ellen Hancock, ancienne d'IBM puis de National Semiconductor, où elle avait assisté Amelio pour sa restructuration. Elle aussi ne perd pas son temps, et, à l'été 1996, elle vérifie l'avancée du projet Copland (nouveau système du Mac). Ce projet est un fiasco : pourtant dotées d'un budget annuel de 3 milliards de francs, les équipes de recherche n'ont réussi qu'à écrire des petits bouts de programmes. Le projet Copland est donc annulé. Si Apple n'est pas capable de produire un système en interne, elle ira donc le chercher ailleurs.

Pour cela, Apple a deux possibilités : BeOS et Open-Step, le système de NeXT. Le premier est très attirant : il est très agréable à utiliser, avec une interface utilisateur qui n'a rien à envier à celle du Mac, et de très grandes possibilités, notamment pour les graphiques et l'animation. Ce système est produit par les équipes de Be, une firme créée par Jean-Louis Gassée, ex-numéro deux d'Apple. Mais le choix des dirigeants d'Apple se portera sur l'autre système : Open-Step de NeXT, la boite de Steve Jobs. Ce système est également très puissant, mais plus ancien et donc plus "mûr", à côté de Be qui n'a pas encore eu le temps de faire ses preuves.

C'est au prix de 400 millions de dollars qu'Apple rachète, en décembre 1996, NeXT, et Steve Jobs en même temps...

 

Le retour du Jedi

Le retour de Steve Jobs est vécu par les fans de la Pomme comme un signe de renouveau.

Mardi 7 janvier 1997. Une foule immense s'entasse depuis plusieurs heures devant un hôtel à San Francisco - où Apple organise comme chaque année la MacWorld Expo. A midi pile, les portes s'ouvrent et la salle est remplie en quelques minutes. Pour chauffer l'ambiance, extraits de "Indépendance Day", où Apple sauve le monde des extraterrestres, présence de Jeff Goldblum (acteur dans Independance Day et Jurassic Park : "Je suppose que le fait d'avoir joué un théoricien du chaos dans Jurassic Park me crédibilise pour parler d'Apple..."), Peter Gabriel, Muhammed Ali, et Steve Jobs. En fait, non. Pas Steve Jobs. Il a raté son avion (officiellement).

Gil Amelio fait d'abord la première démonstration de Tempo, alias MacOS 7.7, qui sera renommé MacOS 8. Le public réagit très favorablement face aux nouvelles capacités multitâche du Finder (copies de documents simultanées). Selon Gil Amelio, Tempo doit être terminé en 6 mois : ce n'est pas la première fois qu'on entend cela chez Apple. Mais cette fois, le délai sera tenu... Gil Amelio présente ensuite l'orientation d'Apple : le nouvel OS, avec NeXT, appelé Rhapsody. Le public découvre pour la première fois le concept de Yellow et de Blue Box. La Yellow Bos pour les logiciels conçus pour Rhapsody, et la Blue Box pour les anciens logiciels Macs.

Et Steve Jobs arrive enfin. Il faudra plusieurs minutes avant que la foule retrouve son calme... On a alors droit à une présentation de NeXT comme seul Steve Jobs sait les faire... Il est nommé consultant de haut niveau, c'est à dire en quelque sorte assistant personnel de Gil Amelio. Or Steve Jobs n'a jamais été d'accord avec ceux qui avaient ouvert le marché du Mac aux cloneurs. Il pense que les ceux-ci, plutôt que d'élargir le marché du Macintosh, volent le marché même d'Apple, abaissant donc encore un peu la présence d'Apple sur la scène informatique. Il va donc essayer de trouver un moyen de faire disparaître le marché des clones. La première solution consista à augmenter le prix des licences MacOS.

Le premier résultat concret du ménage accompli par Amelio est la sortie du système 7.6, début 1997. Ce système fait enfin disparaître les bugs des précédents systèmes. Mais Amelio ne s'arrête pas là. Il décide aussi de clarifier la gamme Macintosh, en faisant disparaître la gamme Performa, qui rejoint la gamme PowerMacintosh, pour ne pas déstabiliser les utilisateurs. Ainsi, le Performa 6400 devient PowerMac 6400, tout comme le Performa 5400. Peu après, Apple sort les PowerMacs 8600 et 9600, atteignant des vitesses telles que 350 Mhz ! Les plus puissants - une nouvelle fois - de la planète... En même temps, Apple présente le Macintosh de ses 20 ans, appelé Spartacus.

Apple tente de ne pas se faire oublier : elle sponsorise deux films à gros budget américains : "Mission : Impossible" et "Independance Day". Les Macs sont omniprésents dans ces deux films, même si il faut avoir l'oeil pour les repérer dans Mission Impossible. En revanche, ils apparaissent quasiment à toutes les scènes d'Independance Day.

 

Enfin de la nouveauté...

