L'Aventure Apple



Logiciels : QuickTime



Avec le Macintosh, Apple avait mis en place des formats standards pour gérer les échanges entre les applications : les textes, bruts ou enrichis avec des styles, étaient enregistrés en format TEXT, tandis que les images de toutes sortes étaient gérées avec le format PICT. Ainsi, un texte copié dans une application peut facilement être collé dans une autre, toutes les applications étant capable de comprendre les formats des données échangées. Il en allait autrement des animations et du son : par exemple, un jeu développé pour Macintosh Plus, avec des images animées et des sons, se trouvait complètement désynchronisé sur une autre machine. Cela s'explique tout simplement par le fait que le son est toujours lu de la même façon, alors que les images sont traitées plus rapidement sur une machine plus rapide.

QuickTime n'est pas vraiment un logiciel : c'est une technologie au service de toutes les applications. Un outil est particulièrement destiné à utiliser cette technologie : il s'agit de Lecture QuickTime, dont la seule tâche est de lire des fichiers au format "MooV", le format de QuickTime. Avec QuickTime, Apple apporte enfin aux données dynamiques la simplicité d'utilisation propre au Macintosh : il va enfin être possible de faire des copier-coller entre deux fichiers vidéos. En plus, les fichiers QuickTime s'exécutent exactement de la même façon, quelle que soit la machine utilisée. Mais QuickTime va plus loin : en offrant un système unique de gestion des données dynamiques, il permet d'uniformiser leur utilisation dans les applications : plutôt que de développer leur propre système, les programmeurs n'ont qu'à utiliser QuickTime ; ainsi, les utilisateurs se trouveront toujours face aux mêmes modalités d'utilisation. Avec QuickTime, Apple ajoute également dans la ToolBox (la boite à outils du Mac) des services de compression et de décompression des images et des vidéos. Là aussi, il suffit aux programmeurs d'utiliser ces services pour unifier l'échange d'informations.

QuickTime sera vite considéré comme un standard dans le monde informatique. La version Windows arrive en 1993, en version 1.1, tandis que la version Mac atteint le numéro 1.6. A l'époque, pour qu'une vidéo QuickTime créée sur Mac puisse être lue sur un PC, il fallait le demander ! Une case "Playable on non-Apple computers" permettait d'effectuer les transformations nécessaires à la lecture sous Windows.



La version 2.0 de QuickTime arrive en 1994, avec le Système 7.5. L'application est enfin capable de lire des vidéos en plein écran (si la puissance de l'ordinateur le permet !), de façon encore plus fluide qu'avant. De plus, un système de lecture des fichiers MIDI, créé avec Roland, l'expert en la matière, fait son apparition. Le fichier "instruments QuickTime", fourni sur le CD, permet d'ajouter 42 échantillons d'instruments de musique, pouvant être intégrés à une vidéo. La norme MPEG, très professionnelle, est également intégrée dans cette nouvelle version.

QuickTime VR arrive en 1996 : cette technologie révolutionnaire permet de créer deux sortes de fichiers : les VR "Panoramas" et les VR "objets". Les premiers permettent, à partir de photographies prises depuis un point fixe, de créer l'illusion de la réalité : l'utilisateur a l'impression de tourner sur lui-même en regardant le paysage. Les VR "objets" sont l'inverse : l'utilisateur peut tourner autour d'un objet, pour en voir tous les côtés.



La version 3.0 de QuickTime arrive en 98 avec une série de nouvelles possibilités : les enchaînement (plus de 130 effets), les effets spéciaux (barre de feu, nuages, ondulation de l'eau...), et la gestion des sprites. La technologie s'adapte à Internet, avec un tableau de bord qui vous demande le type de liaison que vous utilisez, afin de choisir automatiquement sur les sites les versions des fichiers vidéos les plus adaptés. La version 3.0 permet enfin de lire des vidéos sur Internet sans avoir tout téléchargé : dès qu'une partie est téléchargée, on peut la lire. QuickTime 3 offre en plus de nombreux formats de compression, tels Cinepak, permettant de réduire la taille des fichiers en conservant une qualité d'images correcte. En revanche, il n'est pas encore question de Streaming, cette technologie permettant de délivrer les vidéos en temps réel, à la manière de la télévision.

Le Streaming apparaît avec la version 4.0 de Quicktime, en 1999. Il devient alors possible de regarder des concerts ou des conférences en direct, et de diffuser, à la manière des Webcams, des événements live. L'utilisateur n'a qu'à se connecter, avec son navigateur Internet ou avec l'application Lecture QuickTime, sur le site qui diffuse l'événement. Plusieurs chaînes QuickTime font leur apparition : il suffit de cliquer sur leur nom, dans l'application QuickTime, pour que leur menu s'affiche : visualisation de reportages, écoute de radio en direct... Le design de l'application Lecture QuickTime, tout en aluminium, ne plaît pas à tout le monde...



