L'Aventure Apple



Matériel : iPhone
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L'histoire de l'iPhone commence, comme souvent, par une rumeur. Sûrement l'une des plus longues de l'histoire d'Apple, puisque pendant de longues années, les observateurs de toutes sortes ont fait perdurer une information, jamais confirmée, selon laquelle Apple préparait un téléphone portable révolutionnaire. On sait cependant que la marque a, en permanence, de nombreux projets dans ses cartons, et qu'une partie d'entre eux seulement apparaît un jour sur le marché. Maintenant que le mythe est devenu réalité, il est temps de faire un retour sur la genèse de l'iPhone...


Dès la fin des années 90, le marché de la téléphonie mobile explose : en quelques années, le téléphone portable passe d'un marché de niche pour personnes fortunées, à un marché de masse des plus lucratifs. Plusieurs fabricants se partagent la plus grosse part des ventes, avec des produits standardisés autour de normes internationales. Très vite, certains se prennent à imaginer qu'Apple profite de son savoir-faire en termes de design, d'interface graphique, et d'intégration avec l'ordinateur, pour entrer dans la danse. En parallèle, les regrets d'avoir vu le Newton disparaître au profit d'autres PDA (notamment équipés d'une version adaptée de Windows), et l'émergence du marché des Tablet-PC, dont Apple est absent, rendent vraisemblable la volonté d'Apple de contre-attaquer en mariant le meilleur des différentes technologies. Il faut dire que la marque maîtrise un grand nombre de domaines : communication Bluetooth, reconnaissance d'écriture InkWell, synchronisation iSync...

Le terme "iPhone" n'est évidemment pas dû au hasard. Depuis plusieurs années en effet, Apple était propriétaire du nom de domaine "iPhone.org", parmi des centaines d'autres sites aux noms plus ou moins évocateurs mais non utilisés. De plus, avec l'apparition de l'iMac, de l'iBook, ou encore de l'iPod entre 1998 et 2001, il paraissait évident que si Apple devait sortir un téléphone, elle le nommerait ainsi.

C'est en 2002 que les affaires sérieuses commencent. Le New-York Times ouvre le bal en août, en revenant sur des propos de Steve Jobs, écartant définitivement l'idée de reprendre le développement d'un PDA, mais discutant de l'avenir du marché de la téléphonie mobile. Dès septembre, le magazine Science et Avenir se prend au jeu en diffusant une image bien connue sur Internet, mariage d'un téléphone aux formes arrondies et aux matières translucides, et d'un PDA miniature...




Au cours du mois de décembre, on apprend qu'Apple a déposé dans plusieurs pays les marques "iPhone", associées à différents brevets logiciels. Peu après, c'est QuickTime qui s'ouvre à la vidéo mobile avec le module 3GPP. Il devient alors difficile de faire croire que la marque n'a pas quelques projets dans le domaine de la téléphonie, même si les applications peuvent être nombreuses : téléphonie mobile, système embarqué, iPod communicant, visiophonie, messagerie instantanée... A partir de cet instant, les fausses photos volées et les vraies vues d'artistes vont se succéder à un rythme effrenné : le plus souvent, de simples maquillages de téléphones du commerce, parfois affublés d'une molette comme celle de l'iPod. Dès 2003, chaque Keynote de Steve Jobs est l'occasion de prédire l'arrivée probable d'un iPhone, bien qu'aucune information officielle ne filtre...

Au cours de l'année 2004, une information circule : Apple travaillerait sur une version embarquée d'iTunes, permettant d'acheter et de lire de la musique sur un téléphone portable. Le journal Le Figaro précise dès le début du mois de juin que c'est Motorola qui doit concevoir le fameux téléphone. Si celui-ci tarde à venir, la version Mac d'iTunes 4.9 révèle cependant, peu après, quelques secrets : on y parle effectivement d'un téléphone portable fabriqué par Motorola, de la possibilité d'y stocker de la musique, et on y trouve même une petite icone le représentant ! A nouveau, c'est Le Figaro qui vend la mèche au cours du mois d'août : le téléphone compatible iTunes, et issu de la gamme Motorola, sera dénommé RoKR. Présenté officiellement en septembre, cet appareil déçoit les utilisateurs : aucune innovation particulière, un débit de téléchargement relativement lent, une utilisation indigne des interfaces Apple... En bref, ce n'est qu'un téléphone comme un autre, tout juste capable d'acheter de la musique sur iTunes.

Alors forcément, on n'allait pas en rester là ! Voir le RoKR nominé parmi les "pires produits de 2005" donne des idées à beaucoup : cette fois, Apple va sortir son propre téléphone portable, qui sera aussi révolutionnaire qu'un iPod, qu'un iMac, qu'un Mac ! D'ailleurs, pour s'assurer un décollage rapide des ventes, Apple se serait associé avec le géant japonais SoftBank. Enfin, c'est ce que disent les rumeurs en mai 2005. Rumeurs immédiatement démenties. Qu'importe ! Si ce n'est SoftBank, ce sera Research in Motion, le fabricant du BlackBerry, le plus célèbre des smartphones. Et ce n'est pas Peter Oppenheimer, directeur financier d'Apple, qui va décourager les fans en expliquant que l'iPod est bien meilleur que le nouveau téléphone Sony Walkman, et qu'il va encore évoluer !