Malgré ces annonces optimistes, Gil Amelio est remercié par le Conseil d'Administration le 9 juillet 1997, discrètement, empochant 50 millions de dollars... Steve Jobs peut alors commencer à travailler comme il l'entend... Il refuse le poste de PDG d'Apple, mais il a des pouvoirs largement suffisants pour faire ce qu'il veut. Cependant, si Steve Jobs est une idole pour beaucoup des fans d'Apple, il reste un inconnu pour beaucoup de gens... C'est ainsi qu'à la MacWorld Expo de New-York, en juillet 97, il se voit refuser l'entrée de la salle de conférence par un jeune responsable de la sécurité. Il avait en effet oublié son badge ! Malgré les "Mais ne savez-vous pas qui c'est ?" et les coups de téléphone portable, le jeune garde refuse de bouger... Il va même jusqu'à menacer de confisquer les badges que certains fans proposent de prêter à Steve Jobs ! Finalement, ce-dernier est obligé de repartir chercher un badge pour pouvoir accéder à son propre congrès ! Le garde était peut-être un utilisateur de Windows ?

En juillet, Apple lance son nouveau système d'exploitation. Sous le nom de MacOS 8, il n'apporte pas de véritable changement technologique : il permet la copie en tâche de fond (Finder multithread), et une interface utilisateur revue, à la Copland. Ce système s'affirme vite comme le plus gros succès commercial d'Apple : plus de 3 millions de copies seront commercialisées en 6 mois !

Lors de la MacWorld Expo de Boston, le 6 août, Steve Jobs annonce qu'il a complètement renouvelé le Conseil d'administration d'Apple et qu'il a conclu un accord avec un grand acteur du marché informatique. Dans la salle de conférences, on se creuse... Sun ? Oracle ? Netscape ?... La réponse est toute autre : Microsoft. Et, quand Bill Gates apparaît sur un écran géant surmontant l'estrade où Steve Jobs tenait son discours, un court instant de silence, d'incompréhension, puis une bordée de sifflets accueille celui que les Macmaniaques ont surnommé Dark Vador, ou l'antéchrist...

Bill Gates annonce alors l'achat de 150 millions de dollars d'actions Apple, soit 6% du capital d'Apple. Heureusement, ces actions ne sont pas accompagnées du droit de vote ! En échange de cet apport de capitaux, Apple autorise Microsoft à utiliser toutes les technologies brevetées par Apple, et les technologies qui le seront dans les cinq années suivantes... Microsoft, lui, est tenu de supporter la version Mac de Office, son pack de logiciels vedettes. Pour compenser l'arrivée de Microsoft chez Apple, Steve Jobs a quand même mis en place un nouveau conseil d'administration où siège Larry Ellison, ennemi juré de Bill Gates et patron d'Oracle.

Pour la presse, cet accord est une aubaine. En pleine période de vacances, où les journalistes ne savent pas quoi se mettre sous la dent, un tel événement ne passe pas inaperçu : "Microsoft rachète Apple", "Prise de pouvoir de Microsoft sur Apple" et autres titres font les choux gras de la presse, y compris le Time qui en fait même sa une... L'annonce de l'accord Apple/Microsoft rassure Wall Street, et l'action d'Apple fait un bond de 30%, atteignant... 26$.

MacOS 8 va permettre à Steve Jobs de fermer définitivement les portes du Macintosh aux cloneurs, dès septembre 97. Les licences ne portaient effectivement que sur les systèmes 7.x. En renommant le système 7.7 en 8.0, il oblige les cloneurs à réinvestir dans l'achat des licences. Et le prix énorme proposé par Jobs fait reculer la plupart des cloneurs, dont Motorola. Seul Umax obtient une nouvelle licence. Apple rachète PowerComputing, qui avait déjà pu établir un réseau de vente qui va permettre à Apple d'élargir son horizon, notamment en créant l'AppleStore, site de vente en direct de Macs sur Internet.

Pour se rappeler aux bons souvenirs du public, Apple lance une campagne de pubs digne de 1984, avec notamment un spot publicitaire, "Think different", en noir et blanc, où l'on voit défiler les visages des grands de ce siècle (Einstein, Picasso, Callas ou Gandhi), sur un thème habituel chez Apple : "Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent". Cette campagne télévisée est appuyée aux USA et dans les grandes villes par une campagne d'affichage, utilisant des affiches géantes (aux USA) ou les kiosques à journaux (à Paris).

Malgré ces quelques bonnes nouvelles (accord avec Microsoft, nouveau système, retour de Steve Jobs…), Apple continue de se porter bien mal : en octobre, elle annonce ses résultats du quatrième semestre fiscal 97 : en tout, plus de 161 millions de dollars de perte, ce qui fait un total d'un milliard de dollars de pertes pour 1997 !