En un an et demi, ce sont pas moins de 100 millions de copies de QuickTime 4 qui sont téléchargées sur le site d'Apple ! Fort de ce succès, Phil Schiller (Vice-président d'Apple) annonce la sortie de la version Beta Public de QuickTime 5, le 10 octobre 2000, lors de la QuickTime Live! Conference, à laquelle participent plus de 3000 développeurs. Au menu de cette nouvelle version : une nouvelle interface, déjà utilisée dans la version MacOS X de QuickTime, de nouveaux formats de fichiers (Sorenson 3, Flash 4, VR cubique, Shoutcast...). Les défauts de jeunesse de l'interface du lecteur de QuickTime 4 sont corrigés (en particulier la molette de volume que certains trouvaient inutilisable). Les éléments QuickTime ont été améliorés afin d'accélérer leur utilisation dans iMovie et Final Cut Pro. Apple adopte également la mode des "skins" et offre la possibilité aux développeurs de modifier entièrement l'interface du lecteur QuickTime (à la façon des Audion ou WinAmp). Enfin, le nouveau Serveur QuickTime, version 3, améliore le transfert de données en streaming.



Le 23 avril, Apple lance pour de bon QuickTime 5. Au menu de la nouvelle version : une interface repensée, plus légère, quasiment la même que celle du lecteur QuickTime de MacOS X à l'exception des cases de fermeture et de redimentionnement qui conservent, sous MacOS 9, leur apparence classique. Flash 4, MPEG-1 et Cubic VR font leur apparition, ainsi qu'un nouveau codec pour le format DV des caméscopes numériques. La nouvelle version est téléchargée 1,5 millions de fois en moins d'une semaine.

La version 6 de QuickTime est annoncée le 12 février lors de la conférence QuickTime Live! à Los Angeles. Principal intérêt de cette nouvelle version : l'adoption du format MPEG-4 qui se présente comme le format du futur pour les vidéos en ligne et hors ligne. Ce format, en plus d'offrir un taux de compression impressionnant, permet d'inclure dans les fichiers des technologies multimédia et d'animation, ce que n'offrent aucun de ses concurrents comme le DivX. Le problème que rencontre Apple est que la MPEG-LA (l'association qui regroupe les créateurs du format) imposent le versement de royalties sur toute utilisation de leur format, alors qu'Apple ne souhaite payer que pour chaque version de QuickTime diffusée (à la manière des sommes qu'Apple reverse à Sorenson pour l'utilisation de son format de vidéos). Pour Apple, obliger les utilisateurs à payer pour toute utilisation du MPEG-4 serait un frein à son développement.
QuickTime 6 devient également capable de lire les formats AAC (Advanced Audio Coding) et CELP, les deux formats audio du MPEG-4.
Par la même occasion, Apple présente QuickTime Broadcaster, une solution qui permet de diffuser sur Internet, et en direct, des vidéos dans différents formats, dont le MPEG-4. Cet outil, qui pour les mêmes raisons que QuickTime 6, est bloqué par la résistance de la MPEG-LA, permettra dès sa disponibilité gratuite, d'encoder en direct des vidéos pour les diffuser en streaming ou à la demande.

Le 4 juin 2002, en même temps que l'arrivée de l'eMac dans la grande distribution, Apple décide de diffuser une version "Public Preview" de QuickTime 6, intégrant presque toutes les technologies de la version finale, toujours prévue pour l'été. Les utilisateurs peuvent donc faire la connaissance du format MPEG-4, et apprécier la qualité des images qu'il offre, même en direct sur Internet. Et évidemment, l'AAC (format audio du MPEG-4) est présent lui-aussi, et promet une qualité supérieure à celle du MP3 et (devinez quoi) du WMA de Microsoft. QuickTime Broadcaster, le logiciel de diffusion en direct de vidéo, est lui aussi proposé en téléchargement. Il faudra attendre le 15 juillet pour que la version définitive soit disponible. En 100 jours, près de 25 millions de copies sont téléchargées chez Apple ! La conférence d'ouverture de la MacWorld Expo du 22 juillet est le premier test de diffusion à grande échelle de MPEG-4, dont Apple sort la tête haute, avec 50.000 spectateurs sur internet, dont une moitié prise en charge par 4 serveurs Xserve...

La version 6.3, présentée le 3 juin 2003, donne accès à un nouveau format, le 3GPP, utilisé pour diffuser de la vidéo sur les téléphones portables et les assistants personnels. DoCoMo, la société qui avait lancé au Japon l'i-mode, a décidé d'utiliser ce format pour le transfert de ses données multimédia. Le 3GPP est basé sur le MPEG-4 pour la vidéo et l'AAC pour l'audio. La version 6.5 de QuickTime, annoncée le 18 décembre de la même année, offre un support amélioré du 3GPP et le 3GPP2.