En septembre 2006, ce sont les analystes financiers qui s'y mettent. Certains commencent à recommander chaudement l'achat d'actions Apple, entrevoyant un prochain iPhone au bout de leurs longues-vues. Certains pensent déjà prédire ses chiffres de vente : 8 à 12 millions pour 2007, promis ! Et c'est à nouveau iTunes, version 7, qui vend la mèche : ses ressources regorgent de messages prévus pour s'afficher lors de la synchronisation avec un téléphone portable : films, musique, émissions, et même des jeux, rien ne manque à l'appel ! Et comme si ça ne suffisait pas, on découvre le mois suivant un brevet d'Apple, qui permet à un même appareil de prendre une photo et de la localiser automatiquement sur le logiciel Google Maps, par GPS.

Au mois d'octobre 2006, tout s'accélère : une petite annonce sur le site Apple nous apprend que la marque est à la recherche d'un "Mobile Marketing Manager", autrement dit, un responsable de la commercialisation de téléphone portable ! Au mois de novembre, il se murmure que c'est Foxconn, l'actuel fabricant de l'iPod, qui serait chargé de la construction du fameux téléphone. A l'intérieur, on y retrouverait les puces PortalPlayer communes avec l'iPod. Quant à l'opérateur, ce devrait être Cingular, au moins aux Etats-Unis. Faire construire un téléphone par un constructeur qui n'y connaît rien et concurrencer des opérateurs qui vendent leurs musiques bien plus cher qu'iTunes, les défis à relever sont de taille pour Apple !

A l'approche du Keynote inaugural de la MacWorld Expo, prévue le 9 janvier 2007, les esprits s'échauffent... Sur Internet et dans les milieux bien informés, on prend les paris : iTV, iPhone, iPod grand écran, Leopard, que va présenter Steve Jobs ? Et à quel prix ? Les plus timorés pensent que, tous comptes faits, Apple attendra encore quelques mois.

Coup de théâtre quelques jours avant la conférence de Steve Jobs : le 18 décembre, la société Lynksis présente une nouvelle famille de produits, dénommés iPhone. Il s'agit d'un téléphone sans fil dédié à la voix sur IP, et compatible avec Skype et Yahoo Messenger. La maison-mère, Cisco, est en effet propriétaire du terme "iPhone" depuis qu'elle a racheté Infogear, une start-up californienne qui l'avait déposé en 1996.




Le 9 janvier 2006 arrive enfin. Après quelques minutes, Steve Jobs annonce un nouvel iPod à écran large tactile, un téléphone révolutionnaire et un navigateur internet sans égal. Et ce ne sont pas trois produits, mais un seul ! Prototype en main, le patron d'Apple se lance dans une démonstration de cet outil. Pas de clavier, mais un large écran entièrement tactile, doté d'une capacité de suivre plusieurs doigts à la fois : le "multi-touch" est né. Au dos de l'appareil, on trouve un appareil photo numérique de deux mégapixels. Sur le dessus, une prise jack standard pour brancher ses écouteurs. Sur le côté, un compartiment pour loger la carte SIM. A l'intérieur, un disque dur flash de 4 ou 8 Go. Wi-fi, Bluetooth, réseau quadribande (la 3G n'est pas annoncée). Côté logiciel, tout y est : images, vidéos, mails, web, chat, iTunes... et même Google Maps ! Plus qu'un téléphone, c'est un Mac de poche, qui détrône tous les soi-disant "smartphones" de la planète ! A 499 ou 599 dollars selon la capacité du disque, l'appareil n'est pas donné, mais il fait rêver. Concernant les dates de sortie, on annonce le mois de juin pour les Etats-Unis, une peu plus tard pour l'Europe, et 2008 pour l'Asie : il va falloir être patient !




Plus impressionnant encore : le téléphone embarquerait une version spécifique de Mac OS X, que le fabricant nomme "OS X". Gérant le multi-tâche, l'économie d'énergie, l'affichage avancé (transparences, animations), celui-ci n'aurait rien à envier à son grand frère. Il occuperait 500 Mo sur le disque. En revanche, pas question de développer ses propres logiciels ou d'en rechercher sur internet : l'iPhone serait une plate-forme fermée, tout comme l'iPod, et seul Apple pourrait proposer de nouveaux logiciels. Quant à savoir ce qu'il y a dedans : mystère ! Intel dément les informations selon lesquels il équiperait l'iPhone.