Le retour de Steve Jobs aux commandes ne redonne pas pour autant un PDG à Apple. L'équipe chargée de trouver quelqu'un pour occuper ce poste ne réussit pas à trouver l'homme de la situation. Et pourtant, un représentant en informatique envoyait chaque jour depuis le départ de Gil Amelio des dizaines d'E-Mails à Larry Ellison et Steve Jobs, leur assurant qu'il est "le plus capable de remettre Apple sur les rails". Au bout de 3 semaines, n'y tenant plus, Ellison et Jobs lui envoient donc cette réponse "OK, vous commencez comme PDG lundi à 8 heures". Tout content, notre informaticien se présente le jour venu, pour se voir refoulé du siège d'Apple avec interdiction de s'en approcher à nouveau au risque d'être poursuivi en justice pour harcèlement...

MacOS 8 est en quelque sorte un système de passage, en attendant le système véritablement nouveau et développé avec les technologies NeXT. Nom de code : Rhapsody. Une première version de démonstration, pour les développeurs, est d'ailleurs disponible dès la mi-97, preuve que, pour une fois, Apple est capable de respecter un planning...

Quelques semaines après Mac OS 8, (ne l'appelez pas Système 8, car le préfixe "système" rappelle trop les déboires du système 7...), Apple lance une nouvelle gamme d'ordinateurs, les G3, en novembre 97, des ordinateurs utilisant un nouveau processeur de Motorola, le PowerPC 750, ou "Arthur". Les capacités de ce processeur, multipliées par un nouveau bus à 60 Mhz au lieu des 40 habituels rendent cet ordinateur aussi rapides que ces prédécesseurs, qui affichaient pourtant des fréquences beaucoup plus élevées (le G3/266 va plus vite que le 9600/350...), pour un prix bien plus bas (15.000 francs pour un G3 au lieu des 30.000 du 9600...).

 

Le début du grand ménage...

Apple commence enfin à présenter une gamme logique, avec la sortie des PowerBooks Serie G3. Jusqu'à 300 Mhz et écran 14,1 pouces, soit un bon 15 pouces de bureau !

On apprend peu après que Rhapsody change de nom, pour devenir MacOS X (prononcez MacOS 10), qui sera supporté par tous les G3 et les futurs G4. Au menu : presque tous les avantages de Rhapsody, sauf peut-être la version Intel. Mais rien d'officiel à ce sujet. Ce système est enfin l'occasion pour Apple de faire le ménage dans les API (interfaces de programmation), pour mettre à jour les gestionnaires antédiluviens, et unifier les ressources.
Comme Rhapsody, il proposera la mémoire protégée et dynamique, pour éviter les crashs, le support de Java, des applications MacOS actuelles, des applications Carbon (c'est à dire mises à jour pour MacOS X).

Une version spéciale, encore plus proche de Rhapsody, appelée MacOS X Server sera utilisé pour les serveurs.

Et c'est en mai 1998 qu'Apple présente cet ordinateur révolutionnaire, au design incomparable et à un prix enfin accessible, fruit du travail des équipes de Jonathan Ive : le iMac. Cette petite boite bleu translucide, de la taille d'un écran 15 pouce standard, intègre un lecteur de CD 24x, un modem 56000 (au lieu du 33.6 initialement prévu), et surtout deux ports USB, faisant d'Apple le premier constructeur a miser véritablement sur ce nouveau mode de branchements. Dès sa première semaine de commercialisation, il dépasse les 150.000 unités. Comme le dira le gérant de CompUSA : "On a vendu autant de iMac en un week-end que d'ordinateurs en un mois". La presse internationale réserve un accueil très enthousiaste au iMac : il apparaît dans de nombreux journaux et revues, et fait parler de lui à la télévision et à la radio.

Petite anecdote amusante : lors de la sortie des Performas, Apple France avait lancé une campagne de pub avec en vedette un utilisateur de PC, qui disait qu'il n'achèterait jamais de Mac.
On lui présente alors le 8100/110 "le plus puissant micro du monde". Réponse : "Peut-être, mais je veux du multimédia". On lui présente donc le 5200 "le micro le plus multimédia". Réponse : "Peut-être, mais j'ai besoin de la compatibilité avec Windows". Pas de problème, voici le 6100 DOS compatible "le plus compatible au monde". Il rétorque alors "Mais le prix aussi est important". Alors on lui donne les prix, pas si chers que ça, en fait. A court d'argument, il lance alors "Mais existe-t-il aussi en bleu ?"
Ce qui à l'époque paraissait ridicule et bien marrant vient enfin d'avoir lieu !

