L'Aventure Apple



Matériel : Serveurs



Deux catégories de serveurs ont longtemps cohabité : les "Workgroup Servers" destinés aux réseaux locaux (entreprises, écoles...) et les "Network Servers" utilisés pour Internet et le télétravail.

Apparus dès 1993 sur la base de Quadra modifiés (WorkGroup Server 60, 80 et 95), les Workgroup Servers furent rapidement basés sur les PowerMacintosh : on les repérait avec leur numéro, dont le troisième chiffre était "5" : par exemple, les WorkGroup Serveur 8550, 7250 étaient des déclinaisons des PowerMacs 8500 et 7200.
Ces serveurs fonctionnaient sous MacOS, avec des outils tels qu'AppleShare et OpenTransport. Ces machines pouvaient également faire office de serveurs Internet, à condition de ne pas dépasser quelques milliers de connections par heures. Si le serveur se révélait insuffisant pour traiter toutes les demandes, il suffisait de partager la tâche entre plusieurs serveurs !


Workgroup Server 9150, 8150, 7150 et 6150


Le deuxième type de serveur, dénommé "Network Server 500" ou "Network Server 700" selon les options, était beaucoup plus spécialisé. Il s'agissait de machines entièrement dédiées à leur tâche de serveur, et spécialement conçues pour cela. Par exemple, elles disposaient de 8 baies pouvant accueillir chacune un disque dur, pour un total de 360 Go de stockage ! Certaines versions étaient livrées avec un lecteur de bandes magnétiques pour stocker 12 Go de données par DAT. En utilisant les capacités de connexion au maximum, on pouvait brancher 85 périphériques externes ! Tous les emplacements étaient protégés par des serrures, les baies étaient remplaçables à chaud, sans éteindre la machine, et les deux ventilateurs se relayaient en cas de panne et pouvaient également être remplacés à chaud. De toute façon, un capteur de température placé sur la carte-mère était capable d'éteindre la machine en cas de panne des deux ventilateurs ! En option, il était même possible de disposer de deux alimentations en parallèle : si l'une des deux tombait en panne, l'autre prenait le relais et il suffisait de changer le bloc d'alimentation, sans éteindre la machine. Ces machines utilisaient le système d'exploitation AIX d'IBM et non pas MacOS. Ainsi, elles bénéficiaient de toutes les applications existant sur ce système (et par la même occasion, échappaient aux nombreux bugs du système 7.5).




Ces Network Servers furent commercialisés de février 1996 à avril 1997. Faute de succès, ils disparurent du catalogue. Les deux gammes furent alors fusionnées : les G3 puis les G4 furent déclinés en version Server. Si le matériel restait identique à la version grand-public, les machines disposaient de logiciels adaptés pour le partage de fichiers, Internet ou encore le service d'impression. Elles disposaient également de plus de mémoire vive et de disques durs étendus. Cependant, les PowerMacs G3 ou G4 en version Serveur offraient encore un choix en terme de logiciels : soit Mac OS 9 avec AppleShare (pour les réseaux locaux), soit MacOS X Server et Apache (pour les serveurs Web).



Le 14 mai 2002, Steve Jobs présente à la presse le Xserve, à l'occasion d'une de ces petites réunions au siège d'Apple qui tendent à devenir le lieu privilégié pour révéler les nouveaux produits de la pomme. Le Xserve vient combler un vide dans la gamme Apple : c'est un serveur, mais, contrairement aux G3 puis G4 Server qui jouaient ce rôle depuis quelques années, n'est pas une simple déclinaison d'un modèle grand-public. Au menu, donc, un nouveau format inédit pour un Macintosh, le "1U" (c'est-à-dire une taille de grosse boîte à pizza), qui permet d'empiler les Xserves dans des armoires standardisées qui accueillent déjà les serveurs de Sun, Hewlett-Packard ou IBM.

Apple, qui avoue entrer dans ce marché avec prudence, dispose pourtant d'avantages de taille, à commencer par le ou les processeurs G4 embarqués dans le serveur, offrant une puissance potentielle inégalée. Le choix des disques durs au format ATA/100 (au lieu du traditionnel Ultra3 SCSI) a laissé certains experts circonspects, mais Apple les présente comme plus véloces et moins coûteux. En revanche, les 2 Mo de cache L3 en DDR-SRam associés à chaque processeur, ainsi que l'adoption de la mémoire DDR-SDRam, en font le Mac le plus puissant jamais sorti des usines d'Apple. Ajoutez à cela quatre disques durs pouvant être remplacés sans éteindre la machine ni sortir de tournevis, deux ports Ethernet à 1 Gb/s, trois ports FireWire, et l'UNIX d'Apple qu'est MacOS X Server (fourni avec une licence pour un nombre d'utilisateurs illimité), et vous obtenez un petit serveur qui a tout d'un grand... sauf le prix. Les premiers exemplaires commencent à être distribués au mois de juillet, après plus de 4000 commandes. Les premiers tests de la machine montrent, comme à l'habitude, un bon niveau de performance en utilisation standard (serveur Web, serveur de fichiers), et une annihilation de la concurrence sur les applications optimisées pour le G4 (à l'image du système d'analyse d'ADN développé par Apple et Genentech).



