L'Aventure Apple



Chronologies : L'ogre Apple
A voir aussi :



Plus que tout autre domaine de l'industrie, le monde informatique est l'objet de créations, fusions et rachats incessants de sociétés. Apple, bien que longtemps discrète sur cet aspect de son activité, n'échappe pas à la règle. Ces dernières années, le rythme de ses rachats s'est accéléré et se ressent sur les technologies qu'elle commercialise.

Tout commence en décembre 1996, quand Apple annonce qu'elle rachète la société NeXT, créée par Steve Jobs après son éviction d'Apple en 1985. 400 millions de dollars dont 50 millions pour éponger les dettes de la mariée : la partie se joue à quitte ou double pour Apple dont on dit que les finances sont au bord du gouffre. Avec ce rachat, Apple reconnaît surtout qu'elle a été incapable, durant les dix années précédentes, de mettre au point Copland, le nouveau système d'exploitation destiné à remplacer son Mac OS vieillissant.


Avec NeXT, Apple rachète le système d'exploitation NeXTStep et ses technologies de développement modernes, à commencer par WebObjects qui est toujours au catalogue de la marque. Elle accueille également à nouveau Steve Jobs, qui devient le principal conseiller de son CEO, Gil Amelio. C'est peut-être ce « détail » qui sera l'élément le plus important pour la suite de l'histoire, et qui faisait défaut à toutes les autres pistes envisagées par Apple : BeOS, Solaris, et même Windows NT !

La suite, on la connaît : dès septembre 1997, Steve Jobs redevient CEO d'Apple, présente deux premières versions de son nouveau système Rhapsody, puis annonce Mac OS X en 1998 et promet sa sortie pour 1999. La promesse sera tenue, avec la disponibilité de Mac OS X Server en mars 1999. Le public attendra Mac OS X beta (commercialisé à l'Apple Expo le 13 septembre 2000), puis Mac OS X 10.0 le 24 mars 2001.


Steve Jobs l'annonce alors : Mac OS X sera le système d'Apple pour les quinze prochaines années, comme l'avait été son prédécesseur depuis 1984. Et depuis maintenant six ans, le petit nouveau évolue version après version…

Rassurée par cette première expérience, et les caisses renflouées par les ventes du PowerMac G3, puis de l'iMac, Apple se lance dans d'autres rachats.



En 1998, c'est chez Macromedia que la Pomme va faire ses emplettes. La firme, connue pour son logiciel de création multimédia Director, a dans ses cartons un projet de logiciel de montage vidéo surnommé « Key Grip ». Le projet est mené par Randy Ubillos, créateur de Premiere chez Adobe en 1991, et qui avait rejoint Macromedia pour reprendre de zéro la programmation d'un logiciel similaire. Mais le projet n'avance pas et la firme souhaite se recentrer sur le développement web. Sans conviction, Apple rachète le projet déjà rebaptisé « Final Cut », pour de 7 millions de dollars.

En une année, les équipes d'Apple vont mener le projet à terme, sous le nom de Final Cut Pro. La première version du logiciel est présentée le 20 avril 1999 au NAB de Las Vegas. Pour Apple, le travail a consisté à intégrer QuickTime et la norme FireWire au sein du logiciel. L'acquisition de la vidéo devient aussi simple que brancher un câble et cliquer sur une icône. Un PowerMac G3 et Final Cut Pro : une solution professionnelle complète pour un dixième du coût habituel. Le logiciel vaudra un Emmy Award à Apple en 2002 pour son impact sur l'industrie audiovisuelle, un an après le premier qui venait récompenser l'invention et la commercialisation de la norme FireWire.


Quelques mois plus tard, le 5 octobre 1999, c'est iMovie qui fait son apparition. Directement issu de Final Cut Pro, il en reprend les principes de base dans une interface simplifiée et adaptée au grand public. Le logiciel est fourni en standard avec les premiers iMacs DV, équipés de FireWire.