Après la sortie fracassante du iMac fin août 1998, Apple doit faire face à un léger retard pour son nouveau système : MacOS 8.5, présenté comme la mise à jour la plus importante du système depuis le 7.0 ! Effectivement : avec l'arrêt du soutien des Macs à base de processeur 680x0, le système gagne en vitesse grâce au nouveau code optimisé PowerPC. Sherlock fait également une arrivée remarquée : c'est un moteur de recherche qui sait rechercher des fichiers, comme l'outil de recherche du Finder le faisait depuis 15 ans, mais aussi du texte dans les fichiers, et sur Internet, en interrogeant simultanément tous les moteurs de recherche ! Steve Jobs vient lui-même le présenter à AppleExpo 98 : c'est son premier voyage officiel en France depuis plus de 10 ans. Peu après Apple Expo, Apple finalise la nouvelle gamme de G3, avec des fréquences allant de 266 à 333 Mhz. Pendant ce temps, Microsoft présente, avec plus d'un an de retard, son système Windows 98.

 

Le grand retour d'Apple

Dès janvier 1999, le syndrome iMac touche toute la gamme d'Apple : la nouvelle carte-mère Yosemite (du nom du Parc National américain) et le nouveau design El Capitan (l'une des montagnes de ce Parc) font leur apparition sur des PowerMacs embarquant un processeur PowerPC G3 de 300 à 400 Mhz, un lecteur DVD et Zip sur certaines configurations, en même temps que d'autres annonces fracassantes lors de la MacWorld Expo : les nouvelles couleurs du iMac (mandarine, myrtille, raisin, citron vert, fraise), les annonces de jeux (Tomb Raider 3, Myth 2, Age of Empires...) et MacOS X Server, pendant qu'Apple se permet un clin d'oeil au film "2001 l'Odyssée de l'Espace", où HAL fait remarquer que seuls les Macs ont passé l'an 2000... La gamme des G3 est mise à jour peu après, en juin, avec 3 fréquences de 350 à 450 Mhz.

La MacWorld Expo de New-York, en juillet, est l'occasion d'une nouvelle annonce : le portable grand-public, le iBook, est enfin dévoilé ! Arborant un nouveau design (dans le style iMac, en blanc et deux couleurs au choix : bleu et orange), il embarque un G3/300 et un disque dur de 3.2 Go, ainsi qu'un lecteur de CD-Rom 24x (hélas pas de DVD...). Le design est très vite l'objet d'une polémique, suite à un article de John Dvorak, un journaliste américain (habitué des revues PC). Ce dernier critique le design du iBook, le comparant à une boite de maquillage ou à un ustensile pour Barbie. Les réactions sur le Net n'ont pas tardé, Dvorak se faisant traiter de machiste, et recevant de nombreux messages des fans d'Apple. Le plus amusant dans l'affaire, c'est que Dvorak avait déjà, en 1984, critiqué le premier Macintosh, et soutenu IBM en présentant le PC comme "un ordinateur d'homme, créé par des hommes pour des hommes"...
En même temps que le iBook, Apple dévoile l'AirPort, un nouveau mode de connexion : il est constitué d'un boîtier qui se connecte à un réseau local où à une prise téléphone, et de cartes qui s'insèrent dans les iBooks et qui permettent à ces derniers de communiquer avec la base. Les iBooks peuvent ainsi partager à 10 une ligne internet ou une connexion à un réseau local. La portée est de 45 mètres, à travers les murs (grâce au système d'émission d'ondes radio et non pas d'infrarouges).
Enfin, toujours à la MacWorld Expo, Apple présente QuickTime TV : basé sur QuickTime 4 et plus de 900 serveurs répartis dans le monde, QuickTime TV permet aux internautes de recevoir sur Internet des émissions de télévision, en assez bonne qualité. Ainsi, la BBC, ABC News, Disney ou encore Fox Sport pourront être regardée avec QuickTime, en temps réel.

L'action d'Apple poursuit sur sa lancée et dépasse les 60 dollars, un prix qu'elle n'avait plus jamais atteint depuis 1993, à l'époque du Système 7.1 et des lecteurs de CD double vitesse ! Preuve de la confiance d'Apple en son avenir, elle a même racheté pour 500 millions de dollars de ses propres actions !

En Août, lors de sa conférence au Seybold 99, Steve Jobs annonce le lancement des PowerMacs G4, équipés du Velocity Engine (appelé AltiVec chez Motorola). Les machines reprennent le même boîtier que les PowerMacs G3 (design El Capitan), mais en noir et blanc ! Les performances du nouveau processeur sont époustouflantes : en se basant sur les grilles de performances d'Intel, Apple annonce que son G4/500 est 3 fois plus rapide que le processeur le plus rapide d'Intel : le Pentium III /600 ! Les G4 sont tellement rapides que le gouvernement américain en interdit la vente aux pays "ennemis" (l'Iran, entre autres...).
En même temps, Apple lance l'écran Apple Cinema Display, un écran plat en 16/9, offrant une diagonale réelle de 22 pouces. Cet écran se destine principalement aux professionnels de la vidéo et du graphisme. Malgré son prix (30.000 francs), sa qualité et son design en font le complément idéal du G4/450, avec lequel il sera vendu sur l'AppleStore.
L'action d'Apple continue sur sa lancée, et dépasse les 77 dollars début septembre ! C'est son plus haut niveau de toute l'histoire d'Apple.