Le 10 février 2003, le Xserve est accéléré et passe à 1,33 Ghz, toujours avec deux G4 et le FireWire 800 fait son apparition sur la machine. Dans le même temps, une nouvelle configuration simplifiée est présentée, pour les environnement de calcul partagé ou "cluster" : la machine n'embarque ni lecteur de CD, ni carte graphique.
Pour les accompagner, Apple présente enfin son Xserve RAID, solution de stockage qui peut atteindre les 2,5 To grâce à quatorze disques durs. Pour le connecter au Xserve, une carte réseau atteignant les 2 Gb/s grâce à la fibre optique. A la manière du Xserve, le Xserve RAID dispose d'alimentations et de ventilations redondantes, et d'affichage par DEL en façade de l'état de la configuration. Il est même possible d'inclure une batterie garantissant plus de 70 heures de fonctionnement en cas de coupure de courant.




Suite des aventures avec le passage très attendu au Xserve G5, le 6 janvier 2004 à l'occasion de la MacWorld Expo de San Francisco. Le design reste en grande partie inchangé, notamment la taille 1U, ce dont doutaient les observateurs qui faisaient remarquer qu'avec la chaleur dégagée par le processeur G5, ce serait une gageure pour Apple de conserver la taille réduite de ses serveurs. Le pari est réussi grâce à un nouveau système de ventilation, visible en façade sous la forme de deux grosses prises d'air qui occupent la largeur d'un disque dur. Résultat, il n'est plus possible d'insérer que trois disques durs dans la machine.


Côté performances, on retrouve la plupart des caractéristiques du PowerMac G5 : un ou deux processeurs G5 à 2 Ghz, les ports PCI-X à 133 Mhz, bus systèmes indépendants à 1 Ghz, mémoire DDR à 400 Mhz avec ECC (correction d'erreur) pouvant atteindre 8 Go... Le serveur est accompagné de la version dédicacée de MacOS X Server 10.3. Une version "Cluster Node", équivalente en terme de configuration au haut-de-gamme, mais équipée d'un seul disque dur et sans lecteur optique, permet pour un moindre prix de réaliser des "fermes de calcul".

Les premiers Xserve ne seront distribués aux clients qu'à la fin du mois de mars. Il faut dire que le succès du serveur Made in Cupertino ne se dément pas. Après la Virginia Tech et son "Big Mac", c'est l'université de Princeton qui s'équipe d'un cluster de 64 Xserve, celle Los Angeles d'un cluster de 256 XServe G5, tandis que la firme COLSA en a acheté 1566 pour son cluster "MACH5". A chaque fois, la raison en est la même : Apple offre le meilleur rapport puissance / prix / consommation électrique.

Le mois suivant, c'est Xsan qui débarque. Sous ce nom se cache un système qui gère le stockage des données d'un système : c'est un serveur qui gère la répartition et l'accès aux données par les autres serveurs et les utilisateurs, en toute transparence pour l'utilisateur. Ainsi, il n'y a plus ni place perdue, ni serveurs surchargés, et XSan est même capable de déléguer à un autre serveur les tâches d'une machine qui viendrait à tomber en panne...

Le 4 janvier 2005, Xserve monte en puissance, grâce à deux G5 à 2,3 Ghz. La puissance maximale monte ainsi à 35 Gflops, tandis que la capacité atteint 1,2 To au moyen de 3 disques durs de 400 Go. Dans le même temps, Apple commercialise enfin Xsan. Le 13 septembre de la même année, c'est Xserve RAID qui se muscle, grâce à de nouveaux disques durs de 500 Go offrant ainsi 7 To (7000 Go) de données au prix particulièrement serré de 1,86 dollars le Go.

Il faudra attendre le 7 août 2006 pour voir apparaître le premier Xserve embarquant un processeur Intel. Ou plutôt deux, puisque la marque décidera de ne proposer que des configurations bi-processeur, afin d'offir la puissance de quatre coeurs Xeon sur chaque machine. Apple promet des performances cinq fois supérieures à celles du Xserve G5 ! La commercialisation étant prévue pour le mois d'octobre, c'est la fin de la transition vers les processeurs Intel qui s'approche, après l'iMac, le Mac Book Pro, le Mac mini, le Mac Book et le Mac Pro... Cependant, cette trop lente transition sera néfaste aux ventes du XServe : tout juste 15,000 serveurs en 2006, contre 19,000 l'année précédente.

Dix-huit mois plus tard, le 8 janvier 2008, la gamme évolue : processeur Penryn gravé à 45 nanomètres, à 2,8 ou 3 Ghz, 12 Mo de mémoire cache, et 400 euros de baisse de prix. Peu après, le 19 février, Apple abandonne, sans fleurs ni couronnes, son Xserve RAID, considérant que des solutions concurrentes sont aussi efficaces.

Le 7 avril 2009, le Xserve bénéficie d'un nouveau processeur, l'Intel Xeon « Nehalem » cadencé jusqu'à 2,93 Ghz, mais aussi d'un disque dur SSD de 128 Go, situé dans les entrailles de la machine, permettant d'installer un système sur un disque rapide qui, de plus, n'occupe pas l'une des trois baies situées en façade.


L'Aventure Apple est un site indépendant d'Apple Computer. Toutes les marques citées
appartiennent à leurs propriétaires respectifs. © 2000-2017 L'Aventure Apple