S'il paraît évident, dans un premier temps, que Cisco et Apple ont dû trouver un terrain d'entente au sujet du nom iPhone, les choses ne semblent pas aussi simples. En effet, quelques jours après l'annonce, Cisco poursuit Apple pour violation de sa marque déposée. On apprend alors que les deux entreprises étaient en pourparlers depuis cinq ans, et que ceux-ci se sont poursuivis jusqu'à la veille du keynote, sans succès, Apple refusant de se plier aux exigences de Cisco qui souhaitait une interopérabilité entre les produits. Pourtant, alors que l'issue du procès semble devoir être au détriment d'Apple, un avocat plus tenace que les autres cherche à prouver que Cisco a perdu sa propriété sur le nom iPhone, faute d'avoir renouvelé à temps les formalités administratives. La commercialisation de l'iPhone Cisco serait intervenue un an trop tard, le délai de six ans ayant expiré fin 2005... C'est finalement le 21 février que les deux marques annoncent avoir trouvé un accord, leur permettant d'utiliser le terme iPhone conjointement.

Quelques jours avant sa sortie sur le marché américain, Apple annonce que l'iPhone sera compatible avec les "applications" Web 2.0. Par ce biais, la marque propose donc aux développeurs de créer leurs propres programmes, qui se lanceront au moyen de Safari, tout en permettant de personnaliser leur interface. Apple réussit donc à concilier la sécurité et l'ouverture. Dans le même temps, on apprend que la gestion de l'énergie a été améliorée depuis les premières présentations à la presse : on obtient maintenant 8 heures de conversation, jusqu'à 24 heures de musique, et même jusqu'à 10 jours de veille. On découvre également que Google et Apple ont décidé de rendre compatible le service de vidéo YouTube avec le téléphone d'Apple, et que l'activation du téléphone se fera tout simplement par iTunes.




Enfin, le 29 juin à dix-huit heures (heure locale pour tous les magasins américains), l'objet tant attendu est mis en vente. Depuis plusieurs jours, les plus impatients avaient commencé les files d'attente devant les Apple Store et les boutiques AT&T. Difficile dans un premier temps de connaître les chiffres des ventes : 250.000, 500.000, un million ? Les boutiques se sont vite retrouvées à court de stock, même si l'approvisionnement a bien suivi. Seul bémol : en attendant les chiffres officiels, AT&T avoue n'avoir procédé qu'à 150.000 activations de lignes durant le premier week-end. Mévente toute relative, puisque même dans ces conditions, l'iPhone ferait mieux que l'iPod en son temps (150.000 ventes en deux mois), et aurait emporté en quelques heures près de 1% du marché des "smartphones"...

Toujours est-il que l'iPhone reste en haut de l'affiche. Et comme tout nouvel appareil, il attire les curieux, avides de le mettre à l'épreuve. Une première faille est ainsi découverte en quelques jours : elle permettrait de récupérer des informations à partir d'un réseau wifi, et même de faire composer des numéros à l'iPhone !

Un premier million d'iPhone est écoulé avant le 10 septembre. Parmi les clients, nombreux sont ceux qui ont tenté d'en explorer les entrailles pour le faire fonctionner avec d'autres opérateurs qu'AT&T, ou lui ajouter des applications. Le premier à y parvenir est un adolescent américain de17 ans, après cinq-cents heures de travail acharné. Quelques coups de fer à souder, pas mal de lignes de code, et voici l'iPhone disposé à converser avec les cartes SIM des concurrents. D'autres bidouilleurs lui emboîtent le pas dans les semaines qui suivent, créant des procédures de plus en plus simples, puis des logiciels débloquant automatiquement le téléphone.

Résultat immédiat : un véritable trafic s'organise. Aux Etats-Unis, où le téléphone est vendu "nu" (c'est-à-dire sans abonnement immédiat), certains ont l'idée d'acheter des iPhones en nombre, puis de les revendre débloqués à des acheteurs heureux de conserver leur forfait et leur opérateur. Au passage, les intermédiaires empochent une marge conséquente, puisque des iPhones se retrouvent vendus à 800, 900, voire 1000 dollars au marché "gris". Pour éviter l'hémorragie, Apple décide de limiter à 2 le nombre d'iPhone que chaque client est en droit d'emporter. Il faut dire que les rumeurs sur les tractations entre Apple et les opérateurs font état de sommes faramineuses en jeu : la première toucherait des seconds jusqu'à 30% des factures de téléphonie ! C'est une véritable révolution dans le monde de la téléphonie, où l'on est plus habitués à voir les fabricants de téléphones accorder de généreuses réductions aux opérateurs pour s'assurer d'écouler leurs produits.

Dès le 5 septembre, Apple revoit à la baisse le prix de son joujou : 399 dollars pour la version 8 Go, la version 4 Go disparaissant du catalogue. Pour se faire pardonner, la pomme offre à ses premiers clients un bon de réduction de 100 dollars sur leurs prochains achats. Et pour tous ceux qui veulent un iPhone sans avoir besoin des fonctions de téléphonie, Apple décide de présenter un nouvel iPod, doté des mêmes caractéristiques techniques que l'iPhone : l'iPod Touch, à 299 dollars.

Partout en Europe, au fil des lancements officiels, on retrouve le même scénario : magasins ouverts la nuit, files d'attente interminables, et journalistes en pagaille. En Grande Bretagne, où l'opérateur O2 a raflé l'exclusivité, puis en Allemagne avec T-mobile, et en France, où la boutique Orange des Champs-Elysées accueillera 2000 personnes la nuit du lancement.


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