Malgré des rumeurs qui laissaient présager quelques annonces, le grand salon informatique AppleExpo 99 à Paris n'accueille Steve Jobs que pour un "remake" de ses conférences de Juillet et d'Août. L'annonce tant attendue ne tardera pas, et c'est début octobre qu'Apple annonce les nouveaux iMacs, équipés dès leur sortie de MacOS 9 et de son moteur de recherche Sherlock 2. Après le succès phénoménal de son grand frère (2 millions de iMacs vendus en 1 ans !), cette nouvelle version offre le DVD, 10 Go de disque dur et les deux ports FireWire tant attendus par les clients. En fait, trois iMacs sortent en même temps : la version d'entrée de gamme (sans FireWire, à 350 Mhz), une gamme "iMac DV" avec les ports FireWire et 64 Mo de Ram, et une version spéciale, le "iMac DV Special Edition", avec 128 Mo de Ram et un processeur G3 à 400 Mhz. Cette dernière version est disponible uniquement en gris graphite, l'entrée de gamme uniquement en bleu, et les versions DV en 5 couleurs. Sur tous les modèles, le lecteur de CD-Rom à tiroir est remplacé par un "avale-CD", sans tiroir. Prix des machines : 999$, 1299$ et 1499$.
Pour l'occasion, une nouvelle campagne de publicités, axées sur la capacité du iMac à créer des vidéos (avec le logiciel iMovie), est diffusée aux Etats-Unis, puis plus tard en France. En même temps, une campagne publicitaire pour le iBook, basée sur l'aspect "sensuel" que certains trouvent à l'iBook et des chansons de Barry White est diffusée à la télévision.

Un événement tragique, le tremblement de terre à Taiwan, va mettre à mal la stratégie de distribution d'Apple. La production de iBook et de iMac est ralentie, les stocks s'épuisent, et seules quelques commandes peuvent être honorées. Un gros problème de production chez Motorola va en plus obliger Apple a revoir à la baisse les fréquences des G4, qui passent à 350, 400 et 450 Mhz. La version à 500 Mhz était effectivement atteinte d'un bug de la mémoire cache. Les clients qui avaient commandé un G4/500 se retrouve donc avec la version 450, pour le même prix... Comme si de rien était, l'action Apple continue son ascension pour dépasser les 100 dollars en décembre !

Après ces événements, on apprend qu'Apple a décidé de ne pas participer à l'AppleExpo 2000 de Londres, pour focaliser ses efforts sur celle de Paris. Il est vrai que celle-ci, qui a lieu en septembre, est l'occasion pour Apple de lancer en Europe ses produits présentés à la MacWorld Expo de juillet aux Etats-Unis.

Le mois de janvier 2000 est marqué par une annonce qui surprend tous les utilisateurs : MacOS X offrira une interface totalement repensée. On attendait une interface platine remaniée, et Steve Jobs présente la nouvelle interface Aqua, qui renouvelle à la fois l'interface elle-même mais aussi de nombreux principes de l'utilisation d'un ordinateur. Comme promis, MacOS X reste compatible avec les applications pour MacOS 8 et 9.
L'annonce de MacOS X est suivie par celle du nouveau site Web d'Apple. Celui-ci offre aux utilisateurs (américains dans un premier temps) de MacOS 9 de nombreux services : adresse e-mail (avec possibilité de "répondeur"), stockage de données sur Internet, création de site web, iCards… Le site reste aussi un outil d'informations sur l'entreprise et ses partenaires.
L'autre grande annonce est la décision de Steve Jobs de devenir PDG d'Apple, perdant ainsi son qualificatif légendaire d' "intérimaire". Pour le fun, il conserve néanmoins le titre de iCEO... Il faut dire que le conseil d'administration d'Apple avait avancé des arguments particulièrement alléchants : entre autres, Steve Jobs peut enfin abandonner son hélicoptère pour lui préférer un jet privé, d'une valeur de 40 millions de dollars, payé comme il se doit par Apple... Et aussi un petit bonus : 10 millions d'actions Apple, soit plus d'un milliard de dollars de stock-options. Selon certains, il le mérite bien, selon d'autres, il ne le doit qu'à la présence, dans le conseil d'administration, de plusieurs de ses amis proches...
En revanche, rien au sujet du nouveau portable haut de gamme. On l'attendait impatiemment, mais Apple n'a rien annoncé. Selon les rumeurs, Apple aurait déjà un portable prêt à être lancé, mais ATI n'aurait pas fourni assez de cartes graphiques... Autre version : Apple aurait repoussé la sortie de son portable pour éviter de devoir faire face à un trop grand nombre de commandes avant d'avoir pu constituer un stock suffisant.