Le 10 juin 2004, après moins de deux ans d'existence, ce sont 250 millions de copies de QuickTime qui ont été téléchargées sur le site d'Apple. Deux semaines plus tard, Apple annonce que le "DVD Forum", chargé des spécifications techniques des DVD, a adopté le format H.264 pour les galettes et les lecteurs de la prochaine génération. Derrière ce nouveau format, on trouve le MPEG-4 et le lecteur QuickTime qui sera le premier à en bénéficier. Steve Jobs en fera d'ailleurs la démonstration quelques jours plus tard lors de la WWDC 2004, présentant côte à côte deux vidéos, l'une en MPEG-4 actuel, l'autre en H.264, pesant le même poids, mais la seconde offrant une image près de quatre fois plus précise que la première !

Le 29 mai 2005, les premiers utilisateurs du nouveau MacOS X 10.4 "Tiger" découvrent QuickTime 7, qui revoit légèrement l'interface, offre quelques raffinements comme le redimensionnement en direct et le son "surround", mais surtout embarque le nouveau codec H.264, élément du MPEG-4 haute définition. Dans les coulisses, ce sont Core Graphics et Core Audio qui assurent la technique, le second remplaçant le vieillissant Sound Manager. Quelques jours plus tard, une version "preview" est mise à disposition des utilisateurs de Windows, puis une deuxième pré-version en juillet, et une troisième en août. Depuis son lancement, ce sont plus d'un milliards de copies de QuickTime qui ont été distribuées par Apple. Le logiciel poursuit son petit bonhomme de chemin. Les mises à jour mineures se succèdent, telles la 7.0.3 qui comble quelques failles de sécurité permettant notamment de faire planter l'ordinateur grâce à une vidéo "piégée".


Le mois de janvier 2006 est marqué par l'arrêt du support par Microsoft de sa technologie Windows Media Player sur Mac. Pour remplacer ce concurrent de QuickTime, Microsoft passe un accord avec TeleStream afin de diffuser gratuitement son lecteur Flip4Mac. Pendant ce temps, Apple travaille pour adapter QuickTime et iTunes à Vista, le futur Windows. Le début de l'année est également marqué par les succès du format H.264, intégré à QuickTime 7, qui convainc de nombreux acteurs du domaine de la vidéo, y compris les deux grands concurrents HD-DVD et Blu-Ray ! Le reste de l'année 2006 voit apparaître plusieurs mises à jour axées pour la plupart sur la sécurité.

L'année 2007 commence par une nouvelle récompense pour Apple : un nouvel Emmy Award reçu à Las Vegas, cependant partagé avec... Microsoft, Real et Adobe. Au moins, il n'y a pas de jaloux ! Le 11 juillet, c'est QuickTime 7.2 qui apparaît, avec le support de Windows Vista.

L'année se termine avec la sortie de Mac OS X 10.5 Leopard, qui conserve la version 7.3 de QuickTime déjà utilisée avec Tiger. L'interface est légèrement revue pour mieux s'adapter aux nouveaux canons de Mac OS X, notamment avec l'abandon de l'aluminium brossé au profit d'un gris uni. La version 7.4 débarque en janvier 2008. Six mois plus tard, la version 7.5 pointe le bout de son nez, sans plus de nouveautés visibles.


Il faudra attendre la conférence inaugurale de la WWDC, le 8 juin 2009, pour découvrir « QuickTime X », fruit du travail en profondeur sur Mac OS X Snow Leopard. Comme ce dernier, QuickTime a bénéficié d'une refonte, afin de l'optimiser face aux nouvelles technologies, notamment le multicore, le 64-bits, le streaming en HTTP, et l'utilisation de la carte graphique comme réserve de puissance. S'appuyant sur Core Audio, Core Video et Core Animation, bases graphiques du système, le nouveau QuickTime X offre donc le support de l'accélération matérielle de la lecture et de l'encodage des vidéos. Apple annonce ainsi que sur une même machine, la nouvelle version pourra se révéler jusqu'à 2,8 fois plus rapide.

Côté interface, Apple innove en abandonnant les interfaces colorées et rondouillardes : seule la vidéo est affichée, sans cadre. Le mouvement de la souris fait apparaître les contrôles, par-dessus le film, à la manière des modes plein écran d'iPhoto ou iMovie.


Les premiers utilisateurs lors de la sortie de Snow Leopard le 28 août 2009, d'abord étonnés par l'interface minimaliste, s'aperçoivent de plus rapidement que la plupart des fonctions "avancées" de QuickTime 7 a disparu de la version X. Export réduit au strict minimum, copier-coller impossible, tout comme la gestion des pistes ou les réglages audio et vidéo... Pour calmer les esprits, Apple a prévu que QuickTime 7 puisse être installé en parallèle de QuickTime X. Gageons que ce-dernier sera lentement mais sûrement enrichi jusqu'à retrouver toutes les fonctions professionnelles de son auguste aîné.


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