Dans la foulée, Apple commence à s'intéresser à un autre domaine. Au second semestre 2000, la marque rachète à Casady & Green son logiciel SoundJam ainsi que son principal développeur, Jeff Robbin. Il faudra plusieurs mois pour aboutir à iTunes, premier du nom, le juke-box d'Apple. En plus des fonctions de lecture de CD et de MP3, Apple a ajouté le support du G4 pour l'encodage, ainsi que la technologie de gravure de CD acquise quelques mois auparavant avec le rachat de Radialogic, éditeur du logiciel CD Master.




Dans le même temps, Apple continue ses acquisitions dans le domaine de la vidéo afin de compléter son offre. Le 10 avril 2000, elle annonce le rachat des technologies de création de DVD d'Astarte, une société allemande. Le 26 avril 2001, elle rachète Focal Points System, éditeur du logiciel FilmLogic. Puis, en juillet 2001, c'est au tour de Spruce, une société californienne, d'être absorbée par la Pomme. Cette société développait des logiciels de création de DVD, mais aussi des technologies d'encodage et de distribution de DVD par internet.

Dans le même temps, le 9 janvier 2001, la société commercialise iDVD et DVD Studio Pro, destinés à la création de DVD à partir des films montés sur iMovie ou Final Cut Pro. Le premier est gratuit tandis que le deuxième est proposé pour 999 dollars. Ces logiciels sont destinés dans un premier temps aux nouveaux PowerMac G4 équipés du SuperDrive, un graveur de DVD. Rapidement, ils seront étendus aux iMacs, PowerBooks puis iBooks équipés du même SuperDrive.




De manière plus confidentielle, Apple rachète en mars 2001 la société PowerSchool et ses 160 employés pour 62 millions de dollars. La firme devient ainsi leader sur le marché des solutions permettant de gérer informatiquement la scolarité : bulletins de notes, appréciations, absences, emplois du temps, le tout consultable sur Internet par les parents… L'ensemble sera revendu en mai 2006 à la société Pearson, qui s'engagera à rendre la solution compatible avec l'iPod.

Toujours dans le domaine de la vidéo, Apple acquiert en février 2002 Nothing Real, l'éditeur de Shake, un logiciel de compositing utilisé dans les plus grandes productions cinématographiques. Puis en juin, c'est la société Silicon Grail, éditeur de RAYZ, qui y passe, juste avant Prismo, éditeur d'India Titler Pro. Apple détient ainsi les principaux outils d'effets spéciaux et de générateurs de caractères pour le cinéma.
Dès juillet 2002, la marque proposera sa propre mise à jour de Shake. Les outils de titrage et d'effets spéciaux seront quant à eux intégrés aux mises à jour de Shake et Final Cut Pro.


Le 4 avril 2002, Apple achète une société créée par plusieurs de ses anciens employés : Zayante. Spécialisée dans la norme FireWire, elle développait des logiciels et des équipements électroniques utilisés par les principaux acteurs du domaine. Difficile alors de ne pas faire le lien avec l'iPod qui commence à faire parler de lui et qui est alors uniquement disponible en FireWire (l'USB ne fera son apparition qu'un an plus tard). Par ce rachat, Apple fait revenir dans son giron les inventeurs de la norme FireWire et ses principaux supporteurs, à commencer par le PDG de Zayante, Prashant Kanhere.



Le 2 juillet 2002, le rachat de Emagic par Apple ne passe pas inaperçu : créateur du logiciel Logic, destiné au traitement audio et à la création musicale, la firme est le principal acteur du marché musical professionnel.

En dix-huit mois, Apple va combiner la douzaine d'outils vendus auparavant par Emagic, pour en tirer deux logiciels : Logic Pro 6 et Logic Express 6 pour les amateurs. Par la même occasion, Apple supprime du catalogue les versions Windows des logiciels Emagic.


Ces deux logiciels apparaissent en janvier 2004, en même temps qu'une version grand-public, GarageBand, fournie avec la suite iLife et tout nouveau Mac. Grâce à Mac OS X et son Core Audio, ces logiciels bénéficient de toutes les technologies modernes pour traiter le son en temps réel.