Heureusement pour les acheteurs potentiels, le nouveau PowerBook arrive peu après, à la MacWorld Expo de Tokyo. La grande rencontre du Mac au Japon, en février, est l'occasion de remettre à jour les gammes G4, iBook et PowerBook. Ainsi, le PowerBook atteint 500 Mhz, toujours équipé d'un G3, et sans nouveautés du côté du design. Les 3 nouvelles gammes s'ouvrent à l'AirPort, la solution de communication sans fil d'Apple. Un nouveau iBook Special Edition, de couleur grise, atteint les 366 Mhz, et voit son prix s'envoler pour atteindre près de 15.000 francs ! Un disque dur légèrement plus grand et quelques mégahertz de plus ne justifient certainement pas un écart de prix de près de 2000 francs ! Les G4 voient enfin leurs fréquences atteindre les 500 Mhz, comme au moment de leur lancement. Néanmoins, des rumeurs très pressantes au sujet de Motorola apparaissent ici et là : Motorola empêcherait IBM de fournir à Apple ses processeurs G4 à 650 Mhz, car il serait lui-même incapable d'atteindre de telles fréquences... Pour empêcher IBM de diffuser ses G4, Motorola lui refuserait la licence sur la technologie Velocity Engine. Apple chercherait donc à fabriquer elle-même ses processeurs ou à racheter un autre fondeur pour se libérer de Motorola... De son côté, le nouvel iMac (peut-être équipé d'un écran 17 pouces) est toujours bien gardé au secret...

Apple annonce en avril les résultats du trimestre : ils sont très largement supérieurs aux prévisions des analystes. L'action d'Apple, entraînée par l'écroulement du Nasdaq, retombe aux alentours de 120 dollars, après avoir dépassé les 140 dollars quelques semaines auparavant ! Si la bourse permet de voir la confiance du marché dans une entreprise, Apple s'en sort bien, son action étant l'une de celles qui ont moins baissé que le Nasdaq (indice des valeurs technologiques de la bourse de New-York). Devant son succès, Apple prévoit même de porter le nombre de ses actions de 400 à 900 millions, tout d'abord en divisant leur prix par deux afin de multiplier leur nombre par autant, puis en émettant de nouvelles actions pour financer ses opérations. De son côté, l'action Microsoft perd près de la moitié de sa valeur, réduisant la fortune de Bill Gates de 100 à 53 milliards de dollars...

En mai 2000, la grande rencontre des développeurs Apple (WWDC 2000) est l'occasion de plusieurs surprises, bonnes ou mauvaises. Tout d'abord, on a droit aux traditionnelles entrées en matière (ventes, bénéfice...) : parmi les chiffres intéressants, on apprend qu'Apple a vendu 3 millions et demi d'iMacs en 20 mois, et que QuickTime 4 a été téléchargé plus de 50 millions de fois, pendant que le site Apple devient le portail de bandes-annonces de films le plus visité ! Autre nombre impressionnant : le site apple.com accueille plus de 10 millions de visiteurs chaque semaine ! Ensuite, Steve Jobs présente les WebObjetcs, ces outils de développement de serveur webs, qui passent de 50.000 à 699 dollars. Apple annonce aussi la possibilité de télécharger gratuitement son logiciel de montage vidéo grand public, iMovie. La meilleure surprise est la nouvelle version de MacOS X, avec un design amélioré et plus agréable. La mauvaise nouvelle vient du côté des jeux : alors que depuis quelques années Apple tentait de faire revenir les développeurs vers le Mac en leur fournissant des sprockets facilitant le développement, Apple a finalement décidé de ne plus les développer sous MacOS X : il seront remplacés par un nouvel ensemble d'outils, obligeant les développeurs à adapter leurs applications... Autre mauvaise nouvelle : MacOS X est repoussé de 6 mois : la version qui sera lancée à l'été 2000 ne sera qu'une dernière version d'essai, au lieu de la version finale annoncée... Apple tente bien de maquiller ce retard sous un simple changement de nom de version, le résultat est le même !

QuickTime fait reparler de lui le 13 juin, avec l'accord entre Apple et RealNetwork, concurrents dans le domaine de la vidéo en temps réel sur Internet. L'accord vise à permettre aux concepteurs de site de disposer des deux technologies sur un seul serveur, alors que jusqu'à présent ils étaient obligés de disposer d'un serveur par technologie. Ainsi, Apple et RealNetwork répondent aux souhaits des webmasters d'éviter au maximum les doublons au niveau de l'infrastructure des sites.

Pour Apple, juillet est le mois de la MacWorld Expo de New-York. Chaque année, à cette époque, les sites consacrés à Apple tentent de deviner ce qu'Apple s'apprête à annoncer, souvent sans succès. Toutefois, cette année, une rumeur insistance voulait qu'un nouveau G4, en forme de cube, soit présenté, ainsi qu'une nouvelle gamme de G4 équipés de 2 processeurs, sans oublier les nouveaux iMacs, avec leur écran 17 pouces tant attendu. De plus, le PDG d'ATI, ne sachant pas tenir sa langue, avait révélé que Steve Jobs allait dévoiler un nouveau iMac et deux nouveaux PowerMacs...

Les nouveaux produits ne décoivent pas les spectateurs... Les rumeurs étaient - en partie - fondées : c'est bien un nouveau G4, à peine haut de 30 cm, qui est présenté. La machine, entièrement cubique, est perchée sur un socle en plastique transparent d'une dizaine de centimètres de haut. Comparée au G4 Tour, le G4 Cube parait vraiment minuscule, alors même que le G4 était déjà lui-même plus compact que les tours précédentes de chez Apple. On retrouve dans la machine un G4 à 450 ou 500 Mhz, le lecteur de DVD, un port USB, un port FireWire, un modem et une carte réseau, ainsi que le traditionnel AirPort. La machine est fournie avec une carte ATI Rage 128 Pro, 64 Mo de Ram et un disque dur de 20 Go. Comme le fait remarquer Steve Jobs, c'est "un super-ordinateur qui occupe moins de place qu'une simple feuille de papier"... Tant que vous y êtes, passez voir cette page comparant le Cube d'Apple et le Cube de Next, créé 12 ans plus tôt, par le même Steve Jobs...
A côté de ce "Cube", Apple présente comme prévu un PowerMac G4 équipé de 2 processeurs. Même si la technique n'est pas nouvelle (le PowerMac 8500 avait eu une version bi-processeur), c'est la première fois qu'un fabricant d'ordinateur fournit en standard une machine équipée de 2 processeurs. Là où le Cube est capable d'effectuer 3.5 milliards d'opérations par secondes, le nouveau G4 peut atteindre les 7 milliards d'opérations ! En comparaison, le Pentium III à 1 Ghz n'a pas encore atteint le milliard d'instructions par seconde ! Toutefois, les logiciels doivent être optimisés pour tirer pleinement partie des deux processeurs. On raconte qu'une grande société d'effets spéciaux destinés au cinéma a décidé de se débarrasser de tous ses PC, après avoir comparé les prototypes de G4 aux Pentium 3 qu'elle utilisait...

Les annonces ne s'arrêtent pas là : pendant 9 mois, les ingénieurs et designers d'Apple ont pu préparer quelques surprises. Tout d'abord, de nouveaux iMacs, cadencés de 350 à 500 Mhz, remplacent l'ensemble de la gamme précédente. Une nouvelle déclinaison fait son apparition : l'iMac DV+, qui vient se loger entre le DV et le DV SE. Malheureusement, seules les couleurs et la carte graphique (une ATI Rage 128 Pro) différencient ces nouveaux modèles des anciens. L'écran reste un 15 pouces... En revanche, Apple s'est enfin décidée à abandonner ses anciens claviers et souris : une nouvelle souris, de forme ovale, remplace sur tous les modèles l'ancienne souris ronde, qui avait fait couleur beaucoup d'encre. La souris ne se contente pas de reprendre une forme habituelle : elle abandonne la boule, remplacée par un système optique plus précis et n'ayant pas besoin d'être nettoyé. Là aussi, il s'agit d'une première mondiale, aucune gamme de PC n'étant fourni d'origine avec ce type de souris. En revanche, la souris reste reliée à l'unité centrale par un câble, alors que l'on s'attendait à une souris sans fil. Apple ne s'arrête pas là et décide même de supprimer le bouton de la souris ! En fait, c'est tout le corps de la souris qui est sensible à la pression. La souris est accompagnée d'un nouveau clavier, équipé de 108 touches : on retrouve enfin les touches de déplacement séparées et les touches spéciales entre les lettres et le pavé numérique. Dès septembre, claviers et souris seront disponibles au prix de 59 dollars chaque, pour remplacer les anciens modèles. Il n'y a pas de petit profit...

Enfin, la MacWorld est l'occasion de présenter quelques nouveaux écrans : un nouveau 15 pouces plat, qui reprend la forme de l'Apple Cinema Display, ainsi qu'un nouvel écran cathodique de 17 pouces de diagonale. Les 3 écrans permettent d'utiliser un tout nouveau câble, qui combine le signal vidéo, le câble USB et l'électricité. Ainsi, on économise le nombre de câbles ! En revanche, seuls les 3 écrans d'Apple sont utilisables sur ces nouvelles machines, en attendant les adaptateurs... De son côté, MacOS X reste prévu pour Septembre en version Beta, et pour début 2001 en version publique.

Le 2 août, Apple annonce une série de procès, dirigés à la fois contre des auteurs de sites ayant diffusé les annonces avant la MacWorld Expo mais aussi et surtout contre les personnes ayant diffusé des photos et des détails à propos de la nouvelle souris et du G4 bi-processeur. En tout, 25 personnes sont poursuivies par Apple pour avoir divulgué des secrets professionnels avant leur annonce officielle et avoir provoqué des dommages financiers.
Ce n'est d'ailleurs pas la première annonce de procès ces derniers temps chez Apple : plusieurs programmeurs d'interfaces pour MacOS et Windows avaient été poursuivis pour avoir imité l'interface de MacOS X dans leurs produits.