En juillet 2004, une « entreprise internationale » rachète à Arizona Software son logiciel Curvus Pro. Aucun détail n'est donné par l'ancien éditeur, mais il semblerait bien que ce soit Apple, puisque l'on retrouve un logiciel quasiment identique dans Mac OS X « Tiger », sous le nom de Grapher


En mars 2005, c'est la société SchemaSoft qui tombe dans l'escarcelle d'Apple, avec toutes ses technologies d'extractions de données au cœur des fichiers de toute nature : PDF, Word, Quark… De là à voir un lien avec Spotlight, la technologie de recherche au centre de Mac OS X 10.4, il n'y a qu'un pas… Cependant, cette dernière avait été présentée bien avant le rachat. Peut-être les technologies de SchemaSoft ont-elles enrichi Spotlight ou iWork ? Ou Apple a-t-elle cherché par ce rachat à éviter qu'un concurrent ne vienne marcher sur ses plates-bandes ?

En décembre 2006, c'est au tour de Proximity, un éditeur spécialisé dans les outils vidéo : artbox, videoripper, xenotrack, xenostore. Autant d'outils de gestion et de production de films, clips ou émissions... Parmi les autres cordes à son arc : la diffusion de vidéos en ligne. Un indice au sujet du développement du rayon "Vidéos" de l'iTunes Store ?

En juillet 2007, Apple rachète le code-source de CUPS, une technologie "open-source" de gestion d'imprimantes, et embauche son concepteur par la même occasion. En réalité, Apple utilisait déjà cette technologie libre au sein de MacOS X pour gérer les impressions, tout comme d'ailleurs la plupart des distributions Linux, mais elle se permet ainsi d'en initier les évolutions au plus près.

Le 23 avril 2008, Apple annonce avoir acheté la société PA Semi, spécialisée dans la conception de processeurs très basse consommation. Montant de la transaction : près de 280 millions de dollars selon les experts. Le plus étrange est que cette société a basé ses recherches sur la technologie PowerPC, celle-là même qu'Apple a abandonné deux ans auparavant. Le fondateur de la société, Dan Dobberpuhl, connu pour avoir auparavant inventé les processeurs Alpha et StrongARM,. présente son dernier bébé comme trois fois plus efficace que ses concurrents, à commencer par les produits d'Intel. Autre sujet d'étonnement : la plupart des produits de PA Semi sont intégrés dans des produits militaires, faisant craindre à l'armée pour la sécurité de ses technologies et la pérennité de son approvisionnement.
Il faudra de longues semaines de spéculation, pour que Steve Jobs consente à s'expliquer sur ce rachat : à terme, la firme souhaite concevoir ses propres "System on chip", ou "système sur puce". Ainsi, les produits Apple gagneront en efficacité (l'intégration entre le logiciel et le matériel étant encore plus aboutie), en sécurité et en fonctionnalités, sans aucune possibilité pour ses concurrents d'intégrer ces mêmes puces dans leurs produits. De plus, PA Semi étant un concepteur de puces, et non un fabriquant, c'est surtout en terme de matière grise que ce rachat se justifie.



Au final, on se rend compte qu'aujourd'hui, beaucoup de technologies d'Apple ne sont pas nées dans ses murs : Mac OS X, iTunes, iMovie et Final Cut Studio, GarageBand et Logic Pro… Cependant, à part iTunes et Shake, tous ces logiciels sont maintenant réservés au Mac, alors que leurs ancêtres étaient souvent disponibles en version PC. Nécessité technique ou politique commerciale, les avis sont partagés… Cela ne retire rien au mérite d'Apple d'avoir su mener de front autant de projets de qualité, certains en interne, d'autres par des acquisitions. Le résultat est là : Apple a su intégrer ces technologies, en tirer le meilleur, et créer des solutions appréciées largement, du plus petit client jusqu'aux plus grands professionnels.


N.B. : Non, Apple n'a racheté ni Nintendo, ni Pixar, ni Disney, ni TiVo, ni Palm, ni Universal !

A voir aussi :

L'Aventure Apple est un site indépendant d'Apple Computer. Toutes les marques citées
appartiennent à leurs propriétaires respectifs. © 2000-2008 Jean-Baptiste Leheup