Au milieu de l'été, alors que la folie MacWorld est retombée et que le Seybold (qui avait accueilli la sortie des G4) semble encore loin, Apple annonce un nouvel accord avec LucasFilm. Après le succès sans précédent de la mise en ligne de la bande-annonce de "StarWars: Episode 1", qui avait été téléchargée à 35 millions d'exemplaires, les deux sociétés ont décidé le 10 août de s'unir à nouveau pour diffuser les bandes-annonces et documentaires de "StarWars: Episode 2". Pour Apple, il s'agit une nouvelle fois de prouver la supériorité de QuickTime, son mode de diffusion de vidéos : la bande-annonce sera disponible uniquement au format QuickTime, et seulement sur les sites de LucasFilm et d'Apple ! Pour George Lucas, cet accord permet à LucasFilm de diffuser les bandes-annonces dans le meilleur format disponible, et quand on connaît le perfectionnisme de Lucas, on peut penser que les développeurs de QuickTime sont fiers de cet accord !

Cinq jours plus tard, c'est au tour du Conseil d'Administration d'être "mis à jour", avec l'arrivée d'Arthur Levinson, PDG de Genentech : c'est un scientifique, dont l'entreprise est leader sur les marchés de la biotechnologie. Il rejoint Steve Jobs, Bill Campbell (PDG d'Intuit), Larry Ellison (PDG d'Oracle), Jerry York (ancien directeur d'IBM), Millard Drexler (PDG de Gap) et Gareth Chang (ancien PDG de StarTV).

En septembre 2000, sous la grisaille du ciel parisien, Steve Jobs est accueilli au Palais des Congrès pour la conférence d'ouverture d'Apple Expo 2000. Cette année, l'Apple Expo n'est plus seulement le plus grand salon informatique européen, c'est aussi une des rendez-vous majeurs pour les annonces d'Apple, à l'image des MacWorld Expo de New-York ou de Tokyo. Devant plusieurs milliers de personnes entassées dans le grand amphithéâtre du Palais des Congrès, Steve Jobs reprend la présentation des produits annoncés en juillet à New-York : le Cube, iMovie 2, les nouveaux iMacs... Il s'excuse également de l'état de la moquette du stand Apple, noyée la veille par le déclenchement des systèmes anti-incendie ! Peut-être est-ce un coup des Anglais, mécontents de l'absence d'Apple à l'Apple Expo de Londres ? Steve Jobs réserve également une surprise au public parisien : trois nouveaux iBooks, disponibles en Indigo, Key Lime et Graphite. Avec des fréquences de 366 et 466 Mhz, un port FireWire, un lecteur de DVD pour les versions haut-de-gamme et une prise pour brancher un écran externe ou un vidéo-projecteur, les iBooks deviennent de vrais portables complets, n'ayant plus grand-chose à envier à leurs grands frères PowerBooks. A ce sujet et malgré des rumeurs persistantes, aucun nouveau portable haut-de-gamme n'est annoncé. Le public français, à deux reprises, siffle Steve Jobs, annonçant que l'iBook Key Lime n'est disponible que sur l'Apple Store... Il est vrai que la France dispose d'un réseau de revendeurs auxquels l'AppleStore fait une concurrence féroce... Steve Jobs profite également de la Keynote pour présenter la nouvelle carte graphique d'ATI, la Radeon, qui peut équiper en option les G4. Une véritable fusée, capable de concurrencer - enfin ! - les Voodoo5 et autres GeForce2... Apple Expo est également l'occasion de lancer la version Public Beta de MacOS X, le tout nouveau système d'exploitation d'Apple. Dès la fin de la conférence d'ouverture, transportés par bus au Parc des Expositions, les visiteurs prennent d'assaut le stand MacOS X, patientant jusqu'à 1h30 pour acheter le CD tant attendu. La version Beta se révèle très stable, complète et à part quelques défauts de traduction, rien ne vient gâcher le plaisir procuré par la nouvelle interface et les fondations révolutionnaires.

Le lendemain de la fermeture d'Apple Expo, Apple annonce une révolution sur son magasin en ligne, l'Apple Store. L'Europe et particulièrement la France n'étant pas très attachées à l'Apple Store, on comprend que Steve Jobs ait préféré attendre avant d'annoncer la mise en place d'un système permettant de faire ses courses en un seul clic. Cette technologie, appelée 1-Click, permet d'entrer une fois pour toutes tous les renseignements nécessaires dans un compte personnel, qu'il suffit de réactiver à chaque nouvel achat. On évite ainsi de retaper des dizaines de fois les mêmes renseignements. 1-Click est une technologie de Amazon.com, le site leader de la vente en ligne, utilisé sous licence par Apple.

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